Uji, l'être-temps selon Dogen

Deux versants éditeur vient de publier (juin 2002) une nouvelle édition de Uji, l'être-temps selon Dogen (épuisé), augmentée d'un texte de Luc Boussard intitulé "Temps qui passe et temps de l'être, quelques propositions pour la lecture du Shobogenzo" dont on trouvera ci-dessous un bref extrait.

Temps qui passe et temps de l'être, quelques propositions pour la lecture du Shobogenzo
En observant comment s'articule la réflexion de Dogen sur l'être-temps, on peut jeter un éclairage plus large sur l'ensemble des enseignements exposés dans le Shobogenzo, un éclairage, autrement dit, sur ce shobo, ou "vrai dharma", que Dogen lui même identifiait à l'authentique orthodoxie bouddhique mais qui, chez lui, n'en reflète pas moins une pensée tout à fait originale, une pensée en boucle qui sans cesse revient sur elle-même pour se déployer toujours plus loin et procède par retournements propices à court-circuiter la logique, casser les certitudes et toucher l'esprit profond.

Après avoir posé que "l'être-temps signifie que le temps est toujours existence et que toute existence est temps", Dogen aborde successivement trois aspects du temps. En premier vient la conception ordinaire, celle du "temps qui ne fait que passer", autrement dit le temps de l'horloge, dans lequel nous vivons tous1. Il ne s'agit pas de nier cette forme de temps, que tout le monde peut observer. "Les traces du passage du temps sont si manifestes que nul ne les met en doute," écrit Dogen. Mais c'est pour ajouter que ce n'est pas parce qu'on le constate qu'on le comprend. L'évidence même de cet aspect du temps aux yeux de l'observateur, nous dit-il, révèle en fait que tous deux - le temps et lui - participent d'une dimension supérieure, qui est celle de l'être. "Si je constate que le temps va et vient, c'est que la réalité même de l'être-temps est en moi."

Arrivé là, une autre conception du temps s'instaure, où celui-ci se réduit à l'instant présent, qui est lui-même reflet de l'éternité. "Toutes les existences et l'univers entier sont présents dans chaque instant du temps. Dans toutes les existences ou dans l'univers entier, il n'y a que le temps de l'instant présent2". Et dans ce présent sans cesse renouvelé, où l'être-temps se perpétue "sans entrave", toutes les existences sont étroitement reliées.

Enfin, dans la dernière partie du livre, Dogen expose un aspect du temps qui rappelle un peu l'Ecclésiaste lorsqu'il déclare qu'il y a un temps pour tout, un temps pour rire, un temps pour pleurer, un temps pour haïr, un temps pour aimer, un temps pour planter, un temps pour récolter etc... Dogen explique en effet qu'il y a un temps pour le silence, un temps pour la parole, un temps pour l'action, un temps pour l'immobilité, un temps pour l'illusion, un temps pour l'éveil, et que c'est ce va-et-vient continuel de l'un à l'autre qui constitue en lui-même la pratique de la Voie. Même la confusion, même l'erreur, nous dit-il ne sont autres que l'être-temps.

Dans Uji, le temps est donc décrit comme quelque chose qui imprègne la totalité de l'individu et des existences, quelque chose qui, tout en étant de l'ordre du devenir, du mouvement, se réduit à l'ici et maintenant et contient l'éternité. De même que chaque phénomène contient la totalité de l'existence - autrement dit que chaque brin d'herbe contient la totalité d'inmo, la nature propre -, de même chaque instant, ici et maintenant, contient la totalité du temps, de l'éternité, bien que Dogen n'utilise pas le terme d'éternité.

