Un autre regard sur les attentats du 11 septembre 2001

Ne recherchez pas la vérité, ne tranchez pas l'illusion,
Comprenez que les deux sont vides et dépourvus de caractère propre
(Shodoka, Yoka Daishi)

J'ai vu deux taureaux de boue aux cornes entremêlées s'enfoncer dans la mer et disparaître
(un ermite de la Chine des Tang)

Après les attentats de New York et Washington, Zen Voices, le jumeau anglophone de Deux versants, a contacté des enseignants zen dans le monde entier pour leur demander de lui faire part de leurs réactions. Nous mettons progressivement en ligne leurs réponses, avec l'espoir d'instaurer un jeu de miroir entre notre propre pratique et le monde extérieur, une dynamique dans laquelle notre regard de pratiquants de la Voie du Bouddha éclairera le monde sous un jour original et salutaire, tandis que les événements agiront comme un révélateur sur notre compréhension du Dharma et nos comportements.

 

Linda Jiko Ruth Cutts
Michel Bovay
Lee Lozowick
Philippe Coupey
Thich Nhat Hanh
Jakusho Kwong
Skodan Jordan Thorn
Sojun Mel Weitsman
Le Dalaï-Lama
Katia Robel
Dennis Genpo Merzel
Gérard Pilet
Sheng Yen

(Violaine Amerigo, Guy Faure, Jean-Pierre Romain, Elena Platero et Elyette Lebas se sont chargés des traductions à partir de l'anglais)

Linda Jiko Ruth Cutts
Conférence donnée le 23 septembre 2001

Merci d'être venus jusqu'à Green Gulch pour cette rencontre sur le Dharma. Où trouver un équilibre en ces temps de peine, alors que nous avons le coeur complètement brisé? Quelle est la réaction juste? C'est un koan zen, vous savez, que signifie le zen? Avoir une réaction juste.

(On entend un bébé pleurer). C'est merveilleux d'entendre la voix d'un bébé.

Tant de choses ont été dites et nous imprègnent jusqu'ici. Les mots que je vais prononcer sont une offrande, et en cet instant je me sens très humble, je pourrais presque dire que je me sens aussi bas que terre. Je devrais peut-être m'asseoir par terre mais vous ne pourriez pas me voir. Aujourd'hui, j'offre ces quelques mots et s'il vous plaît, laissez-les entrer dans vos oreilles et vous toucher à leur manière.

J'ai moi aussi une petite histoire à raconter au sujet du 11 septembre, parce que j'y étais; j'étais à Manhattan pour diverses raisons. Le 10, j'étais sur le point d'embarquer pour une croisière avec ma mère et mes soeurs pour voir les feuilles d'automne sur la côte atlantique mais, suite à diverses circonstances, mon vol a été annulé et le bateau est parti sans moi. Le 11 au matin, nous nous sommes rendues au bus qui avait été affrété pour nous emmener au paquebot à Newport, Rhode Island. C'était une belle matinée d'automne avec un magnifique ciel bleu. Le bus s'est mis en route et, par la fenêtre, nous avons vu de la fumée s'échapper d'une des tours jumelles. J'étais assise avec toutes ces personnes, ne sachant pas ce qui allait arriver pendant les prochaines heures. Le bus était complètement immobilisé, jusqu'à ce que cela recommence à circuler un peu et que notre conducteur trouve un moyen de sortir de la ville. A un moment, nous pouvions voir de loin quelque chose comme un nuage en forme de champignon sur l'horizon, un énorme nuage.

Pendant que nous étions coincés là, je pensais: "Ce conducteur de bus ne se sent pas nécessairement responsable envers nous. Il a été payé pour nous emmener à Newport, Rhode Island, mais il n'y a aucune garantie qu'il ne renonce en disant: "Bon, écoutez tout le monde, c'est chacun pour soi." Mais il ne l'a pas fait, il est resté avec nous et a trouvé un moyen de sortir. Cependant, à un moment j'ai pensé: "Bon, je vais simplement descendre de ce bus et prendre la direction ouest. Je me mettrai à marcher et je finirai par arriver à San Francisco". Telles étaient les pensées qui me venaient à l'esprit : comment retrouver la sangha et la communauté. [...]

À bord du bateau, le capitaine mena un office interconfessionnel. Il est possible en effet aux capitaines d'organiser des mariages, des enterrements et de diriger ces différentes cérémonies. Il a prononcé des paroles, nous avons chanté des hymnes, patriotiques notamment. Certaines mélodies que je n'avais pas entendues depuis longtemps et certains mots ont provoqué en moi des sensations physiques et des émotions. Était-ce une réaction juste? La douleur et la tristesse, tous ces sentiments étaient mêlés. J'ai depuis lors le désir d'entendre le Dharma et de connaître sa position sur ce qu'est une réaction juste.

Prenons l'exemple des déités protectrices à l'aspect courroucé qui sont chez nous dans le Hall du Bouddha. Ces divinités qui protègent le Dharma ont des visages effrayants qui les rendent vraiment terrifiantes. Ce n'est pas de la haine, ça n'a rien à voir avec cela. Elles prennent cette forme dans un esprit de compassion et de protection et c'est pour nous suggérer d'adopter parfois nous aussi une attitude de colère. Mais la haine, c'est autre chose. Elle ne vient pas de la compassion, alors que cela peut être le cas avec la colère. Quelle est la réaction juste? Notre enseignement propose la patience. Mais il ne faut pas confondre celle-ci avec une attitude du type "on peut tout accepter", "marche-moi dessus, ça ne fait rien, fais ce que tu veux", "je suppose que les choses sont telles qu'elles doivent être", ou des idées de ce genre. Cette patience, la tolérance, vécue de manière absolue, est la pratique du bodhisattva. Cela exige énormément de courage, d'énergie et d'honnêteté et autorise également des contre-mesures. Qu'est-ce qu'une contre-mesure? Il est extrêmement important qu'elle ne soit pas le fruit de pensées de haine ou de colère mais qu'elle soit motivée par la compassion. L'une des manières traditionnelles est de méditer, d'observer profondément la situation. On peut alors réaliser que ces personnes qui sont les agresseurs, qui ont fait beaucoup de mal, ont planté les graines d'énormes souffrances pour eux-mêmes et pour d'autres. À partir de cela émerge la compassion. Nous pouvons alors avoir une réaction juste ou élaborer une contre-mesure, quelle qu'elle puisse être, et elles peuvent être différentes d'une personne à une autre. [...]

Le Dalaï-Lama dit qu'il faut lutter contre notre désir de nous venger de ceux qui nous ont fait du mal. Ce n'est pas que nous soyons impuissants: nous pourrions réagir mais nous choisissons de ne pas le faire. Telle est la pratique de la patience et du renoncement à la haine. C'est également proche d'une attitude d'humilité. [...]

Je voudrais juste mentionner que ce soir, il y aura une ordination de laïcs, c'est-à-dire une cérémonie d'initiation de bodhisattvas. C'est la pratique de ne pas faire de mal, de la non-violence et de la réconciliation. N'est-ce pas la manière la plus profonde de pratiquer que de recevoir les préceptes du Bouddha et de faire voeu publiquement de vivre cette voie, en unité intérieure et extérieure? Ceci bénéficie à toutes les existences.

"Les ennemis dont nous devons nous méfier et sur lesquels nous devons méditer sont l'ignorance et les idées fixes."

Les ennemis dont nous devons nous méfier et sur lesquels nous devons méditer sont l'ignorance et les idées fixes. Or les idées fixes, nous sommes tous susceptibles d'en avoir, moi y compris: c'est l'assurance de détenir la vérité, les certitudes qui mènent au fondamentalisme ou n'importe quel "isme". Je veux observer cela avec mon coeur et mon esprit, et j'ai besoin d'aide, nous avons tous besoin d'aide pour ne pas tomber dans ces travers. La réaction juste surgit à chaque instant, il n'y a pas de manière fixe, il n'y a rien de fixe. Nous devons nous aider les uns les autres, nous avons besoin de notre écoute mutuelle.

Pour finir, j'aimerais vous lire une histoire assez légendaire au sujet de Suzuki Roshi pendant la guerre du Vietnam. Lors d'une conférence à Sokoji, un jeune homme qui avait étudié avec le maître pendant deux ans, John Steiner, était dans l'assistance, assis avec les autres sur les nattes de paille. Il avait participé à quelques unes des premières manifestations contre la guerre à Berkeley et, comme bon nombre d'autres personnes présentes, il avait l'intention de prendre part à une marche de ce type qui devait avoir lieu dans la journée. Une femme demanda: "Qu'est ce que la guerre?" Suzuki désigna les nattes sur les tatamis. Il dit que quelquefois lorsqu'il y avait des plis sur ces rangées de nattes, les gens les repoussaient sur le côté avec leurs mains, après s'être assis. Cela fonctionne bien pour ceux qui sont sur les côtés, mais quand le pli est entre deux personnes, il n'est pas possible de l'aplanir, on ne fait que le pousser vers l'autre. C'est ainsi que, sans même s'en rendre compte, les gens se renvoient parfois les plis de l'un à l'autre. Telle est l'origine de la guerre. Le karma commence avec de petites choses, puis il s'accélère.

