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Ludger Tenryû Tenbreul est moine zen, disciple de Maître Taisen Deshimaru, certfifié par Narita Roshi. Il enseigne en Allemagne, à Berlin et au temple de Schönböcken |
Les muscles du dos doivent être bien tendus - pas trop, mais quand même bien tendus. Au niveau des épaules il n´y a pas de tension à avoir. En rentrant le menton, on peut bien tendre la nuque.
En ce qui concerne le respiration, il est important d´avoir un rythme tranquille et naturel. Quand ce rythme devient tranquille et naturel, on peut insister un peu plus sur l´expiration. Chaque inspiration et expiration est d'une longueur différente; c´est normal.
À partir d´une expiration longue et lente, l´énergie peut se concentrer dans le bas ventre. De cette facon peut s´établir un espace stable de concentration de l´esprit.
Il est naturel qu´à ce moment pensées et sentiments apparaissent dans cet espace, comme les nuages dans le grand ciel. Ces pensées ne sont ni importantes, ni non-importantes. Laissez passer à travers la posture.
Notre vie a toujours lieu ici et maintenant, et c´est aussi là qu´elle se réalise. Jamais dans le passé, jamais dans le futur.
Ce présent, c´est l´espace de l´esprit qui n´a pas de limites, qui comprend tout, toutes les existences, corps et conscience, tout, tout, tout.
Ce n´est pas notre conscience personnelle. C´est une nouvelle qualité dans laquelle fusionnent le corps, l´esprit et le temps.
Notre vie se réalise toujours ici et maintenant et il en est ainsi pour la vie de l´univers, et les deux s´interpénètrent intimement, sans qu´on ne cherche rien.
C´est pourquoi l´on dit: «À travers zazen il n´y a rien à atteindre»
Pratiquant de cette facon, on peut enfin respirer à fond, libérés. Les mains de la pensée peuvent s´ouvrir.
À partir d´un rythme tranquille de la respiration, peut se faire une expiration lente et douce - de facon naturelle - sans grand effort de la volonté. C´est un point important. Une expiration longue ne doit pas être trop forcée par la volonté. C´est plutôt quelque chose qui a à voir avec l´attention.
Une longue expiration est comme une vague qui s´étend loin sur la plage. À la fin d´une longue expiration l´esprit se concentre (rassemble, recueille*) naturellement. Là le recueillement de l´esprit est absolument naturel, sans effort de la volonté.
En ce point, le corps et l´esprit sont complètement liés, fondus l´un dans l´autre.
Là la conscience hishiryo s´établit, inconsciemment, naturellement.
Hishiryo est une expression qui, dans le zen, pour Dogen Zenji, Maître Kodo Sawaki et Maître Deshimaru, est d´une grande importance. Hishiryo ne signifie pas seulement concentration. Ça ne signifie pas pensée, ça ne signifie pas non-pensée. Ça signifie (recueillement*), concentration naturelle de l´esprit dans laquelle la vie de l´univers même s´exprime.
Normalement action , parole et conscience sont déterminées par le karma. Si on trouve sa posture et que la conscience hishiryo s´établit d´elle-même, la vie de l´univers élimine ou transforme le pouvoir du karma.
C´est pourquoi l´on dit «zazen lui-même est Bouddha». Ça ne signifie pas que le pouvoir du karma n´a plus d´influence sur notre vie quotidienne. Il faut beaucoup de répétitions de cette expérience pour qu´il soit coupé et se transforme de facon naturelle.
Dans l´Hokyosanmai il est écrit: «Les sujets doivent suivre le roi.»
Reporté à la pratique du zen cela signifie: les organes des sens, les organes de la conscience, les désirs, les envies suivent naturellement, automatiquement, la conscience hishiryo. Ils sont compris dedans, sont purifiés à travers cette conscience.
Même si on pratique zazen depuis longtemps, on a encore bien des difficultés à faire la différence entre la conscience personnelle et la conscience hishiryo.
C´est pourquoi le point le plus important dans la pratique est-il de libérer complètement zazen de toutes les «tonalités» personnelles.
Paradoxalement, c´est quand le zazen est libéré de tout ce qui est personnel, qu´on est vraiment soi même. Ça, c´est vraiment un koan profond.
Faire zazen, pratiquer la Voie du Bouddha, ça ne signifie pas devenir quelqu´un de bien au sens commun. Ça ne signifie pas devenir un saint.
