UN REMÈDE DE CHEVAL
M. C. Dalley
(Traduction Luc Boussard)

Deux Versants Éditeur a l'honneur et le plaisir de publier, et de présenter sur son site, Un remède de cheval, de M. C. Dalley, ouvrage que les éditeurs refusaient obstinément de prendre, même avec des pincettes, et ceci depuis 1983. Qu'à cela ne tienne ! Le voici tel qu'en lui-même, avec sa verve, son irrévérence, sa vitalité et son intuition profonde de l'enseignement et de la voie du zen. C'est l'histoire au jour le jour d'un moine zen, de la sangha avec laquelle il pratique et du maître autour duquel gravitent tous ces gens, racontée sans rupture entre le dojo et les événements quotidiens, entre la vie et la mort, entre le sacré et le profane. Tout y est aspiré, malaxé, digéré par l'insatiable appétence que l'auteur nourrit pour la "chose réelle". Et de ce tourbillon centripète et centrifuge jaillissent de grands éclats de rire, de poésie et d'authentique spiritualité. Voici un extrait à titre indicatif...

 

(p. 80-99)
A peine la sonnerie du réveil parvient-elle à mes oreilles que mes yeux s'ouvrent tout grand et que je me retrouve à la verticale, six heures quarante-cinq et plus trace de sommeil. Je pisse dans l'évier bâille et jette un coup d'oeil par la fenêtre de la cuisine. On dirait que la journée va être belle. Du coup, je me sens bien moi aussi. Puis je me rappelle l'incident Markson. Marrant à quel point les gens sont indifférents aux choses de la vie, en vérité, quand ils prennent le temps de s'asseoir et d'y penser. J'ai perdu mon agent littéraire mon as dans la manche mon unique espoir, et franchement je me sens comme soulagé! Finis les éditeurs les lecteurs les correcteurs, finis les photocopies les enveloppes en papier gaufré les adresses les envois en tarif imprimé, j'ai bel et bien décroché, je me sens comme Walt Whitman, alerte et dispos.

Ah encore une souris encore une, proprement garrottée. Je la dépose dans la boîte à ordures de la cour et mets le cap sur le dojo.

Les nuages se débandent filtrant une lumière en dentelle et oui les arbres dénudés du cimetière ont le printemps dans l'écorce et oui les oiseaux perchés sur un fil électrique gelé s'égosillent tiii-tcha tiii-tcha! est-ce que je rêve ou est-ce qu'ils gazouillent vraiment teacher teacher, maître maître? Je tombe en arrêt et dresse les oreilles, y'a pas de doute les oiseaux sont en train de chanter les sutras ou alors mes oreilles... Beaucoup de places vides au dojo ce matin, il n'y a que le noyau dur: Alphonse Lucien Caninski Cavulours Yves-l'ex-terroriste Ramon-le-guitariste gitan ... et d'autres dont je n'ai pas encore parlé Tchang le réfugié viet Raymond le trapu cuisinier du Daruma René le caïd de l'import-export et aujourd'hui traducteur, et voilà Valérie l'infirmière de bonne famille. Je me demande si elle a transmis mon message et le livre. Valérie est apparentée à Valérant Delbarre, un ex-ministre de quelque chose du temps de de Gaulle qui est maintenant un sympathisant de Yakumatsu. Il devrait avoir reçu mon message et le livre à l'heure qu'il est. Le message était de moi à Valérant une sorte d'épître d'un apôtre en mal de cinq mille dollars, un petit coup de pouce pour m'aider à payer le loyer pendant que je compose le prochain livre de Yaku à paraître sous peu. J'ai expliqué dans le message que je mentionnerais son nom dans les remerciements (pour cinq mille dollars). Quant au livre, c'était Le chant de la source, mon dernier ouvrage zen, acheté par moi de ma propre poche et dédicacé de la main du maître. Sûr il ne faut pas avoir froid aux yeux mais qu'est-ce que j'ai à perdre? Une autre fois j'ai bien écrit à Karim - celui-là c'est l'Aga Khan, un copain d'enfance - avec un livre et tout qu'est-ce que j'ai à perdre? Si vous voulez de l'argent autant vous adresser là où il y en a, faudrait être demeuré pour agir autrement. Bien sûr il y a aussi toutes les bourses d'études proposées pour des efforts aussi méritoires que les miens, le Fonds National pour les Humanités restant le meilleur recours. Oh je les ai tous essayés, je leur ai tous envoyé des copies du livre, mais j'ai jamais ramassé une miette, les livres et les manuscrits sont engloutis les uns après les autres, tout ça coûte très cher et j'ai dû arrêter les frais. Ce qui ne veut pas dire que j'ai renoncé, je continue à me fier au principe selon lequel c'est la charnière qui couine qui reçoit la goutte d'huile. Mais comme vous pouvez le constater il faut vraiment couiner FORT vu tous les caca aphones et la cacaphonie qui pullulent de nos jours.