Quelqu'un dans le fond de la salle éleva la voix et dit avec irritation : "Comment se fait-il que l'on soit réunis ici alors qu'il y a une guerre là-bas?" Suzuki ne comprit pas la question. John la répéta. Suzuki sourit. John aussi. Alors, aussi rapidement qu'un chat se jette sur une proie, Suzuki sauta de l'estrade où était l'autel, se retrouva derrière lui et posa le kyosaku sur son épaule en disant "gassho". Puis il se mit à frapper à coups répétés, en criant "bande d'imbéciles, bande d'imbéciles, vous perdez votre temps", jusqu'à ce que John tombe en avant sur le sol. "Rêveur, rêveur, à quoi rêves-tu?" Après quoi il retourna sur l'estrade et fit face à l'audience, complètement abasourdie. Son visage, d'ordinaire mat, était devenu blanc. Il dit alors, de manière peu convaincante et d'une voix presque inaudible: "Je ne suis pas en colère." Puis il reprit sa respiration et poursuivit: "Comment pouvez-vous espérer faire quoi que ce soit pour le monde alors que vous n'êtes même pas capables d'attacher les lacets de vos propres chaussures?"

John avait été si choqué qu'il avait omis de faire gassho, bien que Suzuki lui en ait intimé l'ordre. Aussi se rendit-il dans son bureau pour s'excuser. De son côté, Roshi s'excusa pour avoir été aussi violent. "La raison pour laquelle je suis devenu aussi...", dit-il interrompant sa phrase, "c'est parce que ça m'a rappelé ce que j'ai traversé au Japon pendant la guerre ; ça a ravivé ce vieux sentiment de frustration." John vit de la peine dans les yeux de son maître. Suzuki posa la main sur son épaule, un geste qu'il faisait rarement. Les longues manches de sa robe découvrirent alors la peau ridée qui pendait de son bras. John fut frappé par son âge, sa fragilité et put ressentir sa compassion et sa souffrance.

Merci beaucoup. Nous conclurons cette conférence par une cérémonie et nous chanterons le sutra de la compassion, le Metasutra.

Linda Jiko Ruth Cutts est arrivée au Centre Zen de San Francisco en 1971 et a pratiqué avec Suzuki Roshi. Elle est co-abbesse du centre depuis février 2000.

 

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Michel Bovay

La plupart des gens pensent que s'asseoir en zazen est une perte de temps. Mais un ancien maître a dit: Dans un zazen, l'univers entier est contenu. Assis en zazen en harmonie avec soi-même, il n'y a plus rien d'objectif ni de subjectif. C'est pourquoi l'univers entier remplit ce zazen, qui est shin jin datsu raku, corps et esprit abandonné, et ce zazen remplit l'univers entier. Là, il n'y a ni Américains ni islamisme qui s'opposent, ni paradis ni enfer, ni gagner ni perdre. Je deviens la même racine que le ciel et la terre. Dans un seul zazen, toute la diversité de l'univers est contenue. Montagnes, rivières, la grande terre, le soleil, la lune, les étoiles, tout est un seul esprit.

Si seulement les gens pouvaient comprendre cela, tous pourraient être satisfaits et pourraient tout accepter tel que c'est : les grandes comme les petites montagnes, ainsi que les différentes formes de l'eau, céleste ou terrestre, les grands fleuves et les petites rivières, les grands lacs et les étangs, la multitude des mondes et l'infinité des pays, qui parfois sont liés à shiki, le matériel et parfois à ku, la non-forme. [...]

"avec un simple couteau de poche on peut ébranler le monde entier"

La plupart des gens cependant veulent s'en remettre à une forme fixe, ils s'y attachent et croient qu'ils peuvent tout diriger. Ils cherchent leur sécurité dans la permanence, dans la matière, se créent leur propre monde égoïste et ne voient pas que tout est mujo, impermanent, éphémère et changeant. La preuve de la fragilité et de la vulnérabilité de cette façon de concevoir la vie, c'est qu'avec un simple couteau de poche on peut ébranler le monde entier et secouer la sécurité illusoire de notre société. Cela prouve aussi l'importance et la puissance de l'esprit.

Le progrès, la richesse, les palais, les gratte-ciel, les avions ou les couteaux de poche, tout dépend de l'esprit, de la façon dont nous vivons la vie. C'est pourquoi gyoji est important, continuer et répéter la bonne action, l'action qui provient de l'esprit de Bouddha et qui conduit à l'esprit de Bouddha. Car seulement cet esprit-là peut libérer les humains de la souffrance et les amener à la véritable paix. Car finalement on ne peut être heureux seul et au détriment d'autrui.

Zazen est comme une oasis dans un monde devenu fou. L'être humain, surtout de nos jours, par son développement continuel du monde de la matière et le pouvoir qu'il en tire, s'est coupé de ses vraies racines. Il s'est séparé des principes cosmiques et vit une vie mutilée, découpée en morceaux. Il a perdu son orientation, se détruit lui-même et tout l'environnement avec lui. Les politiciens, les chefs économiques, les représentants des droits de l'homme, etc., parlent avec une intelligence formidable, mais personne ne sait exactement où aller. Chacun ne voit jamais que des parties, surtout sa propre partie. Et ainsi tous se disputent sur ce qui est juste et ce qui est faux.

En zazen, nous pouvons retrouver l'esprit universel, non divisé. Cet esprit est tranquille, il ne se laisse pas bouger et garde toujours une vue claire, car il est en unité avec la réalité entière, non séparée, qui englobe tout. L'esprit non divisé ne se laisse pas pousser dans tous les sens, n'est pas concerné par grand ou petit, proche ou lointain, être ou ne pas être, profit ou perte, reconnaissance ou rejet, éveil ou aveuglement, vie ou mort, mais il est au-delà de toutes les oppositions. Notre pratique est un effort continu pour agir en unité avec l'ordre cosmique, au-delà du monde relatif. Pour cela, nous devons accepter complètement la réalité d'ici et maintenant, telle qu'elle est, indépendante et momentanée, et laisser passer ainsi le courant de la vie dans toutes nos actions. Nous pourrons en retirer sagesse, énergie et compassion.

Pour l'être humain, il est extrêmement urgent de révéler, de revivifier, et de renforcer les vérités universelles et éternelles qui dirigent la vie de l'homme ou du monde. Ne pas se laisser entraîner dans l'erreur, dans la folie, là où finalement personne ne veut vraiment aller, mais raviver sa détermination d'aller là où il veut vraiment arriver, c'est-à-dire à la paix profonde et au véritable bonheur. Pour cela, il est nécessaire de pratiquer avec détermination, et cela commence maintenant dans notre propre esprit. Pendant zazen, faites donc toujours attention à ne vous laisser entraîner nulle part par vos pensées, mais de rester ici, tranquille, en harmonie avec vous-même.

Michel Bovay est un ancien disciple de Maître Deshimaru. Il est aujourd'hui président de l'Association zen internationale et responsable du Dojo de Zürich.

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Lee Lozowick
Prescott, Arizona, États-Unis, 27 octobre 2001

Quel choc! Les tours du World Trade Center se sont effondrées. Le terrorisme a pénétré jusque dans nos arrière-cours. Que faire? Pratiquer. En effet, cet événement est un rappel à l'ordre à la pratique. Nous pensons souvent que nous avons du temps, que nous avons tout le temps. Nous nous laissons alors aller à être paresseux et apathiques. Mais à présent, après ce qui s'est passé, pouvons-nous, en toute bonne foi, nous permettre d'être paresseux? J'ose espérer que non. Pratiquez. Comment pouvons-nous vraiment opérer un changement? Pratiquez. Toutes nos bonnes intentions et pensées ne peuvent avoir aucun effet positif si nous les vomissons avec une telle passion sur nos amis et notre famille. Ce qui a un effet positif, réellement positif, c'est de s'asseoir, de pratiquer. Ceci est notre témoignage, notre engagement, la compassion que nous pouvons manifester en réaction aux événements du 11 septembre. "Pratiquez, disent les Indiens, comme si vos cheveux brûlaient sur votre tête."

Pratiquons jusqu'à ce que nous comprenions que seul existe ce qui est, ici et maintenant, jusqu'à ce que nous comprenions que toutes les opinions, les attentes, les projections, les croyances, les besoins, les désirs, les dialogues intérieurs et les expériences mystiques que nous chérissons sont vides de substance et impermanents. Pratiquez. Il n'y a pas d'autre option viable. Pratiquez. Notre coussin est la porte de la libération, le chemin du Salut. Pratiquez.

"Pratiquez. Il n'y a pas d'autre option viable."

Svaha!

Lee Lozowick est un maître spirituel dans la lignée des Bauls, chanteurs mystiques de l'Inde. Il dirige un ashram en Arizona et un autre à Poitiers, ainsi qu'un groupe de rock et les éditions Hohm Press, qui ont publié Sit, de Taisen Deshimaru et Philippe Coupey.
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Philippe Coupey
Enseignement (kusen) donné le mercredi 12 septembre 2001 au zazen de 7h30

Toujours les phénomènes apparaissent, de nouveaux phénomènes dans nos vies personnelles, tout le temps. Et aussi dans la vie collective. Et du fait qu'ils apparaissent, ils disparaissent. Comme vous le savez, tout est mujo, impermanence.

Même les gratte-ciel, même les tours jumelles à New York.

J'avais emmené Étienne et Rafou les visiter, il y a une dizaine d'années. Et elles existaient encore jusqu'à hier... et maintenant, plus rien! Mujo.

Tout va et vient: l'Égypte et ses pyramides, la Grèce, Rome... Tout ce qui est créé par l'homme sur cette terre est voué à la destruction, à la désintégration. Dans ce cas-ci, à cause du terrorisme aveugle - de toute façon, tout terrorisme est aveugle. Maître Deshimaru, pensait ainsi, il était complètement opposé au terrorisme. Je crois aussi qu'il pensait que le terrorisme était une forme de revendication de l'ego.

il n'est pas nécessaire de regarder à l'extérieur pour chercher l'origine des problèmes

Ainsi, il n'est pas nécessaire de regarder à l'extérieur pour chercher l'origine des problèmes: c'est nous, la civilisation moderne, qui avons créé ce terrorisme, le mal de notre temps.

