Cinquante ans de pratique et d'enseignement de
la bio-dynamie
son application dans la vigne

Deux versants éditeur a le plaisir d'annoncer la parution (fin avril 2003) du livre de François Bouchet consacré à la bio-dynamie, préfacé par Luc Boussard. À titre indicatif, nous reproduisons ici la table des matières et un extrait du texte.

TABLE DES MATIERES

Première partie: Les bases de la bio-dynamie
- Chapitre 1: Chapitre introductif général
Les bases de l'agriculture telle que la conçoit par Rudolf Steiner ("Cours aux agriculteurs"). Définition de l'organisme agricole, la plante entre ciel et terre.
- Chapitre 2: La formation des sols
Qu'est-ce qu'un sol cultivable? Les horizons. Naissance, vie et mort d'un sol. La vie autour des racines. Le rôle des êtres vivants, microbiologie. Le rôle essentiel de la plante dans l'organisation du sol. L'environnement de la plante. Silice/calcaire/humus, le complexe tripartite.
- Chapitre 3: Travail du sol et façons culturales
Rôle et présence de l'animal. La fumure. Le compost et ses différentes actions. L'intérêt des préparations bio-dynamiques.
- Chapitre 4: Les trois grandes préparations bio-dynamiques et leur rôle énergétique
Les pulvérisations directes sur le sol ou sur la plante (500, 501, M. T.) après dynamisation. Étude de la dynamisation. Les préparations du compost.
- Chapitre 5: Les rythmes
Le Soleil: héliocentrisme et géocentrisme. L'année solaire, les saisons centripètes et centrifuges, les mois, les jours, matin, midi, soir, nuit. Les constellations. L'éveil des éléments. La Lune: trajectoire sidérale, synodique, montante, descendante, croissante, décroissante, apogée, périgée, éclipse, noeud. Influences différentes suivant la position angulaire dans l'espace, jours/fruits, feuilles, fleurs, racines.
- Chapitre 6: La vigne entre ciel et terre
L'action de la pesanteur terrestre. Domestication. Redressement. Horizontalité et verticalité. Les quatre éléments terre, eau, air/lumière, feu. L'influence fondamentale des façons culturales. La recherche de la qualité du vin. Pourquoi éviter les apports de minéraux solubles. Les stratégies de survie de la plante dans toutes les situations. L'aspect animal et social, le désir du pollen exogène, la grappe verticale, les pétales dirigés vers le sol. La capacité de la plante à créer son terroir et à le magnifier. Sélection massale, sélection clonale, semis, greffage, bouturage, marcottage et affranchissement, porte-greffe, pieds francs.

Deuxième partie: La pratique de la bio-dynamie en viticulture
- Chapitre 7: Les travaux d'automne
La période centripète «inspir» de la vigne, la sève est descendante. L'après-vendange. La pulvérisation sur feuilles. La pulvérisation sur sols. Les amendements. Les façons culturales. Labour ou scarifiage, griffonnage. Le sous-solage, quand. L'enherbement, pourquoi. Le traitement des bois. Le choix des dates en cas de pré-taillage. Les traitements spécifiques des souches. L'esca et l'eutypiose.
- Chapitre 8: Les travaux d'hiver
Le début de la période centrifuge «expir», la taille. Le choix des périodes et des jours. Le traitement homéopathique des sols en reconversion. Le rappel du compost de bouse, la mise en forme des fumiers, les techniques du compostage, l'ensemencement avec les préparations 502 à 507.
- Chapitre 9: Les travaux de printemps
La préparation 500. Les travaux du sol, déchaussage ou scarifiage, décavaillonnage, travail à la lame bineuse. Enherbement ou pas, choix des dates, tonte des enherbements. Le ramassage et la mise en fermentation ou le brûlage des bois de taille. Les premières tisanes et décoctions (ortie, prêle, osier, achillée, valériane. Les traitements préventifs contre les acariens, l'oïdium, le brenner, le mildiou. Les 500 urticae, achillea, camomille, la 507, la chaux magnésienne en poudrage. Le soufre et le cuivre. Le contrôle des tordeuses. Les D8 quand, comment. Les prédateurs et les typhlodrommes. La reprise des 500 avec tisanes associées. Les écimages, la coulure, les jaunisses. Comment limiter les cuivres.
- Chapitre 10: Les travaux d'été
Poursuite des traitements de tisanes associées ou non. Périgées et apogées. La prêle, quand. Écimage et rognage, effeuillage et éclaircissage. Le rôle de l'apex. L'initiation florale. Les générations successives de tordeuses et la recherche des jours favorables à la fabrication et au passage des D8 de cendres. Binages, arrêt végétatif, véraison, aoûtement. Les acariens tardifs et le suivi précis des dernières générations de tordeuses. Le rôle du sol dans l'avènement de la maturité. Bilan du cuivre et prévention des drosophiles.
Chapitre 11: La maturité et les vendanges
Préalable, surveillance. Le botrytis, les drosophiles, le ver de la grappe. La date des vendanges, le calendrier lunaire, les levures, les levains, la prise d'échantillon. Maturité, surmaturité, pourriture noble et concentration. Le vigneron et son vin. Les cuves, les matériaux employés - bois, ciments, inox. Les phénomènes électriques et magnétiques. Le chauffage et le refroidissement.
- Chapitre 12: Le mode d'emploi des préparations et tisanes, le matériel nécessaire
La 500 bouse de corne, la 501 silice de corne, le compost de bouse, la 507 valériane, les 500 urticae, achillea et chamomilla : descriptions, temps de dynamisation, durée de conservation après dynamisation, quantité d'eau par hectare, type de pulvérisation. Les tisanes et décoctions. Orties, prêle, achillée, osier, camomille. Infusion, décoction, macération, dosage, quand, comment, pourquoi. Le matériel: tracteur, pulvérisateur, charrue vigneronne, roto-bêche, scarificateur, gyrobroyeur, dynamiseur: capacité, forme, choix des emplacements. Les D8 de cendres, la D30 thuya