Zazen commence et on peut tout de suite le sentir non seulement en soi-même mais aussi chez les autres, est-ce l'énergie? est-ce la concentration? concentration sans objet comme l'herbe les arbres et les pierres... Sensei est en train de dire quelque chose à propos des ennuis, des problèmes qu'on rencontre dans la vie, qui ne sont rien d'autre que des phénomènes apparaissant comme les vagues se brisent sur le rivage et se retirent, mais les gens aiment les phénomènes et c'est pourquoi ils s'y accrochent.

Le seul son qu'on entende dans le long silence est le tap tap précipité des pattes de pigeons sur la verrière... Maintenant Sensei est en train de donner l'enseignement, il parle de zaso et zaso peut désigner différentes choses - c'est toujours comme ça avec le jargon nippon, si vous ne faites pas attention vous avez vite fait de prendre l'évier de la cuisine pour un Bouddha ou vice versa - ainsi zaso peut signifier simplement zazen, c'est-à-dire la posture assise, mais aussi l'attachement à ladite posture, donc, dit Sensei, si vous êtes zaso (autrement dit attaché à zaso) vous n'atteindrez pas la signification. Nous devons davantage étudier du point de vue du vrai zaso, d'un point de vue où pratique et satori ne sont pas séparés mais en unité. Le vrai zaso signifie abandonner zaso et prendre zaso. Quoi qu'il en soit, si pendant zaso nous devenons complètement le zaso lui-même, le Bouddha lui-même, il ne sera plus possible de s'attacher à zaso... Je perds le fil, mon esprit vagabonde... Ah, voilà qu'il parle de quelque chose de nettement plus intéressant puisqu'il s'agit de nous, parmi ses disciples les plus solides, parmi ceux qui s'assoient avec lui depuis des années, nombreux sont ceux qui ont sombré, sombré dans l'obscurité et, dit-il, ils restent là dans le noir et c'est quelque chose que je ne peux pas comprendre.

Je suis assis à côté de Yaku, en train de manger en silence la bouillie gélatineuse qui tient lieu de soupe, et il a l'air passablement triste aujourd'hui assis auprès de ses abrutis tombés dans l'obscurité - peut-être sait-il déjà qu'il va mourir bientôt, au prochain équinoxe, et peut être pense-t-il: sapristi je ne peux laisser ma transmission à aucun de ces abrutis, moi qui me suis tellement acharné sur eux avec le ciseau et le marteau, que pensera-t-on dans l'avenir, le maître charpentier n'a pas été capable de fabriquer une poutre... Bon, je ne peux plus supporter ça, trop lourd sur le coeur, je préfère me lever, me fendre d'un bref gassho et mettre le cap sur le café, les mains dans les poches et les yeux sur le trottoir pensant à ce que ce doit être que d'être un maître quel sale boulot le monde ne le saura jamais vraiment, mis à part une poignée d'abrutis. L'instant suivant je suis au café en train de commander un chocolat chaud et de regarder à droite et à gauche. Il y a là l'amant de Bernadette, un type qui n'a rien à voir avec nous zaso, appuyé au comptoir l'air pas commode dégaine sombre et élancée veste usée pantalon de velours crasseux, il ne serait pas moche s'il avait un tant soit peu de fesses pour remplir son pantalon. Bon, je lui tourne le dos, l'abandonnant à son air morose, dont Bernadette est sans aucun doute la cause, elle est en train de mettre l'absence-de-cul en question sur les charbons ardents. Il est temps de payer et d'aller voir ailleurs. Je suis la rue Raymond Losserand en pensant à l'amour et à l'attachement. J'essaye de comprendre mes propres sentiments, ce qui n'est pas une mince affaire surtout quand vous êtes en train de marcher, je décide donc de faire une halte au café en face du supermarché, histoire d'aller quelque part où personne ne me connaît, commande une bière et garde les yeux fixés sur le comptoir. Quoi que cela puisse bien vouloir dire je l'aimais, nous avons été plus ou moins ensemble pendant deux ans, et puis il y a de cela quelques semaines nous nous sommes retrouvés séparés et maintenant nous voilà pleins de haine oui en vérité nous nous haïssons. Et maintenant où va-t-on? Voici venir le temps du détachement. Je dois bien constater qu'elle est entièrement sortie de ma vie et presque de ma tête. Je compte les jours... fichtre, c'est le boulot de rafistolage de coeur le plus rapide de tous les temps. Les larmes me viennent aux yeux, des larmes d'effroi. S'il n'y avait pas tous ces gens j'irai faire gassho devant le vieux bordel au coin de la rue...

Chassepot le kendoka me salue de la tête depuis le trottoir, ledit kendoka est aussi plombier, c'est lui qui a réparé mon évier l'autre jour. Salut! je lui lance par la fenêtre. Ah, voilà Peppone, l'expert en arts martiaux, venu tout droit de Milan pour voir le maître. Salut. Et salut toi aussi - c'est Tchang, à demi viet à demi irlandais et déjà à demi ivre. Tchang passe la tête par la porte du café et jette en anglais: eh mec, on vous a flanqué une sacrée raclée au Vietnam! / Ouais, que je lui réponds toujours en anglais, et comment va ton oncle le croque-mitaine? (Tchang a pour oncle le général Ky, le croque-mitaine que vous avez vu dans les journaux, ex-président du Sud-Vietnam et invariablement photographié en compagnie de son épouse lisse et sexy, tous deux toujours vêtus de leurs combinaisons de vol noires fringantes et serrées et tous deux installés en Californie à l'heure qu'il est, où ils exploitent une pizzeria.) / Suck my cock mother fucker! dit Tchang, un large sourire fendant son beau visage impassible d'Irlando-asiatique au crâne rasé.