Après cet aperçu quelque peu schématique de la "philosophie" du temps développée par Dogen dans Uji, je voudrais essayer de dégager quelques lignes de forces qui ressortent, implicitement ou explicitement, des enseignements du Shobogenzo. Le premier point qui se présente à l'esprit est celui qu'exprime une phrase du Shobogenzo zuimonki: "Tout ce que nous avons devant nous est Bouddha." Dogen a la conviction que d'une part rien n'existe en dehors de ce qu'il appelle tantôt uji, l'être-temps, tantôt inmo, la nature même des choses, tantôt bussho, la nature de Bouddha, et qu'on pourrait aussi appeler la vacuité, la dimension supérieure, mais que réciproquement cet être ne peut être conçu séparément des phénomènes. Nous avons là un des ressorts de la pensée du zen: il n'y a pas d'être, il n'y a pas d'essence sans les phénomènes, et il n'y a pas de phénomène qui ne soit la manifestation, l'actualisation de l'essence.

1. Sans doute cet aspect du temps a-t-il pris encore plus de relief à notre époque et dans notre civilisation prométhéenne, où le devenir s'est accéléré. C'est le temps de l'efficacité, du rendement, du progrès scientifique et technologique, mais aussi, nous le savons, celui de l'anxiété, du stress, de la névrose...(retour)

2. On ne peut s'empêcher d'évoquer ici Maître Eckhart et son homme "sans attachement propre", à qui Dieu a donné de "contempler d'un regard la façon dont il est" dans la puissance où toujours il "verdoie et fleurit", la puissance où le Père éternel engendre sans relâche le Fils éternel. "Cet homme, nous dit Maître Eckhart, est délivré en vérité de tout étonnement, et toute chose se trouve en lui de façon essentielle. C'est pourquoi il ne reçoit rien de nouveau des choses à venir ni d'aucun hasard, car il habite dans un instant en tout temps nouveau sans relâche." (Maître Eckhart, Le château de l'âme, Les Carnets DDB, 1995) (retour)

UJI
L'être-temps selon Dogen
(Traduction et commentaire Luc Boussard)

Dogen, qui vécut pendant la première moitié du XIIIe siècle, est le fondateur de l'école soto du zen au Japon, et par voie de conséquece le maillon qui nous rattache au chan (zen chinois). Il est l'auteur du Shobogenzo, dont provient le chapitre Uji. Deux versants éditeur publie une traduction de ce texte, dont nous reproduisons ici quelques passages. Pour se procurer l'intégralité de l'ouvrage, nous contacter par e-mail.

Introduction

La réputation de Dogen est désormais établie en Occident : c'est le plus grand "penseur" qu'ait produit le Japon ; et son oeuvre exerce une fascination suffisante pour susciter une abondance de traductions vers les langues européennes. Uji notamment, qui passe pour le chapitre le plus "philosophique" de cet exposé magistral de la pensée zen qu'est le Shobogenzo, a donné lieu à de nombreuses traductions tant en français qu'en anglais. Pourquoi, dans ces conditions, en proposer une nouvelle ?

Et bien tout d'abord parce que la densité prodigieuse de l'écriture de Dogen fait de son discours une véritable polyphonie dont aucune lecture ne peut épuiser les résonances. Chaque traducteur, selon l'inclination qui est la sienne, retient plus particulièrement tel ou tel accent - philosophique, littéraire, spéculatif, métaphysique, virtuose, religieux ... - qu'il entend ou croit entendre. La profusion des traductions n'est donc que le reflet de la richesse et de la subtilité de l'oeuvre. Et tant qu'aucune ne se sera imposée comme définitive, il est bon que le lecteur ait accès à tout l'éventail des interprétations, dont la prolifération même constitue un prolongement de l'aventure intellectuelle de Dogen.

[...] La voie que Dogen ramène de Chine repose essentiellement sur la pratique de zazen, qui en est la source et l'aboutissement. Dogen destine son enseignement à ceux qui, comme lui, pratiquent l'assise silencieuse et c'est pourquoi, sans la référence continuelle à l'expérience intime de cette pratique, le Shobogenzo reste un texte obscur et contradictoire. En vérité, plus que de l'érudition ou de l'aptitude à l'exégèse, la bonne compréhension de Dogen nous semble tributaire d'une affinité fondée sur la pratique de zazen. Bref, l'approche la plus sûre en matière d'interprétation du Shobogenzo est à notre avis celle qui repose sur l'intuition générée par une longue fréquentation du zazen enseigné par Dogen et ceux de ses successeurs qui ont résolument marché sur ses traces.