Toujours vouloir chercher les coupables, ce n'est pas ainsi qu'on résout ces gros problèmes. Chercher à l'extérieur ne fait que créer plus de violence et perpétuer le problème. Comme si l'on pouvait comprendre ce qui se passe à l'extérieur... Mais l 'extérieur est toujours en changement. Alors comptez sur l'extérieur, dépendez de l'extérieur, et vous serez toujours en agitation, en remous. La ville est en agitation, donc nous aussi.

Mais ce n'est pas ainsi que réagit le shukke... Le point essentiel pour devenir moine, c'est de comprendre mujo, de le vivre en soi-même. Et si on peut comprendre que mujo c'est la vie, on peut devenir complètement profond - et même paisible - au milieu des pires phénomènes. Si on peut observer mujo chaque jour et dans chaque chose, rien n'est plus tellement important. Ceci bien sûr n'est pas du nihilisme.

Sensei a dit un jour au sujet des grands cataclysmes qu'il ne fallait pas s'en attrister. En toute occasion on peut être vraiment courageux, et sans fioritures, car notre vie n'est pas matérielle et n'a finalement pas de forme.

Kaijo!

La cérémonie sera dédiée aux nombreuses familles touchées par cette tragédie, par l'égoïsme de l'homme.

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Enseignement (kusen) donné le dimanche 16 septembre 2001 au zazen de 11h

Il est souvent dit que l'homme est prisonnier de son karma. Les pays aussi, comme nous pouvons le constater aujourd'hui. Ceci n'est pas du fatalisme, car ici et maintenant, nous pouvons changer ce karma, mais seulement ici et maintenant.

Et c'est peut-être plus facile d'observer son karma, et ainsi de le changer, à travers les grands événements, tragiques ou autres, qui surviennent dans nos vies personnelles comme dans nos vies collectives.

Dans ces moments-là, en effet, nous pouvons, si nous sommes vigilants et nobles d'esprit, nous pouvons attraper, saisir la racine du problème en question - c'est-à-dire, aujourd'hui, la mise en oeuvre de la dualité, de la séparation.

Le karma, comme vous le savez, c'est la loi des causes et des effets; c'est le résultat de nos actions, non seulement individuelles, mais aussi collectives. Et bien que le karma nous fournisse la situation donnée, il ne fournit ni la réponse, ni la façon d'agir.

Malheureusement ce n'est pas seulement l'individu, l'homme du commun, qui manque de direction, mais ceux qui nous dirigent, partout, parce qu'eux-mêmes n'ont pas de direction. Et le résultat, c'est qu'on est toujours - nous tous - menés par le karma.

On est mené par le bout du nez par le karma. On est - même collectivement - ce qu'on appelle des bompu, mot qui désigne l'homme ordinaire, mené par le bout du nez par son karma. On pourrait peut-être même dire que c'est la condition humaine.

Finalement, nous ne comprenons qu'un seul côté. Et ainsi notre compréhension n'est que cérébrale, intellectuelle, basée sur des principes théologiques quand on proclame que ce qui est écrit dans les sutras, la Bible ou le Coran est la seule vraie vérité... Ce qui est bien sûr une grande erreur du petit esprit de l'homme.

Maître Deshimaru a dit que "de nos jours, les grandes religions traditionnelles (je suppose qu'il parlait du christianisme, de l'islam, de l'hindouisme) ont perdu leur essence: la pratique". Bien sûr, quand Sensei dit "pratique", il parle d'une pratique sans but - toutes les authentiques religions pratiquent ainsi... Je continue à citer Maître Deshimaru: "Ces religions traditionnelles perdent leur valeur essentielle. (...) Alors elles vont dans la direction opposée et, pour retrouver un auditoire, elles deviennent militantes, combatives."

L'authentique pratique religieuse, ou si vous voulez spirituelle, du moine zen - mais aussi je pense de tout moine -, c'est la Voie du Milieu. La Voie du Milieu inclut les deux côtés. Pas de séparation. Pas le bon/le mal, les talibans d'un côté, les Américains de l'autre. Ceci bien sûr est complètement contraire à l'esprit du moine zen, mais aussi contraire à toute sagesse, à toute compréhension profonde de l'existence humaine.

Le bouddhisme recherche la Voie du Milieu, qui est, comme vous pouvez le constater ici et maintenant, la voie de l'équilibre. Sans cet équilibre, nous tomberons évidemment dans la souffrance. Comme disait Sensei: "Nous tomberons directement en naraka. (en enfer)."

Ce qui est passé n'est pas tellement important, c'est mujo, impermanence. Il faut comprendre: mujo est synonyme de "la vie". Ce qui est important, c'est le moment présent. Et si notre attitude dans le moment présent est authentique et digne, si nous allons au-delà de la séparation, de la dualité - noir/blanc, bon/mal - et si une fois pour toutes nous nous identifions naturellement et inconsciemment à autrui, cette lumière illuminera tout l'univers.

Ceci, c'est la base de l'enseignement bouddhique et zen. Et c'est écrit dans tous les textes, dans les sutras et dans l'enseignement de Maître Deshimaru.

Les "Quatre voeux" que nous récitons pendant la cérémonie ne disent que cela. Nous avons à présent un changement dans la cérémonie: maintenant, tout le monde récite ensemble le premier voeu que le godo récitait seul jusqu'ici: Shujo muhen seigan do, "Si nombreux que soient les êtres, je fais voeu de les sauver tous." Cela veut dire pas de séparation, pas de dualisme. Bouddha et moi forment une unité.

En ce moment pourtant, on n'entend partout, dans tous les médias, que de l'ignorance insupportable; partout on assiste à une propagande qui oppose toujours un côté à l'autre... On veut toujours la séparation.

Aujourd'hui, on déclare la guerre - j'ai entendu ça ce matin sur la radio. Les Américains déclarent la guerre et ils ne savent même pas à qui! Ils veulent la séparation avant même de savoir avec qui! Et peu leur importe.

Cette mentalité n'est pas la voie de la sagesse mais celle de l'ignorance capitale.

Si en revanche nous pouvons comprendre, dans nos vies personnelles et collectives, ce dont j'ai parlé au début - la rétribution karmique due à nos actions antérieures - nous pouvons devenir tranquilles et sans amertume à l'égard de quoi que ce soit.

Kaijo.

*

Mondo (questions-réponses)

Question: Si j'ai bien entendu, dans tout ce que vous avez dit tout à l'heure pendant le kusen, la violence à l'égard des autres est la manifestation de la violence à l'égard de soi-même?

Ph. Coupey: Oui. Bien sûr. La séparation lui/moi n'est pas nécessaire, pas bonne. Si on fait une séparation, la violence arrive petit à petit, tôt ou tard.

Dans le bouddhisme, on met en question le moi, l'ego, tout le temps - c'est qui, moi? -, et petit à petit on développe une optique beaucoup plus large et on ne fait plus de distinction entre soi et l'autre. C'est là que la compassion arrive. Inconsciemment, car évidemment la compassion, on ne peut pas se l'imposer à soi-même... "Je vais avoir de la compassion aujourd'hui." Ce n'est pas possible. Elle vient inconsciemment et automatiquement, par le fait d'effacer les frontières, d'aller au-delà des séparations. Ce qui n'est pas du tout le cas dans le monde d'aujourd'hui, nulle part.

Ce n'est pas la peine d'être obnubilé par le terrorisme, partout c'est comme ça. Toujours riposter, riposter. C'est une erreur profonde. Il faut que quelqu'un donne l'exemple, une fois, sur cette terre. Mais on ne le donne jamais.

"Il est absolument inutile de riposter."

Il est absolument inutile de riposter. C'est pire qu'inutile, ça crée du mauvais karma, encore et encore. Et puisqu'en ce moment ce sont les Américains qui occupent le devant de la scène, ils donnent un très mauvais exemple, très mauvais. Pourtant, c'est à eux maintenant de donner un bon exemple. Malheureusement, ils n'en sont pas capables.


Nous au moins, on peut être tranquille en nous-mêmes, parce qu'on comprend ce qui se passe. Et c'est à nous, moines zen, ici et maintenant, d'être exacts dans notre pratique. Et quand nous sommes exacts dans notre pratique - c'est-à-dire dans la vie quotidienne - le monde entier est exact dans sa pratique. Mais si nous avons un esprit de vengeance et de haine, le monde entier a cet esprit, puisqu'il n'y a pas de séparation.

Alors voilà notre travail; c'est extrêmement important; c'est apporter des bienfaits au monde entier, aussi invisibles qu'ils puissent être.

(Fin du mondo. Le godo chante le Shi shi kai...)

Philippe Coupey est un moine zen, ancien disciple de Taisen Deshimaru. Auteur de plusieurs ouvrages, dont La voie de la vallée et Le rugissement du lion, il est aujourd'hui l'un des grands dirigeants de l'Association zen internationale.

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Thich Nhat Hanh
Embrasser la colère
Allocution publique prononcée en l'Église de Riverside, New York, le 25 septembre 2001

Mes chers amis,

J'aimerais vous dire comment je pratique quand je me mets en colère. Pendant la guerre du Vietnam, il y eut beaucoup d'injustices, et des milliers de personnes, y compris parmi mes amis, furent tués. J'étais très en colère. Une fois, j'appris que Ben Tre avait été bombardée par l'aviation américaine et qu'elle avait été détruite. Le militaire qui était responsable déclara plus tard qu'il avait détruit cette ville pour la sauver. J'en éprouvai une grande colère.