Et voilà ma vieille amie Sharon qui déboule du supermarché. Avec son regard myope et papillotant, son nez ample et bosselé, ses cheveux blonds délavés, ses couches superposées de vêtements râpeux arborant les couleurs hawaïennes fanées qu'elle affecte, la poétesse a l'air d'une clocharde. La voix vient tout droit du Bronx: Eh bien eh bien, tu as changé de café à ce que je vois! Je suis heureux de voir Sharon, on est des potes de longue date, c'est quelqu'un avec qui je peux tout simplement parler. Je lui offre un verre (je paye toujours à boire à Sharon, elle est aussi fauchée que moi mais elle sait cuisiner des montagnes de nourriture avec une pièce de cent sous, donc je paye les boissons et elle se charge de la nourriture, telle est notre tacite convention). Nous engageons la conversation et Sharon me dit qu'elle est bien contente de me voir dans un autre café pour changer, à l'écart de tous ces débiles zen pour changer, elle a rencontré Yakumatsu et le trouve formidable, mais quant à ses disciples elle ne veut pas en entendre parler elle leur trouve un genre bestial rien que des grandes gueules et pas de manières - pas moi je suis une exception - d'ailleurs y'a qu'à voir comme ils sont moches! Et cette façon qu'ils ont de porter leurs tronches rasées comme des pneus de camion usés tu vois ce que je veux dire? Ouais, je vois ce qu'elle veut dire elle n'est pas la première, elle n'est pas la seule à tenir ce genre de discours dans le quartier, et de loin. Il ne manque pas de gens qui ne peuvent pas nous pifer parmi les indigènes, c'est plus comme dans le bon vieux temps aucun respect pour les types qui pratiquent zaso en ce bas monde, les gens qui suivent des gurus ne sont plus que des gogos sans caractère ni indépendance ni sens critique, sauf moi bien entendu l'exception qui confirme la règle. Bon! Sharon n'est plus une gamine, elle a la soixantaine et pas moyen de lui faire changer d'avis une fois qu'elle s'est mis quelque chose dans la tête autant laisser tomber... Trêve de considérations Sharon ouvre son sac à provisions en lambeaux et montre du doigt ce qu'il y a dedans. Jette un coup d'oeil! / Ouais? / Qu'est-ce que tu en penses? / Ce que j'en pense c'est qu'il y a des tas de choses à manger là-dedans. / C'est vrai, mais combien crois-tu que ça m'a coûté? Sharon farfouille dans le sac effiloché et brandit ses acquisitions, t'as vu ce camembert de Normandie ce beurre de lait ces fesses de veau ces vessies de porc, combien d'après toi? Vas-y devine. / Je me gratte la tête. Je sais pas. / Allons un petit effort. / Cent francs je dirais. / Tu n'y es pas du tout! dit-elle bombant la hanche et plaçant dessus un poing au bout d'un bras arrondi imitant parfaitement une anse elle-même ayant tout l'air d'une théière, seulement trente, et j'ai de quoi te remplir le ventre pendant toute une semaine! / Trente francs! J'en siffle de stupeur, trente francs, c'est le prix courant pour les caleçons de nos jours. Je lui raconte. Pas plus tard qu'hier j'ai volé ces caleçons que je porte dans le même supermarché, c'est les moins chers de tout Paris et tu sais ce qu'ils demandent pour les caleçons les moins chers de tout Paris? Trente francs. De quoi me remplir le ventre pendant une semaine... On continue sur le même sujet, je me demande ce que portent les clodos et Sharon me dit: t'es fou ou quoi, les clodos portent pas de slip. Écoute, dit-elle, tu veux venir déjeuner?

Je lui explique que je suis en route pour chez Lee, il faut que je le voie à propos de ce texte et peut-être qu'il y aura un sandwich ou quelque chose. Je n'entre pas dans les détails, à propos du texte, le sujet ne l'intéresse pas particulièrement et en plus, à chaque fois que vous parlez de votre travail avec le maître les gens veulent savoir combien vous touchez et vous vous retrouvez à leur faire tout un laïus comme quoi vous travaillez à l'oeil et la seconde d'après vous voilà en train d'essayer de les convaincre que vous n'êtes absolument pas un gogo. Il m'arrive de mentir et de dire que je suis payé. Combien? Oh suffisamment... Mais au bout du compte si on me pousse dans mes derniers retranchements j'opte pour le gogo de préfé-rence au menteur, je m'y sens plus à l'aise.