Dogen n'est donc ni un philosophe ni un métaphysicien. En fait nous dirions même qu'il serait vain de chercher à extraire de sa pensée une quelconque doctrine. Bien sûr, Uji - le temps - est un sujet si philosophique et si métaphysique en soi que la réflexion de Dogen touche inévitablement à ces domaines de la pensée1, mais cet aspect ne vient que par surcroît, de façon incidente, et ne constitue nullement l'essentiel de son propos. Fondamentalement, Dogen boit à deux sources, zazen et la transmission (le kesa) - autrement dit l'expérience intime de la condition originelle et l'enseignement oral transmis "de coeur à coeur" depuis les origines. La pensée de Dogen part de zazen et revient à zazen ; le Shobogenzo est là-dessus très explicite, par exemple dans le chapitre Zazenshin (Précis de zazen), où l'on peut lire : "les enfants et les petits-enfants des patriarches du Bouddha doivent sans défaillance pratiquer zazen comme la chose la plus importante. Tel est le sceau authentique reçu et transmis de la personne à la personne."

Qu'il cite Gensha - "L'univers entier est une perle brillante" - ou qu'il dise "le temps est toujours existence et toute existence est temps", Dogen n'est pas en train de spéculer, ou de formuler une théorie pour alimenter un débat ; il enseigne une expérience vitale. Tous les concepts qu'il emploie dans Uji - inmo (l'ainsité), juhoi (l'ordre normal des choses), genjo (l'actualisation), jinriki (l'engagement total)...- sont des références directes à la pratique de zazen. Le discours de Dogen est l'expression d'une intuition qui jaillit de la conscience hishiryo2 et s'adresse à la conscience hishiryo. Ainsi, des passages comme cet extrait de Uji - "La présence n'est pas venue et la non-présence n'est pas absence de venue. Ainsi est l'être-temps. La présence est entravée par la présence, pas par l'absence. L'absence est entravée par l'absence, pas par la présence. L'esprit entrave l'esprit et donc il rencontre l'esprit. Les mots entravent les mots et donc ils rencontrent les mots. L'entrave entrave l'entrave et donc elle rencontre l'entrave. L'entrave entrave l'entrave. Ainsi est le temps. Les phénomènes peuvent se servir de l'entrave, mais il n'y a jamais eu d'entrave qui entrave les phénomènes." - nous semblent très difficiles à comprendre si on les aborde sous un angle purement analytique. Mais quand on les rapproche de l'"observation inconsciente" telle qu'elle est pratiquée pendant zazen, on constate en effet que seul "l'esprit qui s'attache" crée des entraves et que, "lorsque l'esprit ne s'arrête sur rien", l'instant se renouvelle dans une fluidité naturelle où ni l'illusion ni l'éveil ne font obstacle. La conscience hishiryo se meut en toute liberté aussi bien dans la dimension horizontale (l'espace, les phénomènes) que dans la dimension verticale (le temps). Cette compréhension est le retour à la seule forme d'écoute où la parole de Dogen a du sens, dans la mesure où elle est reçue comme un enseignement de l'expérience vécue et transmise de la voie. Et c'est à partir du moment où l'on perd de vue l'esprit vivant pour faire de cet enseignement un système de pensée, voire une idéologie, qu'apparaissent les erreurs et les polémiques.

Citant Eno, Dogen écrit dans le chapitre Bussho (La nature de Bouddha) du Shobogenzo : "L'impermanence en soi est nature de Bouddha. Ce qui est permanent, c'est l'esprit de discrimination qui juge de toutes choses en bien ou en mal." Le seul principe est la mobilité, à l'opposé de toute conception figée de la vérité. La cohérence du Shobogenzo - comme d'ailleurs celle du zen tout entier - appartient, répétons-le, à hishiryo, l'esprit qui ne repose sur rien. La pensée de Dogen est toujours en mouvement, elle est comme l'oiseau de mer qui joue avec le vent, s'appuyant sur les mots pour produire non pas un dogme mais une instabilité propice à l'éveil.