Mais à cette époque, j'avais déjà une solide pratique. Je ne dis ni ne fis rien parce que je savais qu'agir ou dire des choses lorsqu'on est en colère n'est pas sage. Je me reconcentrai sur moi-même, réalisant ma colère, l'embrassant, et examinant quelle était la nature profonde de ma souffrance. [...]

Je pense que dans un conflit international, le même genre de pratique est possible également. C'est pourquoi je propose à l'Amérique en tant que nation de faire de même. Vous dites aux gens dont vous pensez qu'ils sont la cause de votre souffrance que vous souffrez, que vous voulez qu'ils le sachent, que vous voulez savoir pourquoi ils ont commis un tel acte envers vous, et vous les écoutez en profondeur et avec compassion. La qualité de notre être est très importante parce que cette question, cette déclaration, n'est pas une condamnation, mais l'expression de votre volonté de créer une communication véritable. "Nous sommes prêts à vous écouter. Nous savons que vous avez dû beaucoup souffrir pour en arriver à agir de la sorte envers nous. Peut-être avez-vous cru que nous en étions la cause. Alors s'il vous plaît, dites-nous si nous avons tenté de vous détruire, si nous avons tenté d'exercer une discrimination à votre encontre, afin que nous puissions comprendre. Et nous savons que, quand nous aurons compris votre souffrance, nous pourrons peut-être vous venir en aide." C'est ce nous appelons dans le bouddhisme "parole aimante" ou "langage bienveillant", et son propos est de créer ou de rétablir la communication. [...]

Partout dans le monde se trouvent des gens qui considèrent la vengeance comme leur plus profond désir. Ils deviennent des terroristes. Lorsque nous aurons comme plus profonds désirs la haine et la vengeance, nous aussi souffrirons terriblement. Nous devrions être mus par des sentiments d'amour et par la volonté d'aider et non par celle de se venger, de punir ou de tuer. Et j'ai confiance dans le fait que les New-Yorkais aient cette sagesse. Répondre à la violence par la violence peut seulement amener davantage de violence, d'injustice et de souffrance, pas seulement pour les autres mais aussi pour nous-mêmes. Nous le savons tous. Nous devons respirer profondément, pour obtenir le calme, de manière à toucher la graine de sagesse. Je sais que, si la graine de sagesse et de compassion du peuple américain peut être arrosée régulièrement durant environ une semaine, nous en ressentirons un grand soulagement ; nous éprouverons moins de colère et de haine. Et l'Amérique sera capable d'accomplir un acte de pardon qui lui procurera un sentiment de délivrance ainsi qu'au reste du monde. C'est pourquoi je vous suggère de pratiquer le calme, la concentration, arrosant ainsi les graines de sagesse et de compassion qui sont déjà en nous, et d'apprendre l'art de la " consommation en pleine conscience ". Ceci est une véritable révolution, la seule qui puisse nous aider à sortir de cette situation difficile dans laquelle dominent la violence et la haine. [...]

"Répondre à la violence par la violence peut seulement amener davantage de violence, d'injustice et de souffrance, pas seulement pour les autres mais aussi pour nous-mêmes. [...] Nous devons respirer profondément, pour obtenir le calme, de manière à toucher la graine de sagesse."

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Conférence prononcée à Shanghai le 19 octobre 2001

La terreur est dans le coeur de l'homme. Nous devons l'en extirper. Nous devons éviter la destruction de ce coeur, à la fois physique et psychologique. La racine du terrorisme doit être identifiée pour pouvoir être éliminée. Elle ne peut être localisée par les militaires. Les bombes et les missiles ne peuvent l'atteindre, sans même parler de la détruire. [...]

Nous ne devons plus hésiter à nous exprimer, afin que la voix du Bouddha puisse être entendue, en cette dangereuse période charnière de l'histoire. Ceux d'entre nous qui possèdent la lumière devraient la répandre et l'offrir aux autres afin que le monde ne sombre pas dans l'obscurité totale. Chacun a en son coeur des graines d'éveil et de sagesse. Aidons-nous mutuellement à les toucher en nous-mêmes afin que nous puissions tous trouver le courage de nous exprimer. Nous devons nous assurer que la manière dont nous vivons notre vie quotidienne (en pratiquant ou non une consommation en pleine conscience, en exerçant ou non des discriminations, en participant ou non aux injustices) ne crée pas davantage de terrorisme dans le monde. Nous avons besoin d'un éveil collectif pour arrêter cette course à l'autodestruction.

Thich Nhat Hanh est un maître bouddhiste. Il dirige le Village des Pruniers dans le Sud-Ouest de la France.

 

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Jakusho Kwong
La participation active à la perte
. Allocution prononcée au Sonoma Mountain Zen Center

Dans son livre Opening the Hand of Thought (Ouvrir la Main de la Pensée), feu Uchiyama Rochi utilise une expression qui m'a fait une profonde impression parce que j'y ai reconnu quelque chose qui fait partie de ma vie depuis longtemps. Il s'agit de "participation active à la perte". D'ordinaire, nous voulons à tout prix éviter le mot "perte". Nous sommes conditionnés à ne chercher que le gain, le bonheur et la satisfaction de tous nos désirs. Même si nous comprenons intellectuellement que, dans notre vie, la perte est la boue dans laquelle le lotus peut s'épanouir, quand elle se manifeste dans leur vie, la plupart des personnes croient quand même que la perte est l'opposé du gain.

Nous participons activement à la perte. Activement signifie avec volonté, engagement, persévérance et que nous avons le courage de mourir pendant que nous sommes vivants. Le mot "perte" fait référence à la mort et à toutes les choses dont en général nous ne voulons pas parler. Il implique aussi l'échec et l'impermanence. Il s'agit de souffrance, de peur, d'abandon et de laisser aller ; toutes ces choses que nous croyons être négatives mais qui en réalité apportent à la plupart d'entre nous notre motivation pour pratiquer. [...]

"Quand nous aurons appris à faire cela, comment vraiment perdre, alors nous saurons comment être vraiment vivants."

Que perdons-nous? Nous perdons notre égocentrisme, notre attachement au soi, nos idées, notre conditionnement. Nous perdons aussi notre moi au son des grillons, au son du zendo et à son atmosphère lorsque nous sommes assis en zazen jour après jour, nuit après nuit. Quand nous aurons appris à faire cela, comment vraiment perdre, alors nous saurons comment être vraiment vivants. [...]


Savez-vous ce que vous faites lorsque vous pratiquez, lorsque cet ancêtre, votre moi le plus intime pratique? Vous pratiquez la participation active à la perte. Vous pouvez faire l'expérience de la peur, du refus, d'un sentiment de résistance, du sommeil, de l'épuisement et de la douleur. Vous pouvez passer par toutes les manières de perdre possibles.

Lorsque vous pratiquez la participation active à la perte, vous vous reconditionnez pour pénétrer à nouveau dans le monde non conditionné. En fait cette expression vient de la phrase empreinte de réalisation prononcée par Kodo Sawaki, le maître de Uchiyama Roshi: "Le gain est illusion, la perte est éveil."

Il y a un ancien proverbe qui dit: "On ne peut pas entrer dans la rivière deux fois au même endroit." Nous avons l'habitude de créer notre propre univers. Nous croyons que nous pouvons marcher deux fois au même endroit parce que nous nous efforçons de solidifier ce monde changeant de façon à ce que notre moi conditionné puisse éprouver un sentiment de sécurité. En fait, la rivière tout entière bouge, et l'environnement avec, la rivière et le rivage. Ce sont seulement nos fabrications mentales qui nous font croire que nous pouvons vraiment poser deux fois le pied au même endroit. Mais, la vérité de l'impermanence est plus forte que nos fabrications ne pourront jamais l'être. C'est pourquoi beaucoup de souffrance, ou de perte, apparaît lorsque nous ignorons ce fait évident. [...]

"Mais, la vérité de l'impermanence est plus forte que nos fabrications ne pourront jamais l'être."


Je vais vous raconter une histoire à ce sujet. Une nonne avait glissé d'une falaise. Elle avait réussi à se retenir à une branche d'arbre et s'y accrochait, avec la sensation d'être suspendue dans le vide. Elle appela à l'aide. Un de ses enseignants qui passait par là, accompagné de quelques disciples, l'entendit et lui dit: "Il suffit de te laisser aller! Laisses-toi tomber maintenant, sans hésiter!" Lorsqu'elle lâcha, elle réalisa qu'elle était en réalité allongée sur le sol depuis le début.

Ce sont nos illusions et notre ego qui nous font croire que nous risquons de sombrer dans les ténèbres. Mais si nous nous abandonnons, nous réalisons et avec quel émerveillement, que les ténèbres sont en réalité pleines de lumière.

[...] Dans le processus de la participation active à la perte, nous sommes usés jusqu'à la corde par l'espace et le temps. Nous sommes usés par le vent, la pluie et le soleil. Nous sommes même usés par la lune et les étoiles. Nous sommes semblables à la montagne de Greenhorn. Mais, si vous participez réellement au miracle qu'est la pratique réelle, vous comprendrez que vous n'avez pas le choix. Il est très important que vous compreniez cela. Grâce à cette compréhension vous resterez sur la voie; il n'y a nulle part où aller quand on est dans la vérité. Avec l'aide du Bouddha, du Dharma et de la Sangha, vous franchirez obstacle après obstacle et vous réaliserez ce qui a toujours été là et a toujours été avec vous. Cette participation active à la perte est notre grand don.