Nous parlons donc du prix des choses en général, de l'indice des prix présentement catastrophique et puis nous passons à notre travail que nous ne parvenons pas à vendre, une vraie pitié, Sharon a des malles en osier qui moisissent chez elles pleines de poèmes et d'histoires dont personne ne veut et que personne ne voit jamais, elle a passé toute sa vie à en produire et ils seront probablement publiés à titre posthume il n'y a rien à redire à cela sauf qu'elle n'en saura rien. Nous parlons ensuite des écrivains et en particulier de ceux qui ont été lancés par le New Yorker, nous sommes tous deux écrivains et tous deux de New York mais si nous perçons jamais au grand jour ce ne sera pas grâce à ce gang de charlots constipés, vous pouvez parier là-dessus...

Il faut que j'aille chez Lee manger un sandwich et régler un petit problème histoire de faire d'une pierre deux coups, tirer au clair cette affaire de scribe affecté aux sutras, ça fait maintenant deux jours que je me promène avec ces papiers dans ma poche, j'aurais aussi bien pu faire le boulot moi-même, si seulement j'avais su ( et quand je pense qu'il est allé mourir juste au moment où je me défilais!) pauvre de moi. Toujours est-il que me voilà en train de descendre la rue, prêt à refiler mon travail à ce bon vieux Lee. Le bon vieux Lee habite avec la dame de son coeur la belle Eva un appartement somptueux et bien aéré au coin de la rue de l'Arbre Sec et de la rue de l'Ouest. Je m'envole dans l'ascenseur tapissé de miroirs, suis la moquette du couloir jusqu'à l'unique porte blindée de l'étage et fais mon entrée dans un salon vaste et gai rempli de plantes grasses de marguerites de tulipes de miroirs de canapés de matériel stéréo et d'une télé couleur fonctionnant sans le son, les mots de la speakerine sortant du néant pour aller nulle part tandis que je m'adresse à Lee: allons, allons, tu peux le faire! Tu peux même faire un livre si tu veux, c'est facile. / Tu crois pas que je vais écrire pour des clopinettes. / Regarde regarde, je sors les papiers et lui tends le premier paragraphe qui n'est pas trop difficile et Eva me tend un verre d'alcool et j'insiste, tu vois c'est facile... Eh bien, qu'est-ce que tu en penses?... Lee ne répond pas... Allons mon vieux tu as le temps tu ne fais rien, dis-je en songeant qu'Eva lui suffit, sa petite amie il n'y a que cela qui compte pour lui. Dieu du ciel, il faut être fou pour vivre avec sa maîtresse... Eva, qui ne passe pas inaperçue avec sa jupe de cuir ses bas noirs à résilles talons aiguilles de la même couleur ainsi que l'épaisse chevelure et son visage sensuel aux lèvres écarlates, me sert un autre verre et me fait un clin d'oeil (il y a entre Eva et moi une connivence toute particulière, peut-être nourrissons-nous les mêmes pensées) et on en vient à parler de l'enseignement de Sensei ce matin et de fil en aiguille on en arrive à Vimalakirti et Lee et moi-même qui avons tous deux lu le sutra de Vimalakirti discutons de ce que Dogen disait de lui à savoir qu'il l'a descendu en flammes parce qu'il était resté laïc. Vimalakirti était l'un des grands disciples de Bouddha, mais il ne prit jamais l'ordination de moine et Dogen dit qu'il y a bien des choses qu'il n'a jamais été capable de maîtriser et qu'il lui restait beaucoup à clarifier... C'est ce qu'il y a de bien avec les disciples, avec eux vous pouvez parlez de sujets que vous ne pouvez aborder avec personne d'autre, comme par exemple de la différence entre disciples laïcs et moines ordonnés, alors qu'avec l'homme de la rue votre capacité d'expression est coupée en deux court-circuitée dans l'oeuf, or Lee et moi-même sommes moines, à en croire nos certificats, et je continue dans la même veine encore et encore à propos de ceci et à propos de cela et à propos de Dogen, nulle part dans les cinq mille sutras, écrit Dogen, il n'y a la moindre évidence suggérant que l'esprit d'un laïc égale celui d'un moine, et comment diable peux-tu expliquer cela je demande et qu'est-ce qu'un moine de toutes façons? personne ne le sait. Je continue sur ma lancée jusqu'à ce que mes oreilles ne supportent plus le son de ma voix, pas un mot de plus je t'en prie. Tu as épuisé les oreilles et puis la bouteille et maintenant la patience de tes hôtes. Eh bien, j'interroge en luttant pour m'arracher au profond fauteuil de cuir, eh bien? Eh bien une fois de plus Lee ne me répond pas, eh bien cela n'a aucune importance, je pose les pages non corrigées sur le verre de la table, finis la bouteille et prends congé.