CHAPITRE 6
La vigne entre ciel et terre

"Alors ils s'aperçurent qu'ils étaient nus" (Genèse)

De tous les végétaux, la vigne, qui semble avoir accompagné l'homme depuis la nuit des temps, est sans doute celui qui a le plus fait parler de lui. C'est elle, nous dit-on, qui a caché de ses feuilles l'impudeur de nos ancêtres chassés du paradis. Plus tard, elle abreuva Noé de son vin, dont aucun slogan ne signalait encore que l'abus est dangereux. Puis, au début de notre ère, le pain et le vin furent symboliquement associés au corps et au sang du Sauveur. Ceci dit, tous les viticulteurs vous diront l'impression fabuleuse qu'ils ressentent lorsqu'ils « saignent » une cuve en fin de fermentation.

Une comparaison entre ces deux végétaux symboliques que sont le blé et la vigne nous aidera à comprendre à quel point ils diffèrent. Le blé est d'essence cosmique, il cherche à quitter la Terre pour porter ses fruits le plus près possible du Soleil, il sait s'opposer à la gravité et parvient à vaincre la pesanteur. Son grain est tout d'abord liquide, « lait », pour ensuite se transmuter en solide, en minéral, lorsque ce lait « caille » et devient presque pierre. C'est d'ailleurs la pierre qui le moudra, et ses cendres contiennent jusqu'à 15 % de silice.

Le cas de la vigne se situe, pourrait-on dire, à l'opposé. Ce n'est plus la verticalité qui domine chez elle, mais l'horizontalité. Elle vit de la pesanteur et dès qu'elle tente de monter, son propre poids la ramène à la terre. Pour grimper un tant soit peu en quête des rayons du soleil, elle doit s'accrocher en s'aidant de ses vrilles. Son bouton floral se tient toutefois debout, même si par la suite la grappe s'inverse vers le sol. Contrairement à la concentration que nous constations dans le cas du blé, c'est ici l'expansion qui l'emporte. À la floraison, les sépales sont tournés en bas et les pétales forment un chapeau regardant la terre, d'où ils tirent leur énergie. La vigne rampe, il lui faut un tuteur, un support, et l'homme sait la soutenir en cas de besoin. Dans ses cendres enfin, on trouvera 15 % de calcaire.

Si le blé était l'incarnation de la lumière dans la matière, la vigne serait l'"excarnation" de la terre dans le ciel. Nous avons là deux entités opposées, l'une apollinienne et l'autre dionysiaque.

La vigne est une plante pérenne, qui veut perdurer et devenir arbre. Mais Mercure lui réserve un autre destin, de nature plus serpentine, si bien qu'elle a besoin d'aide pour vivre pleinement. L'homme l'a compris très tôt et lui a prodigué des soins multiples, qui lui ont permis de connaître un grand développement.

