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Avant-propos
Après Où exactement veux-tu aller?, de Kodo Sawaki, voici
sa suite naturelle, une plaquette de citations de Taisen Deshimaru, classées
cette fois — et de façon certes un peu arbitraire — par thèmes,
présentés dans l’ordre alphabétique. Les deux maîtres
puisant à la même source — la posture de zazen et la conscience
hishiryo, qui offre un accès direct au cœur de l’homme
—, les deux brochures se font parfaitement écho, avec des différences
intéressantes, qui ne relèvent jamais du fond, mais du style,
de la personnalité. Le ton, austère et percutant chez Kodo Sawaki,
prend chez Taisen Deshimaru de l’exubérance et de la rondeur.
Disciple et successeur de Kodo Sawaki, fondateur du zen en Europe, Deshimaru
est un pionnier. Totalement imprégné de l’ancienne tradition
des patriarches indiens, chinois et japonais, il était en même
temps libre et créatif autant qu’on peut l’être. Son
maître lui avait demandé de partir semer la graine du zen en Occident,
où, disait-il, elle trouverait un terrain plus fertile que celui du Japon,
épuisé par des siècles de compromission du clergé
avec des formes et des rituels très éloignés de l’esprit
des origines. Mission accomplie: le zen a pris racine chez nous et s’y
épanouit dans toute sa vigueur et sa diversité, et il est évident
que l’aventure ne fait que commencer. Par un effet de boomerang, il semble
en outre faire souffler un vent de renouveau sur le pays dont il est issu, comme
Maître Deshimaru l’avait prévu lorsqu’il nous disait
que ce serait à nous, ses disciples européens, qu’il reviendrait
de réintroduire la pratique authentique du zen au Japon. Plus encore,
il semble exercer une influence sur la société au sens large,
sur l’«esprit du temps» pourrait-on dire, et notamment sur
le christianisme, car je pense que l’essor du zen n’est pas étranger
au retour en force de valeurs comme la méditation, le détachement
ou le lâcher-prise, la réhabilitation du corps, dans une certaine
avant-garde de la pensée chrétienne. S’il est des individus
qui ont contribué à ce retournement des valeurs, Taisen Deshimaru
figure incontestablement au premier rang de ces gens-là, or, comme il
le dit lui-même dans les pages qui suivent: «toutes les mutations
commencent par l’individu»... Mais, pour parler de lui, qu’on
me permette de commencer par parler de moi.
J’ai rencontré Taisen Deshimaru dans la seconde moitié des
années 70. J’avais alors la trentaine et le sentiment d’avoir
plus ou moins fait le tour des choses, mais je ne savais plus à quel
saint me vouer pour sortir du labyrinthe. La réussite ne m’intéressait
pas, pas plus que l’accumulation des connaissances. Bref, je commençais
à fatiguer et me rendis compte un jour que je vivais dans un rêve
dont je devais de toute urgence m’éveiller. Sans doute avais-je
parcouru une bonne partie du chemin au bout duquel un fou n’est plus seulement
un fou, mais un homme en voie de guérison, ce qui est un atout peut-être
plus précieux qu’une santé jamais perturbée.
J’étais mûr pour la rencontre du maître, et elle ne
manqua pas de se produire. Ayant appris qu’un maître zen exerçait
à Pernety, je me rendis au dojo, secrètement persuadé qu’il
allait inévitablement reconnaître en moi un grand disciple, une
sorte d’initié, et me certifier sans tarder comme tel. Bien évidemment
rien de tel ne se produisit, mais je pris l’habitude de m’asseoir
tous les jours avec les autres au dojo et de m’imprégner du formidable
enseignement qu’y prodiguait Maître Deshimaru. Qui plus est, je
me mis à aimer cet homme plus qu’un père, même s’il
est arrivé que ses façons exubérantes me hérissent
le poil. «Maku mozo, disait-il, pas d’illusions. Apprenez
à toucher la chose réelle, le véritable ici et maintenant,
plutôt que de vous raconter des histoires ou de devenir des moines parasites.