Il n'y a pas eu de sandwich, Lee et Eva ne m'attendaient pas, mais il y avait des quantités de cacahuètes et de gnôle et me revoilà dans la rue et je me sens tellement bien. Il n'existe aucun endroit au monde où je préférerais me trouver plutôt qu'ici même dans la rue. Tout étincelle par ce bel après-midi de février, les ailes du printemps battent doucement, les flaques d'eau miroitent dans le caniveau et les yeux des filles sont une invite... Nom de Dieu, t'as vu ce regard qu'elle m'a jeté, j'accélère le pas, d'abord tu bois ensuite tu cherches la femme, sapristi j'ai le souffle coupé rien qu'à la regarder, ma parole ce fessier ces cuisses ce balancement en franchissant la porte sur la rue on dirait une jument qui rentre à l'écurie... Y a pas de doute je ne suis plus qu'une sensation brute. Ça vient de tout ce zazen. Vrai de vrai, il y a tellement plus à contrôler une fois qu'on s'y est mis. Et regarde celle-ci tu veux bien, et voilà un autre genre et... Merde alors, vas-tu arrêter de tourner la tête dans tous les sens? pour l'amour de Dieu ne vois-tu pas que tu te comportes comme une parfaite andouille. Voyons si tu peux arriver jusque chez toi sans baver pour changer, ouais fais comme si tu avais une camisole de force, inscris-toi chez les hare krishna, trouve quelque chose...

Je ferme la porte en pensant maintenant t'es tiré d'affaire, ouf. Mais ouf peau de balle, fermer la porte n'est pas comme penser sans penser, il semblerait plutôt que fermer la porte ne barre pas vraiment le passage à quoi que ce soit. Je marche comme un fauve en cage, engagé dans un combat qui prend des proportions de vie ou de mort, mon esprit ne cesse de retourner à cet arrière-train franchissant la porte là-bas dans la rue et j'ai à moitié envie... J'empoigne mon zafu et m'assois face au mur et grâce à ce petit truc de penser sans penser me voici très vite le seul homme sur terre il n'y a plus ici aucun homme et encore bien moins de femme, il n'y a plus rien et il y a tout et les phénomènes me passent et glissent sur les épaules, c'est vraiment un truc merveilleux... Dring! Allo, c'est qui? / Tu ne reconnais pas ma voix? ronronne une voix féminine. / Non, j'ai pas la moindre idée. / Je suis déçue que tu ne reconnaisses pas ma voix, susurre la voix, parce que tu devrais...

Qui peut-elle bien être voyons ce n'est pas elle ni elle ni elle non plus ça y est j'y suis c'est elle! Sur la plage, la Playa Mijorne, étendue au bord de l'eau, sur le sable, à poil. Un canon. Gros seins longues jambes bronzées vrai de vrai. Il se trouve que je passe par là la queue à l'air (personne encore ne m'a donné un maillot de bain) et elle me sourit et elle a les yeux sur ma bite et je m'allonge à ses côtés dans le sable l'objet du délit dissimulé dans l'eau de mer gigotant et clapotant et... voyons les choses en face, j'aurais dû la prendre illico sur place, elle était prête pour ça, dans le sable et la mer et pas une âme en vue, j'aurais dû - si j'avais su qu'elle avait un amant, non attendez pas seulement un mais une paire d'amants et qu'elle vivait en permanence avec eux - mais je ne savais rien et j'y suis allé mollo échangeant de subtiles insinuations comme si on avait toute la vie devant nous... Donc maintenant, quelques mois plus tard, on en est encore à jouer au chat et à la souris et nous décidons d'un rendez-vous pour le lendemain et raccrochons et nous y revoilà, de nouveau en rut. Que Dieu me vienne en aide elles m'écartèlent je meurs de désir. Puis tout d'un coup je me rappelle un truc que j'ai lu dans un livre de Frank Harris, il parlait de se mettre la bite et les couilles dans un récipient d'eau glacée, si bien que me voilà dans la cuisine la bite et les couilles dans la glace...

Quelle heure est-il? six heures du soir l'heure d'aller faire un tour, au Sélect ou quelque part... Rue de la Gaîté me voici, dévalant la colline de la gaieté, défile tout le spectacle de la rue les usuriers les joueurs de bonneteau les poulettes les vieilles poules la vieille pute à l'air crado au coin de la rue, défilent les sex-shops et leurs néons et le ciné porno affichant Valérie La French dans "Baise moi", et laissez-moi vous dire que tout cela glisse sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard, rien en ce bas monde ne me fera trébucher en tout cas pas avant un bon bout de temps tel une citrouille en caoutchouc jetez-moi et je rebondis, rien de cela ne me concerne j'assiste et je rigole, pourvu que ça dure. En tout cas ce qui m'amuse le plus c'est de constater à quel point tous ces arrière-trains ces chutes de reins me laissent indifférent par les temps qui courent. Serait-ce la glace? Serait-ce tout simplement la glace? Ma foi je crois bien que oui. Nous sommes comme des moteurs de voiture, avec un système de refroidissement et tout, et si vous savez utiliser ce système comme il se doit, si vous trempez de temps en temps votre bite et vos couilles dans un rien d'eau glacée, votre moteur ne chauffera plus même en côte. Zazen c'est bien mais la glace c'est encore mieux.