La démarche n'est pas linéaire mais sphérique. Elle procède d'une implosion de la pensée, qui, cessant d'alimenter le processus mental que nous plaquons en permanence sur la réalité, s'ouvre à l'"ainsité" (inmo) et avance "de plénitude en plénitude".

Toute l'oeuvre de Dogen, nous semble-t-il, est une longue élaboration du koan qui l'a lancé sur la pratique de la voie : "Si la nature de Bouddha est inhérente à tous les êtres, pourquoi devons-nous nous astreindre à la dure pratique de zazen ?" Auprès de maître Nyojo, "corps et esprit rejetés", il a eu l'intuition de l'unité ultime de tous les contradictoires - objectif et subjectif, illusion et satori, impermanence et immutabilité -, de la perfection de l'ordre universel, et du fait que cette perfection n'existe que par "notre engagement total en ce moment même ." C'est sur ce thème qu'il a improvisé tout au long de sa vie.

[...] Le lecteur de Dogen (et son traducteur) ont [parfois] tendance à perdre le fil conducteur. Se trouvant alors "comme des moustiques sur un taureau de fer" , ils cherchent des interprétations lointaines et ne font qu'obscurcir l'obscurité. Nous avons cherché à éviter ce piège et tenté de donner un texte clair et lisible, en employant une langue aussi simple que possible et dénuée d'exotisme. En vis-à-vis de notre traduction, nous avons placé un commentaire qui va lui aussi dans ce sens : miser sur la lisibilité en replaçant la pensée de Dogen dans la perspective dont elle est issue - l'expérience intime de zazen - et en y greffant le moins possible de spéculations étrangères à l'auteur. Bien entendu, nous sommes tout à fait conscient des limites de cette entreprise, et du fait que notre lecture, inévitablement partielle, est loin d'épuiser le sens du message.

1. On remarquera à cet égard que les deux aspects du temps qu'on rattache traditionnellement à la conception d'Aristote, où le temps est la mesure du mouvement, et à celle de Plotin, où il est le reflet de l'éternité, se retrouvent chez Dogen, où ils constituent les deux pôles complémentaires du constat sur lequel repose Uji : "le temps est toujours existence et toute existence est temps". L'être est inséparable de sa manifestation dans le temps et le temps n'existe qu'en tant que l'être est sa source. D'un côté l'éternel présent, de l'autre le devenir, tantôt l'un, tantôt le multiple, mais on ne peut les séparer.

2. Le terme hishiryo, qui apparaît fréquemment chez Dogen, et notamment dans le Fukanzazengi (Recommandations pour la pratique de zazen) et le chapitre Zazenshin (Précis de zazen) du Shobogenzo, a été employé pour la première fois par Sosan (mort en 606) dans le Shinjinmei (Poème de la foi en l'esprit, dont le cinquante-huitième verset dit : "En ce qui concerne hishiryo il est très difficile de faire des considérations"). Le mot se retrouve dans un mondo (dialogue) mettant en scène Yakusan (750-834) : un jour que Yakusan était assis en zazen, un moine s'approcha et lui demanda : "Maître, comment pensez-vous quand vous êtes assis?" "Je pense sans penser", répondit Yakusan. "Et comment pense-t-on sans penser?" "Hishiryo"... Maître Deshimaru traduisait l'expression par "l'au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée".


Traduction du texte de Dogen

 

Le haut et le bas, l'ascension et le déclin, que nous divisons aujourd'hui en catégories comme l'heure du cheval3 ou l'heure du mouton, sont en fait la réalité même de l'ordre normal des choses (juhoi). L'heure du rat est temps, l'heure du tigre est temps, les êtres vivants sont temps et les Bouddha sont temps. À ce moment précis, la forme de l'ashura devient l'univers entier, le corps d'or du Bouddha devient l'univers entier. L'univers entier étant l'entièreté de l'univers, il y a ce qu'on appelle plénitude (kyujin). Le corps d'or du Bouddha debout étant du Bouddha debout le corps d'or, il y a actualisation de l'esprit d'éveil, de la pratique, de la sagesse et de l'extinction4.