Par la posture de zazen, le corps-esprit et la respiration de zazen, vous deviendrez
intimes avec vous-mêmes et ferez l’expérience de votre vraie
nature, de la condition normale. Vous vivrez en harmonie avec l’univers
entier et jouirez d’une liberté sans entraves. Vous serez alors
des sauveurs pour l’humanité.»
Kodo Sawaki disait que «le zen est la transmission de la personne»,
autrement dit la transmission de la dimension accomplie de l’être
humain, au-delà des appartenances culturelles ou religieuses. Il est
écrit dans les sutras qu’en voyant Shakyamuni, même en train
de déféquer, on était empli de respect et on s’éveillait
à la plus haute dimension de l’être. Lorsque Nagarjuna demanda
à son successeur Kanadeva de s’asseoir à ses côtés,
celui-ci dit à l’assemblée: «Le vénérable
est en train de nous montrer la forme de la pleine lune. La nature de Bouddha
est clarté et brillance vide.» Taisen Deshimaru était en
vérité un homme de cet acabit: toujours à la hauteur de
son enseignement, il incarnait à sa façon la forme de la pleine
lune. Il émanait de lui une force tranquille et une foi inébranlable
qui allaient droit au cœur. Il ne cachait rien, ne se prenait pas pour
autre chose que lui-même. Méridional un peu porté sur la
fanfaronnade, il était profondément humble. Son ego était
fluide, insaisissable, parce qu’il l’avait allègrement sacrifié
sur l’autel de la pratique. Des années après, je me rendis
compte qu’il découvrait en même temps que nous et avec un
égal émerveillement, la puissance et l’authenticité
de la pratique et de l’enseignement qu’il avait hérités
de son maître. Il avait mené une vie de patachon jusqu’à
la cinquantaine, et ne s’en cachait pas, jusqu’à ce que Kodo
Sawaki lui confère l’ordination sur son lit de mort. Il avait alors
brûlé tous ses vaisseaux et était parti pour l’Europe,
sans argent ni reconnaissance officielle, sans autre mandat que sa foi et son
envie de la partager, bref « les yeux horizontaux et le nez vertical ».
Autour de lui s’était regroupée une horde improbable et
bariolée de gens de tous horizons, dont beaucoup de marginaux —
il fallait l’être un peu pour prêter l’oreille à
un enseignement aussi peu conventionnel. Maître Deshimaru nous insufflait
une prodigieuse énergie et il n’était pas une montagne que
nous n’aurions déplacée pour le suivre et pratiquer à
ses côtés. La rigueur régnait dans le dojo : kolomo,
kesa, kyosaku, un minimum de chants et de cérémonies et surtout
une grande intransigeance quant à la pratique de zazen. Il ne cessait
d’ailleurs de nous rappeler à cette ultime vérité:
«la vie est comme un rêve, seul zazen, la conscience de zazen, sont
réels.» S’il nous prévenait contre les abus, et notamment
contre l’usage de la drogue (à laquelle plusieurs disciples ont
renoncé en pratiquant avec lui), il ne nous interdisait ni l’alcool
ni la fête ni le sexe, nous incitant plutôt à nous méfier
d’autres pièges, beaucoup plus redoutables, tels que l’«intoxication
religieuse», une forme pernicieuse de l’illusion d’ego. Son
message, à chaque fois qu’il partait et lorsqu’il nous quitta
pour ne jamais revenir, était toujours le même : «Continuez
zazen.» La sangha qu’il avait regroupée autour de
lui est la pépinière où apparaîtront et apparaissent
les maîtres d’aujourd’hui et de demain.
DEVENIR UN HOMME VÉRITABLE PARMI LES FOMMES
Aider
Comment devons-nous aider les autres, famille, société, amis, et quand les aider? [...] Concentrez-vous sur chacune de vos actions, sur chaque chose que vous entreprenez, vous aurez alors une grande influence sur les autres et vous les aiderez profondément.