En bas de la colline commence Montparnasse, plat comme une assiette à dessert, un endroit vraiment moche, et voici le Dôme le Rond-Point la Coupole, et voilà le Sélect, le dernier bastion. Je fais donc mon entrée dans le dernier bastion vais m'installer au bar et d'emblée j'apprends la nouvelle. Ils ont encore augmenté la bière. Les fils de putes. Ainsi vous avez encore augmenté les prix, que je râle à l'intention d'Alfred le barman. / Parfaitement. Dix francs vingt le verre. Tu en veux un. / Tu devrais avoir honte, je balance ça à Alfred tout de go, tes nouveaux patrons, c'est des arnaqueurs, au cas où tu le saurais pas. / Et lui de même! c'est Pierrot qui vient de mettre son grain de sel dans la conversation, le peintre le plus fauché de tout Paris, peut même pas s'acheter une cacahuète. / Ta gueule toi, lui envoie Alfred. Tout le monde se met à insulter le barman et le barman annonce qu'il refuse de servir ce bougnoul là-bas au bout du bar, mais foutre on a raison, avec ces nouveaux arnaqueurs les prix augmentent de cinq centimes à chaque fois qu'on tourne le dos il y a quelque chose de sournois et de vicieux dans leur manière de faire c'est comme s'ils vous épongeaient lentement sans même que vous vous en aperceviez, ils vous ont lentement épongé dans tous les cafés de cette ville, ils ont fait leur beurre et leur réputation - les fameux cafés d'artistes à la parisienne - et ils vous ont tondu tout doucement tout doucement puis ils vous ont viré à coups de pied au cul, viré de tous les quartiers sympas de Paris la Contrescarpe Saint-Germain l'Odéon Saint-Michel et tant d'autres, et maintenant qu'ils vous ont acculé dans le dernier bastion l'horrible Montparnasse, ils ont encore frappé c'est déjà fait la sélection par les prix pour vous chasser de vos propres endroits le Dôme la Coupole la Closerie des Lilas le Rosebud et chez Jackie. C'est clair comme de l'eau de roche les commerçants ne vous laisseront même pas boire un verre de bière à bon marché encore moins un coup à l'oeil, quinze ans au Sélect et jamais une bière sur le compte de la maison, ils peuvent pas vous pifer, c'est pas seulement une question d'argent c'est aussi une question de médiocrité, médiocrité face à nous les ratés de génie.

Je compte mes sous, j'ai assez pour me payer jusqu'à quatre bières. Mais alors il ne me restera plus rien pour... Un homme doit tout de même comme moi penser plus loin que le bout de son nez sinon il n'y arrivera jamais. Bien, Alfred donne-moi une bière! Je lui paye ma bière mais il n'est pas satisfait, sa main reste tendue et il claque des doigts il veut son pourboire. Écoute mon vieux, le service est compris. / Non c'est pas vrai, ment-il. / Si il l'est, j'attrape la carte, regarde toi-même. / Au bar il ne l'est pas, dit-il se frottant le pouce et l'index comme s'il palpait des billets bien gras et dodus, montre-moi où c'est marqué service compris au bar vas-y montre-moi. / Hé, j'appelle la caissière, vous entendez ce qu'Alfred est en train de me dire? La caissière tourne le dos, elle ne veut rien savoir de cette affaire, ces minables qui se prennent pour des artistes, beurk!... Bon, qu'est-ce que tu fais maintenant, un scandale à propos d'un franc? vas-y et tu te retrouves dans la rue. Donc je lui balance un franc et il le fait disparaître en râlant: seulement un franc. Écoeuré je me retourne et tout le monde ricane, ça leur arrive à eux aussi, tout le temps. Et dire que le bonhomme s'enrichit en détroussant les pauvres, sans blague il paraît qu'il est plein aux as. Et dire que d'une certaine façon j'aime bien Alfred j'ai du respect pour lui, il est ce qu'il est mais il faut reconnaître que c'est pas du gâteau pas une clientèle high class qu'il a là, même si personne ne s'endort sur son comptoir. Vu sous un autre angle Alfred est un maestro et même si le Sélect est un bistrot pour gogos, c'est le meilleur bistrot pour gogos de tout Paris, et je sais de quoi je parle.

