LA SOURCE BRILLE DANS LA LUMIÈRE

Les éditions Sully ont publié (décembre 2001) La source brille dans la lumière, de shunryu Suzuki, l'homme qui a introduit le zen soto aux Etats-Unis au tout début des années 60, fondé le Centre zen de San-Francisco et le monastère de Tassajara et écrit le célèbre Esprit zen, esprit neuf, qui a donné lieu à un grand nombre de traductions et fait l'objet d'une quarantaine de réimpressions. Ce nouvel ouvrage, où Suzuki Roshi commente le Sandokai (La fusion de la différence et de l'égalité), de Maître Sekito, est de la même eau. Sa pertinence, son originalité et sa profondeur devraient lui permettre de trouver un très nombreux lectorat et d'exercer une influence durable. Un livre qui touche l'esprit, "comme deux flèches se rencontrent en plein vol", le son pur et authentique de l'enseignement des grands maîtres du chan et du zen... Voici quelques extraits sélectionnés par le traducteur.

La montagne n'a pas davantage de valeur parce qu'elle est haute; la rivière n'a pas moins de valeur parce qu'elle est basse. D'un autre côté, c'est parce qu'elle est haute que la montagne est une montagne, et elle a une valeur absolue en tant que telle; c'est parce qu'elle coule au fond de la vallée que l'eau est l'eau, et sa valeur est elle aussi absolue. La rivière et la montagne diffèrent complètement par la qualité; parce qu'elles sont différentes elles sont égales en valeur; et valeur égale veut dire valeur absolue. (p. 49)

Chacun d'entre nous est le chef de l'univers entier. (p. 75)

Sans la moindre idée de réalisation, sans chercher à faire quoi que ce soit, sans aucune notion de pratique juste, notre voie consiste à simplement s'asseoir. Zazen consiste à s'investir totalement dans la méditation assise. Et c'est ainsi que nous observons les préceptes. (p. 110)

A proprement parler, les bouddhistes n'ont pas d'enseignement. Nous n'avons ni Dieu ni divinités. Nous n'avons rien. Ce que nous avons, c'est justement ce rien, voilà tout. Alors, comment les bouddhistes peuvent-ils être religieux? Quel genre de sérénité est la nôtre? On peut se le demander. La réponse ne réside pas dans une conception spéciale de Dieu ou de la divinité, mais plutôt dans la compréhension de la réalité qui est devant nous. Où sommes-nous? Que faisons-nous? Qui est-il? Qui est-elle? Lorsqu'on observe ainsi les choses, on n'a pas besoin d'un enseignement spécial sur Dieu, vu que tout est Dieu pour nous. Instant après instant, nous avons Dieu en face de nous. Et chacun d'entre nous est également Dieu ou Bouddha. Aussi n'avons-nous besoin d'aucune idée spéciale de Dieu. Peut-être est-ce là le point. (p. 137)

C'est seulement quand nous vivons comme des êtres humains, avec la nature égoïste qui est la nôtre, que nous suivons la vérité dans son sens le plus vaste, car alors nous prenons en compte notre nature. Nous devons donc vivre en ce monde comme des êtres humains. Nous ne devons pas essayer de vivre comme des chats ou des chiens, qui ont plus de liberté et sont moins égoïstes. Les êtres humains doivent être mis en cage, une grande cage invisible telle que la religion ou la morale. Les chiens et les chats n'ont pas de cage spéciale de ce genre. Ils n'ont pas besoin d'enseignement ou de religion. (p. 148)

C'est zazen. Vous êtes assis bien droit. Vous ne penchez ni du côté du nirvana ni du côté de la souffrance. Vous êtes complètement là. Tout le monde peut s'asseoir et pratiquer zazen. (p. 153-154)

"Chaque jour est un bon jour." Le sens de ce célèbre koan n'est pas qu'il faut supporter les difficultés sans se plaindre, mais "ne passez pas votre temps en vain". Je pense que c'est ce que font la plupart des gens. "Ce n'est pas vrai, je suis toujours occupé", diront-ils sans doute. Ce qui est le signe irréfutable qu'ils passent bel et bien leur temps en vain. La majorité des gens ont l'impression de savoir ce qu'ils veulent, comme si leur comportement était délibéré. Mais je ne pense pas qu'ils comprennent bien ce qu'ils font. (p. 170)

Lorsque vous faites quelque chose avec une intention basée sur une idée de ce qui est utile ou inutile, bien ou mal, plus ou moins appréciable, votre compréhension est imparfaite. La vraie pratique, c'est quand vous faites ce qu'il y a à faire sans idée de bien ou de mal, de réussite ou d'échec. La vraie Voie, c'est quand vous faites les choses non pas pour Bouddha, pour la vérité, pour vous-mêmes ou pour les autres, mais pour elles-mêmes. (p. 171)

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