Alchimie
Autrefois, certains alchimistes pensaient transformer le plomb en or par différentes techniques. Ils se fourvoyaient. La vraie alchimie, c’est l’alchimie spirituelle et les véritables alchimistes sont les disciples, ceux qui ont été initiés au secret spirituel, qui subliment leurs illusions et vont vers la sagesse, vont du plus bas vers le plus haut [...] Conserver cette énergie et chercher l’or; nous devons garder cette force, cette puissance et l’utiliser pour créer de la sagesse.
Alcool
Que signifie «alcool»? D’un point de vue de basse dimension, c’est le whisky, le saké, le vin. Mais dans le bouddhisme mahayana, c’est par exemple le satori, le paradis [...] Dans le mahayana, on apprend à s’éveiller des intoxications. Ne pas être en extase, ne pas être ésotérique. Zazen, c’est revenir aux conditions normales. Un vrai religieux ne doit pas vendre d’alcool ésotérique, d’alcool extatique, d’alcool mystérieux à ses croyants.
Attitude
Nous devons avoir une attitude juste, sans peur, ferme, une attitude qui provoque un choc, une posture forte, et d’autre part une attitude délicate, élégante, comme le parfum du santal ou de l’encens.
Cerveau
Quand le cerveau humain est calme, dans une condition de profonde sérénité, ce microcosme humain est l’image parfaite et harmonieuse du macrocosme.
Colère
Si la colère vient de ce qu’on n’est pas content de soi-même, on se mettra en colère même contre le chien qui dort tranquillement.
Communauté (sangha, voir groupe)
S’il vous plaît, éveillez-vous de l’enivrement de toutes les illusions, de tous les péchés, de toutes les ivresses de ce monde, et entrez dans la vaste communauté qui inclut tout le cosmos. Alors elle deviendra la communauté des bouddhas authentiques, et finalement vous aiderez tous les êtres sensibles, tous ceux qui doivent être sauvés. Tel est le sens d’une véritable sangha, d’une vraie communauté.
Crise (de la civilisation, voir époque)
La plupart des pays augmentent leurs budgets pour l’armement et diminuent les autres. C’est la civilisation de la folie. Chacun le sait, mais peu le comprennent. Comment faire? Simplement retrouver le calme, la sérénité [...] L’être humain devient de plus en plus un robot et ne fait plus fonctionner son cerveau droit [intuitif]. L’esprit religieux a disparu. La vraie religion signifie revenir à la condition normale du corps et de l’esprit.
Désirs
Il y a toutes sortes de désirs : la nourriture, l’alcool, les drogues, le sexe, l’amour, l’argent, le succès, les cartes, le jeu, le sucre, le confort, la sécurité, les distractions... Certains recherchent la beauté, d’autres veulent maigrir. Certains veulent la santé, d’autres les voyages. Certains disent avoir un goût raffiné, aimer l’art, la connaissance, la spiritualité... À la fin, on ne veut pas mourir. On veut aller au paradis. Dans toutes les religions, on trouve le désir de la vie éternelle. C’est là que commencent le désir religieux. Ce désir est lui aussi une illusion.
Diable
Le diable lui-même, s’il s’assoit en zazen, est au-delà de Dieu, au-delà de Bouddha.
Discernement
La faculté de discerner la tromperie de la véracité est une vertu rare. À un sourire, à une gentillesse, on répond aussitôt, sans être capable de discerner l’authentique amabilité de l’hypocrisie [...] Ce manque de discernement est une faiblesse par rapport à soi-même. On préfère chercher le contentement plutôt que l’authenticité, dont la révélation n’est pas toujours pour conforter l’ego.
Disciple (voir époque)
Vous devez pratiquer comme si vous vouliez arracher vos cheveux en flamme de votre tête [...] Atteindre la moelle du maître ou la transmission du vrai Dharma s’accomplit au travers de la parfaite sincérité et de la vraie foi, qui ne proviennent ni du dedans ni du dehors. Le Dharma est beaucoup plus important que votre petit corps, aussi devez-vous donner tout le poids au Dharma et rendre votre corps aussi léger que possible.