Je suis donc assis sur un des tabourets du bar, buvant ma bière et contemplant les ténèbres de l'autre côté de la vitre, quand à pas traînants entre Don, un type qui a du répondant. Le grand Don l'Américain de Plouc-city Californie, barbe lunettes de soleil bottes de cow-boy en crocodile revues galantes sous le bras et les poches pleines de fric. Pas un tabouret de libre. Alfred en libère un en faisant déguerpir un paumé, un de ceux qui traînent dans le coin en attendant un coup à l'oeil, et le donne à Don et Don, ayant d'un signe de tête remercié le paumé qui s'éclipse dans l'ombre, se hisse sur le tabouret et plaque ses revues sur le comptoir. Il fait signe à Alfred, un simple petit mouvement du menton et le maestro arrive avec de la bière pour quatre ou cinq d'entre nous... Tout le monde est content de voir Don, et pas seulement pour son argent, il a d'autres qualités une sorte de magnétisme chaleureux auquel il est difficile de résister et qui n'est pas facile à décrire. Toujours est-il qu'on se met à parler. Don paye encore une ou deux tournées et il m'entretient de son dernier boulot dans les jungles d'Afrique. Il est contremaître ou je ne sais quoi pour une société de forage, il n'a que des nègres pour travailler avec lui et la nuit il s'étend dans son hamac pour écouter les babouins et lire, il a même lu mon livre sur le zen pendant son dernier boulot c'est pas des blagues lui qui d'habitude ne lit que des foutaises j'en suis tout étonné. Est-ce que ça t'a plu? / Tu sais, vivre là-bas avec les nègres de la brousse, c'est un peu comme se retrouver à une de vos sesshins si tu vois ce que je veux dire. / Bien sûr que je vois, il doit y avoir de ça, l'homme blanc chez les nègres. Je hoche la tête et commande une autre tournée sur mon compte cette fois-ci. Deux nanas tout émoustillées passent à côté de nous en allant aux toilettes et nous voilà en train de parler du beau sexe, il y a un mois qu'il n'a pas fait l'amour et il veut savoir comment sont les filles là-bas au dojo, et on est tout le temps interrompus par des gens qui lui serrent la main en lui disant: ça fait plaisir de te revoir Don, y a longtemps que t'es rentré? Et je réponds: sûr, les filles sont superbes. Et il y en a une qui nous interrompt sans cesse avec des niaiseries et des inepties et Don demande par-dessus la tête de la fille: est-ce qu'au moins elles baisent? et je lui rétorque: tu sais tu peux en trouver de tous les genres c'est un peu comme au bordel nègre tu n'as qu'à passer et... et voilà que maintenant il a deux filles, non trois, pendues à ses basques jacassant comme des fêlées. Je bâille et me tourne vers la vitre...

Ouais, je commence à fatiguer, la journée a été dure, peut-être vais-je aller faire un somme, il faut que je sois d'attaque pour ce soir, j'ai rendez-vous avec Caroline... M.C. tu viens dîner? lance Don, c'est moi qui invite.

Manger? Ça m'était sorti de la tête. Ça ne me ferait pas de mal de manger un morceau, ça requinque son bonhomme, ça donne un petit coup de fouet. Ouais, pourquoi pas...

Don règle l'ardoise et regarde les filles en se demandant s'il devrait les inviter elles aussi, décide que non - des pouffiasses toutes les trois - et met le cap sur la porte. Je le suis, jouant le second rôle, après tout c'est lui qui paye, et de toutes façons ça me plaît ainsi, en restant dans l'ombre on est moins sollicité. En plus de cela, vous obtiendrez plus des gens si vous allez avec eux que s'ils vont avec vous. Je calque donc mon attitude sur celle de Don, adopte son pas sa foulée, plus ou moins, une sorte de trot élastique genre far west (ça me rappelle l'époque où mon frère et moi étions jusqu'au cou dans la prospection d'uranium, c'était notre vie et notre boulot, dans des fermes des tentes des roulottes, d'abord à Poison Spider puis là-bas à Ambrosia et là-haut à San Mateo et encore à Medicine Row, pas loin de Grants à quelques cent cinquante kilomètres au nord de la nationale, notre territoire couvrait des comtés entiers au Wyoming et au Nouveau-Mexique), et dame c'est un plaisir de marcher avec ce plouc, c'est pas comme de se promener avec un Français de l'Auvergne ou d'ailleurs, même si on est à Montparnasse, en plein crépuscule gaulois. Nous trottons gentiment et en silence le long du boulevard, nez au vent, regardant les lumières les rouges les jaunes les vertes. Et puis nous parlons. Du ciel. C'est un joli ciel, avec un voile de brume faiblement éclairé par les rayons du soleil, lequel a déjà mis le cap vers l'ouest, vers Plouc-city ou quelque part, et l'air a pris une teinte rosée qui imprègne toute chose et tout le monde, les cyclistes les automobilistes les passagers des bus les piétons leurs chaussures leurs pantalons leurs bottes et leurs jupes les fonctionnaires et les filles au pair et nous voilà à la pizza La Mama et la serveuse milanaise glisse et coulisse à pas de patineuse inclinant au-dessus de nos verres la bouteille de chianti au ventre rebondi et posant devant nous les pizzas margarita et Don me parle de sa vie dans une ferme perdue au beau milieu d'une forêt du fin fond de la Caroline du Nord, chez sa grand-mère, il est allé vivre chez elle quand il était môme, et je lui demande depuis combien de temps il traîne en Afrique. Quinze ans me dit-il, ou à peu près, il a eu une maison à Tanger pendant un temps, en fait il l'a toujours mais il la loue à une école privée pour enfants européens. Je crois bien qu'il se piquait à l'époque, ce qui veut dire qu'il revendait et tout ce qui s'en suit. Puis il me parle de son boulot avec la société de forage, tous les deux ou trois mois on l'envoie dans la brousse et c'est pour lui comme une cure, pas seulement une désintoxication mais aussi quelque chose sur quoi se concentrer. Il est devenu spécialiste des installations de forage, très connu pour ses talents lorsqu'il s'agit de retrouver des conduites perdues, même dans la mer, il a récupéré des tuyaux cassés à cinq mille mètres au fond de l'Atlantique, dans sa partie personne ne l'égale. Et en plus il aime son boulot, c'est vraiment comme nos retraites zen, il se concentre à fond là-bas en Afrique...

