COMPRENDRE PROFONDÉMENT C'EST COMPRENDRE PAR SOI-MÊME

On trouvera ci-dessous la copie du kusen (enseignement oral) donné par Denis Boureau à l'occasion de la journée de zazen organisée par D'Est en Ouest à la Maison de l'Inde le 7 janvier 2007.

Premier zazen (8h30)
La pratique du zen est merveilleusement simple. Durant cette journée, il suffit d’être concentré sur la posture et la respiration, en zazen, en chantant les sutras, en rendant service et quand on discute un peu ensemble.
Pour vous soutenir pendant cette journée, je vais parler d’une phrase qu’Étienne prononçait souvent: «Comprendre profondément, c’est comprendre par soi-même.» Je l’entends encore prononcer cette phrase.
Comprendre par soi-même, ça ne veut pas dire comprendre tout seul dans son coin, dans sa petite tête.

Deuxième zazen (11h)
Donc Étienne disait très souvent, et plus particulièrement dans les cinq ou six années qui ont suivi la mort de Maître Deshimaru: «Comprendre profondément, c’est comprendre par soi-même.»
Comme je l’ai dit ce matin, comprendre par soi-même ne signifie pas se prendre la tête sur un problème particulier, essayer de le résoudre tout seul dans son coin, poncer sa tuile. Comprendre par soi-même signifie clairement que c’est à partir de son propre corps, de son propre esprit qu’il y a compréhension.
On entend quelque fois parler de «vrai zen», mais l’esprit ne devient véritable qu’à travers son propre corps, son propre esprit, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de séparation entre soi-même en zazen et l’esprit de la Voie.
Comprendre par soi-même, qu’il n’y ait pas d’espace entre soi-même et la compréhension, implique que zazen n’est pas un moyen. Donc, par exemple, que, bien qu’il soit nécessaire à notre corps de faire un effort pour prendre la posture de zazen, l’éveil, l’esprit, ne dépend pas de cette posture, ne dépend pas de cet effort.
Devant l’esprit d’éveil, devant l’esprit de la Voie, nous sommes complètement libres, puisqu’il ne dépend en aucune façon de nous-mêmes; ce qui nous permet de nous redresser naturellement, appuyés sur nos propres caractéristiques, tels que nous sommes.
Et ainsi, puisque l’esprit de la Voie ne dépend pas de nous, nous pouvons tranquillement nous observer, comprendre par nous-mêmes, directement.
Luc a souhaité qu’on éclaire le cadre sur lequel est représentée la Sainte Vierge, Marie. La Mission bretonne est une œuvre chrétienne et, dans ce lieu, on dit la messe: c’est aussi une chapelle. Étienne, en Espagne - peut-être Fred s’en rappelle -, lors d’une sesshin le jour de l’Immaculée Conception, nous a expliqué comment l’Immaculée Conception et l’esprit mushotoku, l’esprit de la Voie, ne sont pas différents.
Comprendre par soi-même et concevoir un enfant (Jésus) par elle-même, son fils, le sauveur ne peut être le résultat d’une action. Il a du être dès la naissance la chose elle-même, non produite. Et ce, pour pouvoir comprendre et aider toutes les existences. Comme, quand il n’y a pas de séparation entre l’esprit de la Voie et nous-mêmes nous pouvons comprendre, nous comprendre, profondément.

Troisième zazen (14h30)
«Comprendre profondément, c'est comprendre par soi-même.»
Cette parole que prononçait souvent Étienne s'éclaircit au fur et à mesure que la journée se déroule, même si nous-mêmes semblons parfois ne rien y comprendre.
Quand il n'y a pas d'espace entre la compréhension et soi-même, la réalité de l'esprit saisit toutes nos cellules. ça ne devient pas seulement une affaire intellectuelle, mais une affaire de compréhension. Deshimaru disait «inconsciemment, naturellement, automatiquement».
Donc, cette phrase, Étienne la répétait souvent dans les sesshin. Il disait: «Le plus important, à la fin, c'est de comprendre par soi-même.» Il me semble qu'il en faisait un préalable à la relation maître et disciple. Au cinéma, dans les romans, on dit que le disciple doit suivre, qu'il comprendra plus tard. Quand le maître le jugera digne, il lui délivrera son secret, un soir de pleine lune...
Du point de vue de la lignée de Maître Deshimaru, du point de vue d'Étienne, de Kodo Sawaki, Ryokan, Dogen, Nyojo, Ejo, Bodhidharma, c'est seulement à partir du moment ou l'on comprend par soi-même qu'une conversation utile peut s'engager.

Quatrième zazen (16h30)
2007 c'est la nouvelle année et cela marquera aussi les quarante ans de la venue de Deshimaru en Europe, à Paris.
C'est un évènement qui sera célébré au mois de juin et qui concerne l'ensemble de ses disciples, comme les disciples de ses disciples, comme tous ceux qui se sont assis au moins une fois dans la posture de zazen. Au delà de l'évènement à commémorer, il me semble intéressant pour tout un chacun de se demander quel est le sens de sa venue en Europe. On pourrait dire beaucoup de choses, on en a parlé un peu hier avec Luc. Par exemple, l'un des koan édifiants de la lignée de Deshimaru pourrait être le fait que l'homme, la femme de la Voie, moine ou nonne, n'est pas séparé de l'homme et de la femme laïcs, dans la vie quotidienne.
De telle façon qu'on dit que pratique de zazen et esprit d'éveil ne sont pas séparés, qu'aucun espace ne sépare la compréhension et soi-même, l'expression religieuse la plus profonde de zazen ne peut être séparée de notre vie au quotidien. Souvent Kodo Sawaki, Deshimaru et nombre de disciples de Deshimaru aiment répéter cette phrase en fin de sesshin: la véritable sesshin va commencer. L'état de moine, l'état de nonne, n'est pas un état qui nous distingue de l'homme ordinaire, ça serait plutôt comme la face sombre, secrète de notre propre vie ordinaire. L'actualité de ce quarantième anniversaire, c'est de comprendre cela par soi-même.

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