Dogen
Le point le plus important dans l’enseignement de Dogen est celui-ci: quel doit être notre état, notre qualité de conscience ici et maintenant? C’est la pensée centrale de son œuvre.
Don
Finalement, par le don de son corps, par le visage, le regard, les paroles que l’on offre, il faut donner à autrui un sentiment de sécurité, de confiance de soulagement.
Ego
L’ego emplit le cosmos. Le vrai corps est le cosmos infini. Comprendre cela, c’est la foi véritable, comprendre que nous sommes reliés au cosmos par le corps et non par le savoir. Cette foi est le seul effort qui n’engendre pas de fatigue, qui nous permet de changer notre corps et notre esprit inconsciemment, naturellement, automatiquement.
Enseignement
L’enseignement oral n’a pas pour but l’éducation de la connaissance et du savoir, il doit impressionner le cerveau profond et faire jaillir l’intuition et la plus haute sagesse [...] Le maître crée l’enseignement transmis de son maître. Il faut insister sur cette création ici et maintenant.
L’essence de mon enseignement est très simple : seulement rentrer le menton, étirer la colonne vertébrale, fermer la bouche, placer la main gauche dans la main droite. Croiser les jambes. Pousser le ciel avec la tête, la terre avec les genoux. C’est très simple. Il est permis de manger et de boire ce que l’on veut. La sexualité n’est pas interdite. Mais si vous pratiquez zazen, vous pouvez contrôler votre vie, mettre l’équilibre comme base de votre vie.
Époque
Notre époque et les années à venir sont celles de la transmutation. La vraie méditation, le travail manuel, une vie simple sont indispensables. L’époque du matérialisme seul ou du spiritualisme seul est terminée. Il faut les harmoniser. Tous les «ismes» sont révolus. Il ne faut pas aller dans une direction unilatérale, mais créer une voie fraîche, une nouvelle naissance [...] J’attends de mes disciples qu’ils m’assistent avec force et réalisent la vision qui fonde ma foi dans le zen. L’humanité commence sa transformation par quelques individus [...] Toutes les mutations commencent par l’individu.
Existence
Existence la plus délicate et la plus fragile dans l’ego sans noumène, moment unique toujours proche de la mort, surgissant du rien absolu ainsi que l’étoile qui resplendit solitaire dans la nuit [...] Maître Eckhart le dit aussi: «Le Père éternel brille dans l’intériorité profonde et noire.»
Foi (voir ego)
La foi, c’est abandonner l’ego. C’est une décision intérieure. Même si tout se brise autour de soi, la vérité, la foi, sont éternelles. Si vous avez cette foi, cette décision sans ego, si vous avez décidé que vous n’avez besoin de rien, vous devenez calme et paisible, sans souffrance.
Dans le bouddhisme, il n’y a pas d’objet de foi. La foi, c’est croire en son propre esprit.
Grand-mère (esprit de la)
Vous devez suivre l’ordre cosmique, abandonner votre intelligence, avoir «l’esprit de la grand-mère». Il ne faut pas penser à votre personnalité. Pleurer avec les êtres qui pleurent, rire avec ceux qui rient.
Groupe
Les instincts comme l’appétit, l’instinct sexuel, l’instinct de groupe, etc., sont des instincts humain. Par exemple, l’être humain ne peut rester seul. Pour cela, le dojo est très bien, car il permet de former un groupe, un bon groupe. Il faut appartenir à un bon groupe, former un bon environnement. Ainsi est la sangha [...] Si nous comprenons que nous existons dans la relation, nous pouvons nous aider mutuellement. Nous pouvons connaître l’amour universel pour toutes les existences. Pas seulement les hommes, les animaux aussi, les plantes et toute la nature
Histoire (du zen)
Il est remarquable de voir que la plupart des grands maîtres qui ont fait l’histoire du zen ne sont pas issus des milieux ecclésiastiques, mais de milieux dont il est difficile de se dégager, soit qu’ils appartenaient aux grandes familles aristocratiques, soit qu’ils venaient des couches populaires et miséreuses. Une vocation authentique les poussait, à l’inverse du grand nombre de ceux qui, du fait de leur naissance, se trouvent dans l’obligation d’assumer la responsabilité de leur statut de moine ou qui, par déception, désespoir, misanthropie ou faiblesse cherchent à fuir la société et le monde ou, pire encore, ne cherchent que leur avantage et leur profit personnel... Ceux-là sont bien loin de la foi pure qui a habité les hommes sincères et qui a, de tout temps, permis que s’accomplissent les œuvres impossibles.