Il est temps de penser à mon rendez-vous nocturne. Je remonte en titubant la colline, plein de bière de chianti de pizza de lasagnes et de tootie-frootie, et voici le café de la Liberté, le café le plus brillamment éclairé et le plus crasseux du carrefour Edgar Quinet. Caroline est déjà là en train de m'attendre, vêtue de son manteau de fourrure, en bottes et velours serré, l'air parfaitement éveillée. Plus que moi en tous cas, Dieu que je suis fatigué, ce repas ne m'a pas donné le petit coup de fouet escompté bien au contraire il m'a complètement rétamé, ce qui me restait d'élan vital s'est replié dans le bas ventre pour touiller toute cette bouillie de pizza et je ne parviens pas à tirer une étincelle de mon visage y'a plus moyen mon visage est amorphe et mon esprit bat la campagne. Caroline veut parler de son procès qui arrive, à propos de son gosse et de son ex-mari, mais c'est trop pour ma tête, pas maintenant demain demain. Bois un autre café, me dit-elle secourable, prends le bien serré. Bonne idée, j'appelle la serveuse une vieille taupe d'âge incertain, un double express bien serré... ça devrait faire son effet, me donner ce petit coup de fouet dont j'ai besoin à l'heure qu'il est, empêcher ma tête de se poser sur le plastique merde alors la table est toute mouillée et poisseuse, eh! tête de noeud c'est pas le moment de mollir la soirée ne fait que commencer. Je lui caresse les jambons, y introduis ma main froide et exsangue, hmmm c'est doux et chaud là-dedans, quelle heure est-il ma chérie? On devrait rentrer tu crois pas? Je cligne une paupière somnolente, temps de faire dodo, et on se retrouve dans la rue - elle a dû payer les cafés - marchant bras dessus bras dessous. C'est un euphémisme: la pauvre fille est en train de me porter oui moi le vieux samurai, et quand on a grimpé les escaliers, je me demande si elle n'était pas en train de me pousser par les fesses, avec sa tête si ça se trouve. Hors de combat je m'effondre sur le lit.

Il fait bon sous les couvertures et je me sens bien. Caroline est assise quelque part sur les mêmes couvertures en train de discourir et de temps en temps je lâche un grognement d'approbation, je n'entends pas un mot mais ça n'a aucune importance, une fêlée comme les autres... Qu'est-ce que c'est y'a quelqu'un sous les couvertures en train de me sucer. Tiens j'ai dû m'endormir. Sapristi, il faut croire qu'elle en veut. En attendant je continue de dormir c'est-à-dire que je fais semblant. Tout finit par s'arranger, au bout du compte mon appareil reproductif finit par se dresser fier comme une pyramide au-dessus des sables de la nuit en dessous des couvertures la tête sur l'oreiller les yeux fermés la bouche ouverte sûr que j'en écrase, et vous ne devinerez jamais ce qu'elle est en train de faire, elle frotte la pyramide contre sa moule se préparant pour le grand jeu je suppose, et voilà qu'elle s'assoit dessus mais c'est trop gros et elle doit l'introduire avec ses doigts, tel que je vous le dit sans même un petit mot d'excuse ne serait-ce qu'un tu n'y vois pas d'inconvénient n'est-ce pas? Elle se figure qu'elle peut faire ce qu'elle veut de ma virilité pourquoi se gêner le bonhomme est plus là il roupille, et je jette un coup d'oeil entre mes paupières et elle est en train de se tordre et de se trémousser et si je ne m'abuse elle se régale, pas d'homme dans le coin pour l'importuner juste une bite, et foutre toute cette affaire commence à me mettre en train et voilà le bonhomme de retour et d'enfourcher la dame et de la retourner et de la besogner quinze centimètres jusqu'à la garde elle avale tout la viande et les pommes de terre et ça ne lui déplaît pas, ça se voit à sa façon de sauter en tous sens de crier de gémir de haleter de roucouler. Oh je jouis aiiiiieeeee aiiiiieeeee aiiiiieeeee arrête arrête tu me fais mouriiiiiir! Mais je n'arrête pas tant pis si je la tue mes mains tiennent son gros cul potelé et je vais le remplir à ras bords, avec tout et tout le monde, toutes les fêlées que j'ai vues et entendues depuis ce matin la jument sous le portail fêlée les voix sirupeuses au téléphone les cuisses ondulantes toutes celles que j'ai vues et qui me restent à voir, je vais gonfler toutes les fêlées de ce bordel de négros ouais la fournée ne va pas tarder à être cuite et le plumard à rendre l'âme et je l'empoigne par les cheveux et la force à me regarder dans les yeux en feu au fond de leurs orbites, je vais jouir espèce de fêlée!

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