La nuit meurt dans le jour,
Le jour meurt dans la nuit.
L'expiration est intime avec la perte,
En inspirant je me renouvelle.

Jakusho Kwong Roshi est né à Santa Rosa en 1935. Il a commencé à étudier le zen auprès de Shunryu Suzuki Roshi en 1959. Il a reçu l'ordination de moine en 1970 et entrepris de fonder le Sonoma Zen Mountain Center en 1970 à la mémoire de son maître.

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Skodan Jordan Thorn
Conférence prononcée dans le hall du Bouddha du Centre Zen de San Francisco, États-Unis, le 15 septembre 2001

Comme vous le savez tous, nous venons de vivre une horrible semaine. Et pour moi, l'un des aspects les plus néfastes de la violence de ce mardi, ce sont les événements encore plus affreux qui vont se produire par la suite. J'entendais ce matin le président Bush dire: "Nous sommes en guerre, et si vous êtes militaire, enfilez votre uniforme et tenez-vous prêts." [...]

Je ne veux pas commettre l'erreur d'analyser dans une perspective purement américaine ce qui s'est passé cette semaine. Je ne pense pas que le patriotisme et l'indignation nous permettront de comprendre de manière juste les événements douloureux que nous traversons. Parce que ces bombardements révèlent des niveaux de souffrance plus profonds et plus interdépendants que ce que nous pourrions décrire seulement en termes de bien ou de mal, de bons ou de méchants. [...]

Je lisais hier dans la presse qu'il y a dix ans, le 30 avril 1991, un cyclone a fait 139 000 victimes au Bangladesh. Est-ce qu'un seul d'entre nous se souvient de cette catastrophe, qui a fait bien plus de morts, et qui a frappé un si petit pays? Et je ressens aussi de la peine cette semaine lorsque je me rends compte que ce qui nous arrive actuellement est depuis bien longtemps le lot de nombreux peuples du monde entier. C'est comme si auparavant je m'étais toujours arrangé pour ne pas ressentir cette souffrance de la même manière que maintenant.

Mes réactions sont confuses... Le président Bush a utilisé à plusieurs reprises le terme de lâches pour décrire les terroristes, mais en fait je crains qu'ils soient tout sauf cela et nous pouvons même dire qu'ils ont fait preuve d'un véritable courage. Agir comme ils l'ont fait implique qu'ils aient été profondément convaincus du bien fondé de leur action. Je pense qu'il est important que nous comprenions que de nombreuses personnes dans ce monde considèrent cet événement comme pleinement justifié, l'Amérique n'ayant eu que ce qu'elle méritait.

Dans le bouddhisme il y a trois poisons : ce sont l'avidité, la haine et l'illusion. Et je pense que la plus grande illusion c'est d'affirmer que Dieu est de notre côté dans une guerre. [...] S'il y a un temps dans notre vie où notre pratique du bouddhisme peut nous être utile, alors je pense que c'est dans des moments comme ceux-ci. C'est donc le moment pour nous de renouveler notre engagement envers la pratique, de renouveler notre engagement à l'éveil, et de réaliser dans notre vie la voie du bodhisattva, qui est de venir en aide à tous les êtres. Car notre engagement à pratiquer la bonté et la compassion est plus nécessaire maintenant qu'il ne l'a été depuis longtemps. Il est absolument nécessaire que nous manifestions de la compassion non seulement à nos proches et à nos amis, mais également aux autres, et même à ceux qui nous ont fait du mal. [...]

Je vais vous raconter une histoire. Tenzin Choedak était le médecin personnel du Dalaï Lama dans les années 50. C'était un moine instruit, et un excellent médecin et guérisseur. Arrêté par les communistes chinois, il fut emprisonné et torturé dans un camp de concentration pendant 18 ans, avec pour toute nourriture de la pâtée pour les porcs, et contraint à effectuer des travaux difficiles. Il fut finalement libéré de prison et, peu après, il s'échappa du Tibet pour rejoindre le Dalaï Lama en Inde, où il fut réintégré dans sa fonction de médecin personnel de sa Sainteté. Lorsqu'il décrit ces années d'emprisonnement, il dit que, pendant 18 ans, il n'a entretenu aucun sentiment d'hostilité, de colère ou de haine envers les Chinois. Tenzin Rimpoché n'avait rien fait aux Chinois, excepté avoir des croyances différentes des leurs. Et la plupart des gens auraient compris qu'il ait ressenti de la colère envers ses tortionnaires. Mais, de son point de vue, la colère qu'il aurait pu ressentir n'aurait fait que lui nuire à lui-même. C'est ce qui se passe dès qu'un sentiment d'hostilité ou des émotions négatives s'élèvent dans notre esprit. Et, par cette action, en un sens, nous accomplissons l'oeuvre de notre "ennemi ", en alourdissant encore notre peine et notre souffrance.

ni hostilité
ni colère
ni haine

Il existe de nombreuses pratiques dans le bouddhisme. De la même manière qu'un médecin peut prescrire de nombreux médicaments suivant la maladie, dans le monde du Bouddha-dharma existent de nombreuses pratiques dans lesquelles les gens peuvent s'engager, en fonction de leur culture, de leur tempérament et des circonstances. Le bouddhisme insiste beaucoup sur la nécessité de trouver un maître ou d'avoir une relation avec un ami spirituel qui puisse nous aider à trouver une pratique qui soit efficace pour chacun d'entre nous. Mais, toutes les voies du bouddhisme, depuis les traditions du Theravada jusqu'aux systèmes cosmologiques complexes du Vajrayana, en passant par les multiples chemins du Mahayana, toutes ces différentes façons de pratiquer ont une chose en commun, qui est de prendre pour fondement l'effort en vue de mener une vie intègre et morale, basée sur le respect des préceptes. [...]

Respecter le précepte de ne pas faire de mal à soi-même ni à autrui pourrait sembler plus facile que de respecter les 253 préceptes monastiques du Theravada ou les 16 préceptes du bodhisattva. Mais ne vous y trompez pas, s'il vous plaît. Ce grand nombre de règles est une faveur qui nous est accordée par la tradition bouddhique, car la plupart des gens ne sont tout simplement pas capables de respecter de manière stricte la seule règle de base, qui est de ne pas nuire à soi-même ou aux autres. [...]

Je voudrais demander à ceux d'entre vous dans cette pièce qui connaissaient quelqu'un qui est mort au cours de la tragédie de la semaine passée de prendre brièvement la parole, en donnant d'abord le nom de la personne, puis si vous le souhaitez, vous pouvez ajouter quelque chose à son sujet. Nous prendrons notre temps pour cela et ensuite je voudrais que nous nous asseyions un moment, dédiant notre silence et notre concentration, notre douleur et notre tranquillité, au bonheur de tous les êtres.

*

J'aimerais à présent que nous nous nous asseyions tous en silence pendant quelques minutes. Et pendant ce temps d'assise, portez d'abord attention à vous-même et à votre respiration, en respirant profondément et consciemment, afin que puissions, en quelque sorte nous retrouver à travers l'ancrage de cette respiration continue qui, dans sa banale régularité, peut être une voie surprenante pour apprendre à nous connaître et pour réaliser comment nous sommes tous reliés les uns aux autres.

Pendant ce temps d'assise tranquille, si vos pensées sont agitées et qu'elles ne se calment pas, je voudrais alors vous suggérer de ne pas demeurer sur la tragédie de cette semaine écoulée, mais à la place, d'utiliser votre respiration pour répandre à travers tous les atomes de vos corps et de votre esprit un sentiment de compassion et de respect envers tous les êtres, amis ou ennemis. Accomplir cet effort est notre façon d'honorer l'opportunité qui nous est offerte par cette une vie humaine.

*

Merci. Chantons à présent le texte qui nous est remis.

"Quand moi, étudiant du Dharma,
Je regarde la forme réelle de l'univers
Tout est la manifestation sans faille
De la mystérieuse vérité du Tathagata. [...]
Qui peut manquer de reconnaissance ou de respect
Même envers les choses non sensibles &endash; sans parler des êtres humains?
Même s'ils semblent être des imbéciles,
Manifestez leur chaleur et compassion.
Si par hasard ils devenaient nos ennemis,
Nous insultant et nous persécutant, nous devrions
Nous prosterner avec d'humbles mots, empreints de foi et de respect sachant
Qu'ils sont les miséricordieux avatars du Bouddha,
Qui use d'expédients pour nous émanciper d'un karma de péché
Produit et accumulé en nous
Par nos propres illusions et attachements égoïstes
À travers d'innombrables cycles de kalpa.
Alors, à chaque instant dans l'éclair de notre pensée
Croîtra une fleur de lotus,
Et chaque fleur de lotus révélera un Bouddha."

Nous dédions ce chant du Voeu du Bodhisattva de Torei Enji 
À tous ceux qui sont morts cette semaine suite aux détournements d'avion et aux attentats commis contre le Pentagone et le World Trade Center,
À tous ceux qui sont victimes de conflits dans le monde, dans des lieux tels que la Palestine, Israël, l'Irak, l'Afrique, le Tibet et dans bien d'autres pays,

Puissent tous les êtres en tous lieux, affligés par les souffrances du corps et de l'esprit, recevoir un océan de bonheur et de joie, et être honorés des mérites de la voie du Bodhisattva.