Illumination
Les phénomènes changent, se transmutent, et cela même devient l’illumination. Tout est illumination, y compris les phénomènes. L’illumination est la substance de l’ordre cosmique.
Illusions
Dans les méditations de la plupart des religions, que ce soit l’hindouisme ou le yoga en Inde, le bouddhisme tibétain ou le christianisme, ou même certaines formes de zen, la majorité des adeptes, maîtres et disciples, se sont toujours efforcés de détruire leurs illusions et de demeurer sur la non-pensée, de tuer l’activité vivante en eux et de rester dans un état de non-vie, de non-activité... Ils ont beau se retirer dans les montagnes ou dans des chambres obscures, ils sont pareils à des rats cachant leur queue.
Certains prétendent que si on fait zazen les illusions s’arrêtent. C’est faux. Je continue zazen depuis plus de quarante ans, jamais mes illusions ne se sont arrêtées. Penser qu’il faut arrêter les illusions est aussi une illusion [...] Même si des illusions s’élèvent pendant zazen, elles ne dérangent pas le satori.
Liberté
Le «pouvoir de la suprême liberté» (jindu riki) est l’action vivante sans aucun attachement, qui ne dépend d’aucun lieu et ne se pose aucune question. C’est le pouvoir de réaliser l’effet de notre action dans la vie quotidienne. C’est comprendre les sentiments des autres et nos propres sentiments. C’est ne pas ressentir de contradictions mais les embrasser. D’un point de vue élevé, il n’y a aucune contradiction. Quand on devient âgé, qu’on a fait de nombreuses expériences, on ne ressent plus aucune contradiction [...] Le pouvoir de modifier sa pensée est très important. Cesser d’être accroché à ses catégories étroites, à ses pensées personnelles, et de ne rien accepter. Agir dans l’instant, dans un ici et maintenant qui n’est jamais le même. Ne pas demeurer sur quoi que ce soit.
La loi de causalité, qui régit le manifesté, est présentée comme l’envers du principe de liberté absolue, qui fonde le potentiel cosmique. Plus les limites de la compréhension sont resserrées, plus la loi de causalité est influente dans la production de karma ; plus la compréhension s’élargit, plus la liberté s’accroît, ouvrant sur la potentialité d’actions infinies. Cette vraie liberté épuise le karma passé et engendre l’acte potentiel qui s’actualise dans le phénoménal en fonction des circonstances.
Lumière
La vraie lumière n’est pas l’illumination. Elle n’éclate pas sous une forme spectaculaire comme la renommée [...] La vraie lumière ne scintille pas à l’extérieur, elle n’a pas d’éclat.
Maître (voir histoire)
En définitive qu’est-ce qu’un maître capable de transmettre la moelle du zen? Un maître qui peut développer chez vous, dans votre corps, par zazen, une juste tension et un fort tonus.
Peu importe que le maître ait la forme d’un homme ou d’une femme... Il doit simplement être au-delà de tout, l’homme du satori, un homme absolu, vrai et sincère [...] Tel est l’aspect fondamental du maître qui donne sa moelle. Il peut seulement apporter des bienfaits authentiques et n’est gouverné par aucun karma, ni par sa propre pensée ni par celle des autres.
