GWENDOLINE JARCZYK ET PIERRE-JEAN LABARRIÈRE

Dans l'ouvrage très éclairant Maître Eckhart ou l'empreinte du désert, qu'ils ont publié chez Albin Michel (Spiritualités vivantes, 1995, p. 116), Gwendoline Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière se demandent si la pensée de Dogen et l'oeuvre de Taisen Deshimaru ne se situent pas dans la droite ligne de la vision de Maître Eckhart. Cette référence au fondateur du zen en Europe est suffisamment rare pour que nous nous en réjouissions, d'autant plus que le lien entre le zen et la "mystique" d'Eckhart nous paraît limpide, et qu'il nourrit aussi notre réflexion.

Produire une parole qui ne rompe point le silence de l'abîme: c'est là vers quoi veut ramener Eckhart. C'est là aussi qu'il faudrait situer la rencontre que bon nombre de spécialistes des mystiques orientales estiment possible entre ces deux univers: que l'on songe par exemple à cette doctrine du non-dualisme qu'est en vérité la pensée d'un Dogen, le fondateur de l'École Soto au XIIIe siècle. En rappelant une fois encore, à ce propos, le jugement de Jung selon lequel "la pensée d'Eckhart vient du fond de l'esprit collectif commun à l'Orient et à l'Occident". Explorer ces rapprochements serait un préalable à la réalisation du souhait d'un Taisen Deshimaru, l'introducteur du zazen en Occident; n'appelait-il pas de ses voeux ce que, d'un terme ambigu, il nomme la "fusion de l'esprit oriental et de l'esprit occidental" - condition à ses yeux pour atteindre "la plus haute dimension de la vie"?

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