Skodan Jordan Thorn est vice-président et responsable du développement du Centre zen de San Francisco, aux États-Unis.
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Sojun Mel Weitsman
Conférence donnée au Centre Zen de Berkeley, États-Unis, le 22 septembre 2001

Les attaques des terroristes ont eu lieu il y a près de deux semaines, mais une sorte de pesanteur, de poids s'installe peu à peu en chacun de nous. Nous avons l'impression de marcher sur une corde raide et de risquer à tout moment de basculer d'un côté ou de l'autre. Cela nous maintient dans une sorte de suspense. Que va-t-il se passer maintenant? Aujourd'hui j'aimerais parler, d'une façon idéaliste, de ce que nous pouvons faire et de ce qu'à long terme nous devons vraiment accomplir pour faire vivre le monde.

J'ai déjà raconté cette histoire sur la différence entre le paradis et l'enfer. En enfer, il y a une grande table autour de laquelle tout le monde est assis. Un somptueux festin est posé sur la table et chacun reçoit une paire de baguettes. Mais ces baguettes sont si longues que, bien que les gens puissent s'en servir pour atteindre la nourriture, ils ne peuvent pas la mettre dans leur bouche. Ces baguettes sont tout simplement trop longues. Voilà l'enfer. Qu'en est-il du paradis? Le paradis, c'est le même endroit, avec les mêmes personnes et le même festin. Ce sont également les mêmes baguettes, mais quand une personne saisit quelque chose avec ses baguettes, elle s'en sert pour mettre la nourriture dans la bouche d'une autre personne, assise de l'autre côté de la table. C'est de cette manière que nous pouvons faire vivre notre monde. C'est comme notre corps. Notre corps est fait de nombreux éléments, de nombreux flux qui travaillent ensemble &emdash; le flux du sang, le flux de l'eau, la consommation, l'élimination, tous les membres et tous les organes qui travaillent ensemble en harmonie. Quand ces éléments ne fonctionnent pas en harmonie, le corps tombe malade. Le corps est comme un microcosme du monde ou d'une ville. Par exemple, quand les biens, les services et l'argent ne circulent pas à travers l'ensemble de la population, la ville, le pays ou le monde tombent malades. Alors, différentes maladies engendrent de la douleur, des traumatismes et des déséquilibres. Nous vivons dans un monde déséquilibré. On dit que "l'univers entier est notre corps". Le monde entier est notre véritable corps. Si nous ne nous occupons pas de notre véritable corps, notre petit corps souffre.

Il est maintenant indispensable que nous commencions à réfléchir à la manière dont nous pouvons prendre soin du monde. Et pas seulement prendre soin de notre petit espace personnel. Suzuki Roshi a un jour fait une conférence pendant laquelle il a parlé de l'argent. Il a dit: "L'argent n'est ni propre ni sale, l'argent n'est pas la cause du mal, l'argent est simplement l'argent." Il est comme le sang qui coule à travers notre société. Quand il circule mal, la société devient malade. L'argent, les biens, la bienveillance, le souci des autres, la compassion et l'identification avec autrui sont les qualités qui font vivre le monde. Il faut qu'elles circulent. Sans elles, le monde s'effondre.

Dans le bouddhisme, il y a trois origines à la souffrance ou aux afflictions. Les causes des afflictions sont l'avidité, la malveillance et l'illusion. Quand une partie du corps veut conserver trop de choses pour elle-même, elle se met à les accumuler avec avidité. Ceci bloque la circulation, interrompt les échanges et les mécanismes d'aide mutuelle entre les différents organes. Et le corps tombe malade. De la même manière, l'avidité signifie accumuler tellement de choses pour son propre profit que cela crée un déséquilibre non seulement dans le monde mais aussi pour soi-même. Souvent nous pouvons constater en nous-mêmes notre propre avidité. Si nous mangeons trop, le corps souffre. Si nous accumulons trop de choses, nous nous sentons accablés sous leur poids. Avoir quelque chose, voilà l'illusion. Nous croyons que les choses que nous possédons nous rendent heureux ou nous apportent la sécurité. Mais c'est en fait la chose que nous possédons qui nous possède. Nous sommes prisonniers de nos possessions. Si vous êtes propriétaire d'une maison, vous êtes prisonnier d'un crédit sur trente ans. Ce n'est pas grave mais vous devez en être conscient. Tout ce que nous accumulons a deux aspects : un aspect pesant ainsi qu'un aspect bénéfique. Nous devons décider de quoi nous avons vraiment besoin et trouver un moyen de partager ce que nous avons avec les autres.

Quelqu'un de riche et qui l'a toujours été n'en fait pas étalage, contrairement aux nouveaux riches qui aiment montrer leur argent. Les personnes qui ont une vieille fortune ont souvent un mode de vie frugal, elles ne portent pas de vêtements extravagants et ne montrent pas qu'elles ont de l'argent parce que cela éveillerait de la jalousie auprès de ceux qui n'en ont pas. Ceux qui sont habitués à la richesse sont souvent plus généreux envers les autres. C'est très intéressant. Il y a tellement de personnes issues d'un milieu aisé qui recherchent un mode de vie simple. Elles veulent trouver une voie qui leur permette de se soulager du poids de leur argent. C'est souvent le cas. Malheureusement un des problèmes que nous rencontrons en tant qu'êtres humains est que nous ne vivons généralement pas assez longtemps pour devenir sages. Notre durée de vie n'est pas très longue et, malgré que le monde ait accumulé de la sagesse, nous sommes trop jeunes pour y prêter attention. Ce n'est qu'à la fin que nous nous disons: "Si seulement j'avais su cela."

L'avidité, l'accumulation pour soi-même et au détriment des autres conduisent à un déséquilibre dans le monde. On dit que c'est l'avidité qui crée l'ego. C'est au travers de l'avidité, de la cupidité et du désir de posséder bien au-delà de nos besoins que nous créons un ego. L'ego enfle. L'ego s'auto-justifie. L'auto-justification est un des problèmes les plus graves car elle nous empêche de nous avouer nos propres défauts. Plus nous défendons nos défauts, plus nous tombons dans ce piège de l'auto-justification et nous devons alors nous inventer d'autres excuses et d'autres raisons pour justifier nos défauts. Nous perdons assez rapidement de vue le fait que nous sommes en train de nous auto-justifier. Et nous nous perdons dans l'autodéfense. C'est à ce stade que nous en sommes actuellement, car nous sommes devenus incapables d'admettre que nous sommes avides et que cela affecte le monde.

La malveillance, c'est l'aversion, le rejet, la diabolisation. Dans la situation actuelle,elle se manifeste sous forme d'insultes. Nous ne nous rendons même pas compte de la manière dont nous aliénons les gens. Que vous le croyiez ou non, une grande partie du monde se sent rejetée par notre pays. Vous devez le savoir, car c'est la réalité. C'est à cause de toutes ces années d'une politique d'aliénation des autres qu'est née l'animosité grandissante qui a abouti à cette tragédie. Il ne s'agit pas que d'un seul homme. Celui-ci n'est qu'un symbole sur lequel se focalisent tous les regards; il incarne ce que ressent une grande partie du monde. Les frappes chirurgicales, ha ha. Mais ne parlons pas trop de politique.

L'illusion, c'est ne pas comprendre de quelle manière nous créons nos propres problèmes. C'est ne pas comprendre la cause de nos problèmes. C'est comme si nous ne tenions aucun compte de la loi du karma. Cette loi est incontestable et elle n'a rien à voir avec le fait que le Seigneur pense que nous soyons bons ou mauvais. Ce n'est pas une rétribution au sens populaire du terme mais simplement la loi des causes et des effets, qui est impartiale. Aucune partialité. Si vous faites ceci, cela se produit. C'est simple. Mais dans notre illusion, nous n'en tenons pas compte. Si nous tenions compte de la loi du karma, nous ferions très attention à nos actes. Mais comme nos actions sont le fruit de l'avidité, de l'illusion et de la malveillance, nous sommes aveugles.

"Il faudra créer une infrastructure qui permette d'inclure le monde entier, car à partir de maintenant, il va devenir impossible de fonctionner autrement."

Je pense que dans un monde idéal, nous dirions: "Comment créer la paix dans le monde?" C'est bien, mais la véritable question serait plutôt quelque chose comme "comment créer une infrastructure qui permettrait de subvenir de manière égale aux besoins de tous?" Certains répondront "par le socialisme". Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Et nous avons connu le communisme, qui, en tant qu'institution, n'a pas très bien fonctionné. Quelle que soit la réponse, elle doit prendre en compte l'existence d'une interdépendance universelle. Et il faudra créer une infrastructure qui permette d'inclure le monde entier, car à partir de maintenant, il va devenir impossible de fonctionner autrement. À part cela, il y a d'autres possibilités. Comme par exemple continuer à jouer aux petits seigneurs dans leurs fiefs. À l'heure actuelle, c'est le jeu qui dirige le monde. Cela signifie que c'est le plus grand et le plus fort qui domine. Une nation en renverse une autre, un système en remplace un autre. Et le monde continuera peut-être à fonctionner ainsi. Nous vivrons peut-être dans la peur pendant les vingt années à venir. C'est ce que l'on entend dire en ce moment, que nous allons vivre dans la peur pendant les dix années à venir, pendant les vingt années à venir. Où ont-ils été chercher tous ces chiffres?