Elle a trouvé en Europe, et notamment en France, un terrain de prédilection. Capable de fabriquer son terroir, elle a donné lieu à des crus dont certains ont des centaines et des centaines d'années. Il va bien falloir un jour prendre conscience du trésor que cela représente, trésor que les techniques actuelles de viticulture industrielle mettent en danger et risquent même de faire disparaître à tout jamais dans un délai très court. Ce ne sont pas les engrais chimiques, les désherbants, les non-cultures et les anticryptogamiques au spectre de plus en plus large qui permettront la sauvegarde de nos crus précieux. Déjà l'activité biologique des sols est réduite à une peau de chagrin et la rétrogradation des argiles, qui redeviennent roche, est malheureusement bien en marche dans beaucoup de régions viticoles. D'ici très peu d'années il sera trop tard pour agir.

La vigne est une liane et, en tant que telle, elle est envahissante &emdash; on a vu un plant de vigne occuper à lui seul une superficie d'un hectare ! Comme tous les végétaux, elle se reproduit normalement par la graine &emdash; de là vient d'ailleurs le nom de pépinière et de pépiniériste &emdash;, mais ce système de reproduction n'est plus utilisé. Tel est sans doute le point de départ de tous les malheurs. Vu le peu de place que l'état d'esprit rationnel propre à notre société de production laisse à la fantaisie, il était exclu que la vigne soit autorisée à se complaire dans des mariages entre variétés. Pour « préserver la race », on a choisi de reproduire ce végétal par bouturage. Mais qu'est-ce que le bouturage ? C'est une opération qui consiste à contraindre un bourgeon, programmé par la plante pour donner des feuilles et des fruits, à lancer des racines. La qualité de ces racines sera-t-elle la même que celle des racines issues de la germination d'un pépin ? Sûrement pas. La soif d'horizontalité qui est présente dans la bouture génère une faiblesse de la racine. C'est ainsi qu'à la fin du XIXe siècle un petit puceron nommé Phylloxera a festoyé sur nos vignes du genre Vitis vinifera, dont il pique les racines, lesquelles n'avaient plus la force de cicatriser la plaie en créant un petit liège, comme le font d'autres variétés du genre Vitis.

Tout le vignoble européen en est mort &emdash; triste constat &emdash; et depuis lors notre vigne survit avec les racines d'un porte-greffe américain qui n'est pas un Vinifera, sur lequel on a greffé un Vinifera autochtone, ce qui constitua un beau début pour l'alliance entre l'Amérique et l'Europe. Je passe sur les recherches qui ont permis d'obtenir un éventail de plants susceptibles de s'adapter aux différents terroirs. Il se trouve malheureusement que la plupart ne supportent pas le calcaire, contrairement aux vignes Vinifera, qui elles s'en régalaient.

Au regard de la qualité des plants, le premier problème auquel on se heurte est que la résistance au calcaire d'un porte-greffe est presque toujours liée à la direction que prennent ses racines. On se retrouve souvent avec des plants qui ne fouillent que les horizons du haut, terres par définition plus riches mais pas nécessairement plus propices à la manifestation du terroir. Le changement de la qualité des vins était donc prévisible. Il ne faut pas oublier que plus la couche du sol fouillée par les racines est superficielle, plus la qualité des récoltes baisse, mais plus augmente la quantité.

Or la quantité était le seul critère qui comptait à l'époque des recherches dont nous parlons, et les engrais chimiques tombaient à pic à cet égard, car plus on en met, plus les racines restent en surface. En somme, la boucle était bouclée. Heureusement, Monsieur Chaptal avait montré que l'addition de sucre dans les vins permettait d'élever le degré.

Mais la fertilité des sols due aux gros apports d'engrais s'est avérée factice, et les herbes dites mauvaises ont proliféré au-delà de ce qui était acceptable. Alors sont arrivés les herbicides, qui ont surtout enrichi les laboratoires. La concurrence entre la vigne et les mauvaises herbes ayant été éliminée, les récoltes ont encore augmenté et les maladies cryptogamiques ont proliféré sur des vignes trop vigoureuses, encore une fois pour le plus grand bonheur des laboratoires.

Dernier rebondissement, on s'est intéressé à la sélection des variétés. La recherche s'est alors tournée vers la sélection « clonale » et a produit des clones qui, pour satisfaire à la demande des viticulteurs eux-mêmes, à qui on avait enseigné que seule la quantité pouvait permettre de survivre, étaient tous gros porteurs de récolte.

À la lecture de ces lignes, on s'interroge sur le bien fondé de la raison que revendique notre société industrielle. On a beau faire semblant de l'ignorer, le rationalisme a en vérité ses limites.

 

Retour à la rubrique Les interviews
Retour à Deux versants éditeur