C'est l'être même, c'est le temps même. La totalité du temps étant plénitude de la totalité de l'être, rien n'est en trop. Parce que ce qui est en trop est simplement en trop, un être-temps d'une demi-plénitude est la plénitude d'un demi-être-temps. Même les choses qui ressemblent à des erreurs sont être. De plus, de ce point de vue, quand bien même l'erreur s'actualise dans l'avant ou dans l'après, elle a sa place dans l'être-temps. Toutes les choses à leur place dans l'ordre normal des choses (juhoi) sont être-temps. Il ne faut ni s'attacher au non-être ni vouloir à toute force affirmer l'être.

3. Dans le calendrier luni-solaire sino-japonais, les douze heures du jour (qui durent en fait deux heures chacune) portent des noms correspondant aux douze animaux du zodiaque chinois : rat, boeuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, bélier, singe, coq, chien, sanglier. Les heures, les mois et les années s'intègrent dans un cycle de soixante ans qui est censé se répéter indéfiniment.

4 Hosshin: l'esprit d'éveil, la résolution de percer le mystère de l'univers; shugyo: la pratique, pratique de la voie essentiellement fondée sur zazen; bodai: la sagesse parfaite, la connaissance intime de la vraie nature du Soi et de toute chose; nehan: le nirvana, l'extinction des illusions, la délivrance.

*****

Commentaire du texte ci-dessus

L'esprit humain établit des catégories, il classe tout selon un ordre chronologique et hiérarchique. Mais dans chacune des catégories où il range la réalité se trouve en fait la totalité de l'être-temps. Après avoir exposé les deux aspects du temps - succession d'instants et éternel présent -, après avoir établi que tous les êtres et tous les phénomènes ont leur identité propre mais procèdent de l'être-temps et que la pratique de la voie consiste à passer librement d'un pôle à l'autre, sans créer de séparation, Dogen a introduit la notion de renouvellement, de perpétuation (kyoryaku) et posé que le Bouddha et le Dharma n'existent qu'en nous-mêmes. Ici, deux nouveaux principes font leur apparition, juhoi (l'ordre normal des choses) et kyujin (la plénitude). Au-delà de la vérité "théorique", Dogen, à travers l'expression "à ce moment précis", fait directement référence à l'expérience de zazen, à l'équilibre parfait qui s'instaure lorsque "le corps et l'esprit sont rejetés", autrement dit à "l'intimité avec soi-même" dont parlait maître Deshimaru, désignée ici comme la plénitude réalisée lorsque "l'univers entier est l'entièreté de l'univers". Alors, d'instant en instant, se boucle la boucle éternelle de la voie - esprit d'éveil, pratique, sagesse et extinction.

Parce qu'à chaque instant, l'être-temps se renouvelle dans toute sa plénitude, rien n'est en trop . Si toutefois l'homme s'écarte de cette perfection originelle et que quelque chose en trop apparaît, ce quelque chose en trop n'altère pas la vraie nature de l'être-temps, et l'être-temps d'une perfection incomplète n'est rien d'autre que la perfection d'un être-temps incomplet. L'apparente incomplétude de la réalité est en fait plénitude d'une réalité qui n'est pas perçue, ou actualisée, dans son intégralité. L'erreur est être, et quand bien même nous allons de chute en rechute, quand bien même la pratique juste se perd dans l'errance, cette discontinuité, cette alternance, participent en fait de la totalité de l'être-temps. Rien, pas même l'erreur, n'échappe à la plénitude de l'être-temps. L'erreur ne saurait exclure l'impeccabilité fondamentale de l'être. C'est pourquoi l'homme de la voie ne s'attache ni à la pureté ni à la souillure [...].

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