Notre vie consiste en beaucoup de bonno, beaucoup de désirs. Mais il est important que les sujets suivent le roi. C´est pourquoi il est important d´établir le roi; et le roi ce n´est pas la conscience personnelle, c´est au-delà.

Nous avons parfois l´impression que la vie tourmente notre esprit. Notre vie doit parfois éprouver des chocs profonds. L´impression d´être maltraité vient du fait que nous vivons un petit ici et maintenant.
Zazen signifie se libérer de ce petit ici et maintenant et s´éveiller à un grand ici et maintenant, un véritable ici et maintenant. Ça ne peut se faire qu´à travers le corps entier.
C´est pourquoi zazen signifie être assis à travers la peau, la chair, les os, la möelle. Être assis à travers la peau, la chair, les os, la möelle, ça c´est Bouddha.
Cet effort, cette persévérance sont nécessaires, mais ça doit se faire au-delà de la volonté personnelle.
Kodo Sawaki utilisait parfois l´expression «forger», mais «forger» ne signifie pas quelque chose fait avec violence ou qui est forcé.
Zazen signifie forger notre vie à travers l´univers entier, soutenus par l´univers entier.
C´est comme prendre un bébé dans les bras, avec fermeté, sans peur, mais avec amour.
L´esprit transmis par les Bouddhas et patriarches est ainsi.
À la base de cet esprit il y a la confiance, la foi.
Quand notre esprit est plein d´objets, plein de moi, moi, moi, on ne peut pas trouver la confiance, on ne peut pas trouver la foi. Mais quand on peut laisser tout partir, quand l´esprit est libéré de tout, dépouillé, alors c´est l´esprit lui-même qui est foi.
Comme le disait Sôsan dans le Shin jin mei: «La Foi est non-deux.»
Comme je l´ai déjà dit ce matin, l´esprit de Bouddha n´est pas quelque chose de caché quelque part dans notre corps ou dans notre conscience. On ne peut pas vraiment l´exprimer avec des mots, car les mots ne sont pas assez bons pour ça.
L´esprit de Bouddha n´est jamais caché.
Ici et maintenant comprend tout. Notre vie n´est pas autre chose que cela, et pourtant ce «cela», on ne peut pas le saisir. Mais, du fait que rien n´est caché, ce n´est la peine de chercher quelque chose, de chercher l´esprit de Bouddha. C´est même mieux de donner notre vie, cette vie qui a lieu maintenant, à cet esprit de Bouddha.
C´est notre chance. La dignité de zazen c´est cela.
C´est seulement ici et maintenant que se réalise notre vie; et c´est seulement ici et maintenant qu´elle s´épuise - mujo.
Ce sont les deux aspects.
Mais le présent entier comprend toutes les existences. Ce n´est pas aussi personnel que l´on croit. «Je» ne peux pas vivre éternellement, mais le temps du présent est sans limites, et quand ces deux lignes se croisent, on peut vivre notre vie profondément et la comprendre profondément - pas seulement un coté.
Dogen Zenji exprime cela très clairement dans le chapitre «Uji» du Shôbôgenzô.
Dans 30, 40, 50 ans, il ne restera rien de moi, pas même de la poussière. Vu de ce coté, le temps dans l´existence est souffrance - Donc l´existence est souffrance.
D´un autre coté, chaque moment comprend vie et mort. C´est ainsi qu´il y a le non-né, le non-destructible.
Si on essaie de comprendre cela, on n´y trouve pas accès.
Alors on peut seulement s´asseoir. C´est pourquoi Shakyamuni Bouddha a transmis zazen.
Une longue expérience de zazen prend seulement un sens dans la mesure où l´on se dépouille de tout ce qu´il y a de personnel. Ainsi on devient aussi léger qu´une plume sur le zafu.
Plus la peine de comprendre à travers la conscience.
C´est pourquoi les anciens maîtres ont à la fin tout oublié.
Il est nécessaire de faire un effort pour pénétrer profondément mais, en fin de compte, on ne pénètre qu´un dixième de millimètre. C´est tout.
Alors, on comprend qu´il n´y a rien à atteindre.
À ce moment, on recoit tout.
Ce n´est pas un mystère, ce n´est pas une mystique - C´est la vie.
Simplement une expiration lente et longue. Au bout d´une expiration lente et longue on peut s´oublier complètement soi même.
* Sammlung. En allemand il existe le mot konzentrationqui veut dire concentration, et le mot sammlung. Sammlung des Geites est l´action de rassembler l´esprit, qui correspondrait donc en Français au mot «recueillement».

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