Quelqu'un a émis la proposition suivante: "Au lieu de larguer des bombes, pourquoi ne pas larguer du beurre?" C'est une bonne idée mais cela représente beaucoup de travail pour les vaches. Et pourquoi ne pas aller en Afghanistan et simplement donner aux gens notre bonne volonté, de la nourriture et de l'aide, pas dans notre propre intérêt mais dans le leur? Nous avons toujours cette idée que, pour aider les autres, il faut que ce soit dans notre intérêt national. C'est une idée très égoïste. Cela me fait toujours beaucoup de peine quand j'entends cela. "Nous ne pouvons pas aider la population du Soudan parce que cela n'est pas dans notre intérêt national." C'est cette attitude qui maintient une séparation au sein du monde et fait souffrir le corps en le maintenant en déséquilibre. Notre intérêt national est une chose merveilleuse, une chose merveilleuse et terrible ou bien une chose terrible et merveilleuse. Nous devons prendre soin de nous-mêmes mais nous devons aussi donner tout ce que nous pouvons aux autres. Il n'est tout simplement pas possible de fonctionner autrement. Ce serait tellement mieux si nous étions des bienfaiteurs au lieu d'être des tyrans. Le problème est que nous ne possédons jamais assez. N'est-ce pas dommage? Nous n'en avons jamais assez. Samedi dernier, Stan a dit: "Consommons moins." Je pense qu'il a eu une très bonne idée, bien sûr. Nous devrions tous réduire notre consommation. Mais ceci n'est que la moitié du chemin. L'autre moitié serait de partager avec tout le monde, de telle sorte qu'indépendamment de son niveau de richesse, chacun ait ce dont il a besoin.

J'étais à Green Gulch pour une conférence, mercredi dernier et un participant nous a fait part de ses préoccupations : "Nous sommes une communauté monastique. Que pouvons-nous faire en tant que communauté monastique pour aider les gens?" Traditionnellement, les communautés monastiques sont autosuffisantes et détachées du monde. À l'époque de Dogen, la plupart des pays étaient des monarchies d'un genre ou d'un autre. Le peuple n'avait qu'une action très limitée sur les changements sociaux, sauf pendant les révolutions. Ici, dans ce pays, nous avons le droit de vote mais seulement la moitié d'entre nous l'exercent. Moins de la moitié l'exerce. C'est tout simplement étonnant. Je l'ai toujours dit: "Si vous ne votez pas, ne vous plaignez pas." Nous avons le privilège de pouvoir exercer une influence sur ce qui se passe dans ce pays. Même ceux qui vivent dans une communauté monastique ont le privilège de pouvoir influencer ce qui se passe dans le pays. Alors, à Green Gulch, j'ai dit: "Faire simplement zazen et vivre votre vie monastique, montrer aux gens que cette voie existe, montrer l'exemple d'une vie frugale, honnête, spirituelle, pacifique et harmonieuse, tout ceci représente une grande contribution à la vie du monde." Un des participants à la conférence a dit: "J'apprécie vraiment le fait que cette communauté soit installée ici et qu'elle fasse ce qu'elle fait. Quand j'arrive du monde du social dans cette communauté, je ressens que les gens y sont sains d'esprit, c'est un lieu où les gens sont sains d'esprit. Et j'ai l'impression de pouvoir me laisser aller."

Je ne pense pas que les gens qui vivent dans une communauté monastique doivent se sentir impuissants et avoir l'impression de ne rien faire. Et que ce soit à Green Gulch, ici ou ailleurs, en nous asseyant en zazen, nous ne nous contentons pas de fuir le monde. C'est une pratique qui stabilise le monde. Cet exemple est extrêmement précieux et nécessaire. Imaginez seulement que chacun s'asseye pendant quarante minutes et fasse zazen. Cela pourrait changer le monde.

" Imaginez seulement que chacun s'asseye pendant quarante minutes et fasse zazen. Cela pourrait changer le monde."

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Un disciple: "Personnellement, je suis très impatient à l'égard du monde. C'est frustrant: quoi que l'on puisse dire, ils n'écoutent pas. Est-ce qu'être un exemple est la seule chose que l'on puisse faire?"

Sojun: C'est la base et, à partir de cette base, en se connaissant soi-même, en connaissant ce qui est bon et bénéfique, on peut agir et faire beaucoup de choses. C'est notre pratique, le Genjokoan, qui est le prolongement de zazen. Comment prolonger cela dans notre vie quotidienne? Comment prolonger cela pour stabiliser le monde? Tu dis que tu es impatient. Où est ton impatience? Tu dois être patient. Suzuki Roshi a dit que le caractère pour le mot patience représente une personne à genoux devant une autre qui brandit une épée au-dessus de sa tête. Tu es impatient... Et tous ces gens, tous ces généraux qui sont impatients? C'est leur impatience qui te rend impatient. Peut-être que ton impatience peut les aider à devenir patients. Si tu ajoutes ta patience à celle de toutes les autres personnes qui font appel à la patience, c'est comme des gouttes quand il pleut dans les montagnes. On dirait que ce ne sont que des gouttes mais, s'il y a assez de gouttes, cela devient un torrent qui descend impétueusement le long d'un canyon. Un torrent peut naître de ce qui semble n'être qu'un peu de pluie. Chaque goutte compte. Toutes ces petites gouttes créent une grande force. Ta petite voix est très importante. Ta patience, la patience d'une seule personne est très importante. Ne perds pas ta patience. Tu ne connais pas l'amplitude de l'impact que peut avoir ta patience ou ton attitude. Mais, même si tu ne le vois pas, elles ont un effet. Chaque chose a un effet dans ce monde. Chaque chose influence tout le reste.

Sojun Mel Weitsman est Responsable du Centre Zen de Berkeley, aux Etats-Unis.

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Le Dalaï-Lama

Mes chers amis autour du monde,

Les événements de l'actualité font que chaque personne raisonnable doit interrompre ses activités et, quelles que soient ses préoccupations, réfléchir profondément aux grandes questions de l'existence. Il nous faut de nouveau non seulement chercher un sens à la vie, mais aussi définir la signification de nos expériences, à la fois individuelles et collectives, et chercher ardemment comment reconstruire à neuf notre humanité afin de ne jamais plus nous traiter ainsi les uns les autres.

L'heure est venue de démontrer au plus haut niveau notre conception de Qui Nous Sommes Vraiment.

"Le moment est venu pour vous de servir. Le moment est venu d'enseigner."

Il y a deux réponses possibles à ce qui s'est passé aujourd'hui. L'une a sa source dans l'amour, l'autre dans la peur. Inspirés par la peur, nous risquons, individuellement et collectivement, de paniquer et nos actes causeront encore plus de mal. Inspirés par l'amour, nous trouverons la sécurité et la force, tout en les prodiguant aux autres. Le moment est venu pour vous de servir. Le moment est venu d'enseigner. Ce que vous enseignez en ce moment, chacun de vos mots, chacune de vos actions, resteront comme des leçons indélébiles dans le coeur et l'esprit de ceux avec qui vous avez des contacts, maintenant et dans les années à venir.

Nous décidons aujourd'hui de ce que sera demain. Aujourd'hui. En ce moment même. Ne cherchons pas à condamner les méchants, mais à condamner les causes. Faute de saisir cette occasion de considérer les causes, nous reproduirons les effets que ces causes ont créés. Au lieu de nous remettre, nous vivrons perpétuellement dans la peur de ceux qui, dans la famille humaine, se sentent lésés et dont nous voulons nous venger.

Pour nous les raisons sont claires. Nous n'avons pas appris les leçons élémentaires de la vie. Nous ne nous sommes pas souvenus des vérités fondamentales de l'homme. Nous n'avons pas compris la sagesse spirituelle de base. En bref, nous n'avons pas écouté Dieu et faute de l'avoir écouté, nous nous découvrons en train d'accomplir des choses dénuées de sainteté. Le message que nous entendons à toutes les sources de vérité est clair: "Nous sommes tous un". C'est un message que l'espèce humaine a largement ignoré. Oublier cette vérité est l'unique cause de la haine et des guerres et c'est maintenant que nous devons nous souvenir de L'AMOUR - à chaque instant. Si nous pouvions aimer même ceux qui nous ont agressés, en cherchant à comprendre pourquoi ils l'ont fait, comment réagirions-nous? Mais si nous répondons à la destruction par la destruction, à la rage par la rage, à l'attaque par l'attaque, quelle sera l'issue?

Telles sont les questions posées à l'espèce humaine aujourd'hui. Ce sont des questions auxquelles nous n'avons pas su répondre pendant des milliers d'années. Ne pas savoir y répondre maintenant pourrait éliminer le besoin même d'y répondre. Si nous voulons que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent jouir de la beauté du monde que nous avons contribué à construire, il nous faut devenir des activistes spirituels ici même, en cet instant, et travailler pour que la paix soit possible. Nous devons choisir d'en être la cause.

Donc parlez aujourd'hui à Dieu. Demandez à Dieu de l'aide, un conseil et un avis afin qu'il vous éclaire, vous donne la force, la paix intérieure et la sagesse profonde. Demandez aujourd'hui à Dieu qu'il nous montre comment nous comporter en ce monde de manière à permettre au monde de se transformer. Et rejoignez toutes les personnes qui, dans le monde, sont maintenant en prière, ajoutez votre Lumière à la Lumière qui dissipe toute peur.

Tel est le défi que chacun doit aujourd'hui relever. Aujourd'hui l'esprit humain pose cette question: "Que dois-je faire pour préserver la beauté et la splendeur du monde, pour éliminer la colère et la haine causées par l'injustice, dans cette partie du monde que j'influence?"