Mon maître m’a demandé de le suivre partout [...] Il disait qu’il faut devenir un homme véritable parmi les hommes, sincère, honnête, pur, sans peur, ne recherchant ni la richesse ni les honneurs, mais possédant la vraie liberté intérieure.
Métaphysique
Le bouddhisme mahayana s’est toujours refusé à toute discussion relative aux questions métaphysiques ou ontologiques, tels les problèmes de l’existence ou de la non-existence, du devenir, du limité et de l’illimité, de l’immanence et de la transcendance..., car ce genre de discussion a toujours été considéré comme stérile et, de ce fait, puéril.
Dans le zen, on ne se pose pas le problème de l’existence ou de la non-existence d’une substance (atman). On se pose les problèmes suivants: Que faire? Comment exister ici et maintenant? Comment vivre sur cette terre? Comment résoudre mon problème amoureux? Que vais-je manger alors que je n’ai pas d’argent? Comment résoudre les souffrances d’aujourd’hui?
Moi
Toutes les pensées, le monde matériel, tous les biens, les amis, la fa-mille, la société, toute l’histoire s’élèvent de moi. Cela ne veut pas dire que je crée tous les phénomènes, mais au contraire que les phénomènes me créent.
Originalité
Si nous réalisons que la source de l’originalité personnelle est vacuité, existence sans noumène, nous atteignons la compréhension de la source de nos illusions et le sans-fond de la conscience infinie. La remontée du subconscient et son cortège de pensées compliquées nous fait comprendre les complexités de notre esprit, les désirs illimités qui s’élèvent du sans-fond de la conscience infinie. Si nous arrivons à cette véritable originalité, nous réalisons que tout vient de nos illusions, que notre source spirituelle est sans noumène, vacuité. À ce moment-là, le cerveau n’est plus rien. Les créations des jonctions neuronales sont terminées, la création de karma est arrêtée.
Non-peur
Ici et maintenant est très important. Pas besoin d’avoir peur. Ne pas extrapoler. Ne pas fuir, ne pas courir après quoi que ce soit, car c’est la source de l’anxiété, de la peur. Seulement ici et maintenant, cet instant, cette expiration. Juste avant de mourir, pas la peine d’être anxieux. Après la mort, on devient cendres et les cendres, ce sont des cendres, elles n’ont pas à se soucier de redevenir bois. C’est la vie éternelle qui continue, même après la mort.
Pensées
L’arrêt des pensées doit se faire automatiquement, sans qu’on puisse s’en rendre compte. Il ne faut pas vouloir stopper les pensées, car cela aussi est penser. Concentrez-vous sur votre posture [...] Lorsque la posture est juste, la tension musculaire correcte, le subconscient revient à la surface et il ne faut pas essayer de le stopper. C’est de cette façon que vous pouvez comprendre profondément ce que vous êtes et ce qu’est votre vie, vous pouvez vous regarder comme dans un miroir. Mais ne pensez pas consciemment, n’entretenez pas de pensées, ne ruminez rien.
Permanence
Lorsqu’on fait l’effort qui tend à faire accéder l’ego à la permanence, le monde objectif devient l’ego et l’ego s’identifie au monde objectif. Ainsi notre effort continue-t-il de façon permanente, car il est assimilé au cosmos, illimité et éternel. L’objectivité et la subjectivité ne sont plus différenciées, bien que le cosmos soit le cosmos et l’ego l’ego.
Posture
Si la posture est juste, la respiration devient juste, calme et la conscience revient alors à sa condition normale, originelle.
Prosternation
Si vous avez un ego fort, vous devenez fier, dogmatique et égoïste. Mais si l’on se prosterne, on peut abandonner son ego, jeter son corps. Alors l’esprit démoniaque s’enfuit.
Pureté
C’est la pureté, la pureté d’esprit, qui guidait des hommes de la dimension de Gensha, Dogen ou Kodo Sawaki, des hommes sans tourment ni anxiété, sans complication ni préjugé. La vie cosmique a pu les pénétrer inconsciemment, naturellement, automatiquement, les remplissant soudain d’une détermination totale, inébranlable, les éveillant au véritable esprit et leur permettant de réaliser de grands exploits sans éprouver l’ombre d’un doute ou d’une hésitation.
Sagesse
La sagesse la plus haute est sans but, sans conscience. On ne peut l’obtenir qu’inconsciemment, naturellement, automatiquement.
Satori
Le vrai satori existe en nous-mêmes. Pas besoin d’aller le chercher ailleurs ni de changer de maître.
Silence
Vous devez devenir calmes et silencieux. Le silence est l’origine de la conscience humaine. Si on le comprend, on voit que le vrai silence est ce qui était avant notre naissance. Seul le silence continue dans tous les moments de votre vie. Seul demeure le silence, le reste disparaît.
Le vrai silence n’est pas d’arrêter de parler, mais de parler à partir du silence.
Lorsqu’on entre dans le dojo, c’est comme entrer dans son cercueil. Certains reculent et partent effrayés. Pourtant, le dojo est le lieu le plus paisible qui puisse exister. Mais les gens de nos jours ont un esprit bien trop compliqué pour ne pas s’effrayer du silence.
Solitude
Nous allons toujours seuls. La Voie de la pratique est profondément solitaire. Même l’amour ne supprime pas cette solitude. Mari et femme dans un même lit ne font pas les mêmes rêves.
Sommet
L’homme aime le changement ; aussi aime-t-il changer sans cesse de Voie. Il passe de l’une à l’autre sans jamais trouver satisfaction, errant jusqu’à la mort. Il lui manque la force de la persévérance et de la patience, et il lui manque surtout l’esprit de non-profit, de non attachement à l’obtention. Mais, pour parvenir au sommet, il ne faut suivre qu’un chemin, et s’y fixer; peiner et trimer, y laisser son corps et y laisser son esprit.
Vacuité (ku)
Il faut regarder les gens avec la condition normale, sans les lunettes de l’ego. On peut oublier le passé. Ici et maintenant continue jusqu’à la fin de la vie et la vacuité continue après la mort. Plus de corps, plus de conscience, plus de volonté, mais l’essence continue éternellement. Notre vie est un phénomène éphémère, comme un petit champignon après la pluie, mais la vacuité continue.
Vie quotidienne
Si, dans la vie quotidienne, on réussit à faire décroître peu à peu ses désirs, on se distancie du monde vulgaire, du monde humain. Par exemple, si on diminue les relations diplomatiques avec les amis, on peut se détacher de la vie compliquée. Si on discute moins, on commet moins d’erreurs. Si on pense moins à des choses stupides, le cerveau peut se reposer. Si on diminue ses désirs de compétition, d’être le plus intelligent, le plus cultivé, on peut réaliser et accomplir le véritable esprit. Mais la plupart des gens se trompent, ils vont dans la direction opposée.
Visage
Beaucoup laissent défiler leurs pensées, les entretiennent, sans ce douter que ce karma de la pensée est apparent. Il se concrétise, par exemple, sur les traits du visage, dont l’expression témoigne de la noblesse ou de la bassesse des pensées et qu’embellit l’abandon de soi ou qu’enlaidit l’égoïsme. Aucune action (du corps, de la parole ou de la pensée) ne peut tromper : le karma engendré atteste toujours de sa nature.
Zazen (voir diable)
Zazen ne permet aucun langage, seulement le silence. Il ne permet aucune supposition, seulement la foi et l’étonnement.
Zazen a un goût très simple, léger, presque neutre. Si on lui donne du goût, on le rend vulgaire. Il est pareil au vaste ciel et à l’océan sans limites.
Zen
Les philosophes disent que le zen est athée. Je pense que c’est vrai. Pas besoin de Dieu ni de Bouddha. Vous-même êtes Dieu ou Bouddha [...] D’autres disent que le zen n’est pas du domaine du spirituel. C’est vrai, mais le zen n’est pas non plus matérialiste. Il veut trouver le véritable ici et maintenant.
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