S'il vous plaît, cherchez aujourd'hui la réponse à cette question avec toute la richesse qui est en Vous. Que pouvons-nous faire aujourd'jui, en cet instant? Onretrouve dans dans la plupart des traditions spirituelles cet enseignement essentiel: "Fais pour autrui ce que tu voudrais qu'il fasse pour toi." Pensez maintenant à ce que vous souhaitez voir se réaliser dans votre propre vie et dans le monde. Ensuite demandez-vous si vous pouvez le réaliser pour une autre personne.

Si tu souhaites jouir de la paix, offre à l'autre la paix.

Si tu souhaites la certitude du refuge, offre à l'autre la certitude du refuge.

Si tu souhaites mieux comprendre des choses apparemment incompréhensibles, aide l'autre à mieux comprendre.

Si tu souhaites guérir ta tristesse ou ta colère, guéris la tristesse ou la colère de l'autre.

Les autres t'attendent maintenant. Les autres se tournent vers toi pour être guidés, aidés, encouragés, fortifiés, éclairés, rassurés. Mais avant tout, ils se tournent vers toi pour recevoir de l'amour.

Ma religion est très simple. Ma religion est la bonté.

Tenzin Gyatso, le quatorzième Dalaï-Lama, est le chef d'État du Tibet et le guide spirituel de son peuple. En 1959, fuyant l'avancée des troupes chinoises sur Lhasa, il s'est réfugié en Inde, où il vit en exil à Dharamsala

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Katia Robel
Kusen prononcé le 11 septembre 2001 au dojo de Paris, zazen de 19h

Je reprends le Shodoka de Maître Yoka. C'est bientôt la fin de ce poème. On est au 77e verset. "Il est le roi des dharma. Nul ne le surpasse. Tous les Bouddhas, aussi nombreux que les grains de sable du Gange, en témoignent. Je comprends maintenant ce qu'est ce joyau mani. Il répond à tous ceux qui le reçoivent avec confiance." Il est le roi des dharma. Mais dharma signifie ici toutes les existences.

Il s'agit de l'homme tranquille qui a atteint l'éveil et cessé d'étudier et d'agir, comme dans le premier verset du poème. C'est celui qui se connaît lui-même. Il s'agit de soi-même, tel que l'on est. Pendant zazen, on pratique complètement zazen. On se concentre sur la posture, sur la respiration, on devient complètement Bouddha. Lorsqu'on devient Bouddha, l'univers entier est Bouddha. On se meut dans le monde du Bouddha.

Quand on ne pénètre pas sa vraie nature, tout est illusion: les hommes d'État, les grands brasseurs d'affaires, les terroristes sont prisonniers des illusions. Ils se meuvent dans le monde de l'illusion. Leur rencontre produit des catastrophes.

Quand on se connaît soi-même, on revient à la source de l'esprit. On crée à partir de la source toujours fraîche la position la plus digne de respect, la plus noble. Aussi dit-on qu'un tel être est le roi des dharmas et que nul ne le surpasse. Tous les bouddhas, aussi nombreux que tous les grains de sable de Gange, en témoignent. Les grains de sable du Gange représentent un nombre infini. Ces bouddhas sont innombrables. Si l'on revient à l'origine, à la source de l'esprit, on s'harmonise avec tous les bouddhas, aussi nombreux soient-ils. On est parfaitement à l'unisson avec eux, en harmonie avec l'ordre cosmique. On suit complètement l'ordre cosmique.

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Zazen de 7h30

Maître Menzan dit: "Lorsque vous vous asseyez dans ce samadhi, vous entrez directement dans le domaine du Bouddha. Ce samadhi contenant la vertu illimitée des racines de Bouddha, les obstacles infinis de nos mauvaises actions, dues à notre mauvais karma, prendront fin sans laisser de trace. Lorsqu'on se meut dans le monde du karma, où que l'on soit, quoi que l'on fasse, la souffrance ne cesse jamais."

Les politiques, les terroristes, créent un karma infernal de souffrances incessantes. Affliction, souffrance infligée à autrui, vengeance, on tourne sans cesse dans cette ronde infernale. Cependant, si l'on pratique zazen régulièrement, à chaque fois on réalise qu'il n'y a ni sujet ni objet, ni autre ni soi, ni ennemi ni partenaire. Aussi on peut abandonner tout attachement, et les racines de tout karma sont purifiées.

Les racines du karma sont vides, les liens des actes sont fondamentalement vacuité. Le samadhi de zazen est le domaine de Bouddha qui résout toute souffrance.

Katia Robel est une ancienne disciple de Maître Deshimaru et présidente du Dojo zen de Paris.

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Dennis Genpo Merzel
L'appel à s'éveiller

Aujourd'hui plus qu'à aucun autre moment dans l'histoire, les peuples du monde entier ont la capacité de s'unir véritablement. Pour nous tous, toutes traditions et religions confondues, l'heure est venue de laisser de côté nos différences et d'oeuvrer pour la paix dans le monde. Nous devons lutter ensemble en vue de triompher de l'ignorance, de la volonté de puissance, de la manipulation par la terreur et la haine.

Les événements récents ont mis en lumière le meilleur et le pire de la nature humaine. Ils nous rappellent que nous sommes tous dans le même bateau. Nous sommes engagés dans une course contre l'ignorance et le mal et nous devons la gagner si nous voulons nous sauver nous-mêmes en tant qu'espèce et le monde tel que nous le connaissons.

Les terribles événements de New York et de Washington peuvent nous entraîner dans la direction d'une aggravation de la faille qui divise l'humanité ou dans celle de l'éveil d'une conscience globale. Nous ne pouvons pas reculer plus longtemps devant la nécessité urgente de nous éveiller au fait que nous sommes un seul corps, un seul esprit. Mais c'est en premier lieu en chacun d'entre nous, à titre individuel, que ce bon en avant de la conscience doit se produirel. Nous devons regarder en face et extirper l'ignorance, l'avidité et la haine qui sont tapies dans nos coeurs. L'heure n'est plus à la complaisance quand nous voyons ces trois poisons à l'¦uvre en nous-mêmes et dans les autres. Et nous devons lutter contre le désir de nous rendormir en refusant de voir ce qui est en jeu.

Nous ne pouvons pas reculer plus longtemps devant la nécessité urgente de nous éveiller au fait que nous sommes un seul corps, un seul esprit.

Toute vie est impermanente et fragile. Il n'y a nul endroit où se cacher et la paix et la liberté véritables ne se réaliseront que lorsque nous serons disposés à oeuvrer en leur faveur.

Nous devons travailler ensemble si nous voulons creuser un chemin vers un monde paisible dans lequel nos enfants et leurs descendants seront en sécurité. Aussi, joignons-nous tous ensemble dans la prière et la méditation pour les victimes, leurs familles et pour le bien de notre monde.

Dennis Genpo Merzel a été ordonné moine par Maezumi Roshi en 1973. Il a reçu le titre de hoshi (détenteur du Dharma) en 1979, à l'issue de sa formation dans l'étude des koans.

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Gérard Pilet
Enseignement (kusen) donné le 13 septembre 2001, zazen de 19h, au dojo de Paris

Quelqu'un me disait hier en parlant des événements dont le monde parle: "Je ne comprends pas que des hommes puissent faire des choses pareilles."

Et

p
o
u
r
t
a
n
t

pour comprendre, il suffit de regarder en soi-même, d'éclairer ses illusions.

 

Zazen permet cet éclairage. Eclairer ses illusions, ne pas les rejeter mais cesser de s'identifier à elles.

Comment l'humanité peut-elle sublimer les trois poisons et manifester Bouddha par la Voie?

Le pire est en chacun et Bouddha est aussi en chacun. Le démon est en chacun, Bouddha est en chacun. Et le regard de Bouddha sublime les bonnos, les poisons.

Alors, on va dédier le Hannya Shingyo de ce soir à toutes victimes de ce massacre, mais à ceux aussi qui, par ignorance, ont perpétré ce massacre et se sont ainsi ouvert les portes d'un karma d'enfer.

Gérard Shinrei Pilet est moine zen. Ordonné par Maître Taisen Deshimaru, il pratique depuis plus de vingt ans et enseigne actuellement au dojo de Paris.

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Sheng Yen
Appel pour la Paix et l'amour universel

Dharma Drum Mountain, États-Unis, 9 décembre 2001

S'exprimant sur la manière dont nous devons traiter les auteurs de ce crime horrible, Maître Sheng-yen recommande de recourir à "un traitement juste et raisonnable, qui ne fasse pas de mal à des innocents". Il met en garde particulièrement contre les actes de revanche, qui pourraient initier un cycle de massacres sans fin. Il fait remarquer que l'utilisation de méthodes aussi extrémistes et violentes est le résultat de l'accumulation de nombreux facteurs sur une longue période. La violence de tels actes résulte d'une interprétation erronée et extrémiste d'une doctrine religieuse.

Maître Sheng-yen insiste sur ce point de manière formelle: "Si quelqu'un se rend compte que la religion à laquelle il appartient contient des éléments qui sont en contradiction avec la promotion de la paix, il lui faut alors procéder à une nouvelle interprétation des doctrines en question." C'est un sujet qu'il a également abordé lors du Sommet des leaders religieux et spirituels du millénaire pour la paix, qui s'est tenu au mois d'août 2000." Puisque toutes les religions plaident en faveur de la paix, du pardon et de l'amour et nous incitent à quitter l'enfer pour entrer au paradis, des actes aussi violents n'auraient jamais dû être commis."

Maître Sheng yen a reçu la transmission du maître chan Tung chu, de la tradition ts'ao tung (soto), puis en 1978 celle du maître chan Ling yuan, de la tradition lin chi (rinzai), devenant par la même occasion le descendant à la seconde génération de Maître Hsu yun

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