LES DIX PREMIÈRES ANNÉES APRÈS LA MORT DU MAÎTRE
Voici la suite de la réflexion amorcée par Denis Boureau. Elle concerne les années qui ont immédiatement suivi la mort de Maître Deshimaru, dont l'influence se faisait encore fortement sentir au sein d'une sangha soudée autour de la fidélité à son enseignement et la vonlonté de continuer résolument sur le chemin tracé.
Dans cette seconde
partie, nous allons continuer à réfléchir au sens de la
venue de Maître Taisen Deshimaru en Europe et à saisir le sens
et la portée de sa mission. Nous nous servirons à cet effet des
mots employés par ses disciples pendant les dix années qui ont
suivit sa mort, nous ne citerons Taisen Deshimaru que lorsque ses disciples
eux-mêmes le feront pour illustrer leur propos. Afin de garder la même
méthodologie, je me suis basé principalement sur les bulletins
Zen qui couvrent cette période (n° 38 à 65). Les citations
proviennent donc principalement de ces numéros, et aucune considération
de personne n'est intervenue dans leur choix.
Où
il est question de zen, de sushi et de sashimi.
Lors des questions sur le rapport moral de l’assemblée générale
de L’AZI du 31 décembre 2006, à une interrogation sur notre
relation avec le zen japonais, il fut répondu: «Il y a quelques
années, après un long silence d’une quinzaine d’année,
nous avons repris les contacts avec le zen japonais» et encore «Après
la mort de Sensei, nous avons été un peu arrogants en coupant
pendant quinze ans les relations avec le zen japonais» (Sangha n°13).
De tels propos peuvent nous laisser pour le moins perplexes.
Dans un article intitulé «Bodhidharma n’est pas venu en Chine…»
(Bulletin n° 40, p26-27), en référence au célèbre
koan, Roland Rech pose les bases de cette relation à l’occasion
d’un compte rendu de son voyage au Japon du 25 juin au 5 juillet 1983.
Il souligne dans un premier temps la nécessité d’établir
des «relations avec ceux qui, comme nous, sont des héritiers
de la Voie du Bouddha que nous a transmise Maître Deshimaru».
Il rappelle le cadre dans lequel ses entretiens doivent avoir lieu: «Notre
mission est de transmettre cet enseignement auprès de tous les êtres
humains et de contribuer ainsi à créer un nouvel humanisme fondé
sur l’esprit mushotoku et la pratique de shikantaza.»
Conformément à la conception de Taisen Deshimaru, le Japon reste
une terre de mission. Roland rencontre Hata Zenji (chef de Eihei-ji), qui garde
un bon souvenir de son passage à la Gendronnière en juillet 1982,
et Oyama Roshi (chef de Soji-ji). Il prend aussi des contacts avec les responsables
de la Sotoshu pour faire reconnaître l’AZI comme «le seul
interlocuteur pour toutes les questions relatives à la poursuite de la
mission de Maître Deshimaru», tout en leur déclarant:
«Le zen ne doit pas rester une spécialité japonaise
comme les sushi ou le sashimi.» Mais c’est auprès des
amis de Deshimaru, religieux, professeurs, journalistes et hommes politiques
qu’il reçoit l’accueil le plus chaleureux. Ainsi le révérend
Otani, qui, dans une lettre qu’il lui adresse avant son retour, pose de
façon claire les enjeux liés aux relations entre l’Association
zen internationale et le zen soto japonais: «Nous devons penser le
zen d’un point de vue mondial. Mais beaucoup de maîtres de la Sotoshu
tendent à penser le zen seulement dans le cadre de la secte soto au Japon.
Si l’école soto maintient ce type de pensées et d’attitudes,
alors qu’à notre époque les chrétiens commencent
à pratiquer zazen dans les églises et les monastères, la
Sotoshu ne pourra pas aborder les problèmes importants de notre époque.
Cela voudra dire que la Soto est seulement une secte pour faire des cérémonies.»
et Roland de commenter: «Il s’agit en effet d’un grave
problème qui préoccupa beaucoup Maître Kodo Sawaki et Maître
Deshimaru.» Cela nous préoccupe-t’il encore de nos jours?
Comme Deshimaru l’avait fait en 1981, Roland Rech et Étienne Zeisler
se rendirent au congrès des kaikyosokan à Hawaï,
les 1 et 2 novembre 1983, en tant que représentants de l’AZI. Roland
en rend compte dans un article du bulletin n° 41. Il présente le
zen japonais sous deux versants, l’un composé des soutiens et des
amis de Maître Deshimaru et l’autre de la Sotoshu. Rappelant le
contenu de quelques articles de la constitution de l’école soto
(sotoshu), il montre qu’a priori rien ne nous empêche d’y
souscrire et appelle à une harmonisation des points de vue. Mais concrètement
il constate l’incompréhension. On lui fait ce genre de réflexion:
«Maître Deshimaru ne parlait pas le français, comment
a-t-il pu vous enseigner exactement? Quand tous les membres de votre Association
parleront le japonais, je viendrai vous enseigner le zen.» Ou encore:
«Vous parlez toujours de zazen. Il n’y a rien de nouveau dans
vos paroles. Maître Deshimaru nous a dit exactement la même chose,
il y a deux ans au congrès de Los Angeles!» et Roland de commenter:
«En réponse à cette remarque et à d’autres
du même genre tendant à relativiser l’importance de zazen
par rapport à d’autres pratiques qui se sont beaucoup développées
au Japon au détriment du zazen (cérémonies, éducation
du comportement qui nous fit dire que les bonzes européens ne voulaient
pas être transformés en bonzaï!), nous ne pouvons que citer
les paroles de Dogen dans le Shobogenzo, Sanmai o zan mai: «Mon
maître Nyojo dit sansen, c’est corps et esprit rejetés.
Cela n’est atteint que dans la concentration assise. Il est inutile de
brûler de l’encens, de se prosterner, de réciter le nembutsu,
de s’imposer une discipline sévère ou de lire les sutra.»
Étienne relate ce congrès en kusen dans la dernière
nuit de la sesshin d’hiver 1983/1984, entre 1h et 2h30. Les 400
personnes qui y assistèrent se rappellent peut-être encore les
crises de rire malgré la fatigue. Il y raconta la teneur de leur entretien
avec le directeur général de la Sotoshu. Lorsqu'ils lui expliquèrent
le sens de la mission de maître Deshimaru, il répondit qu'il fallait
venir faire des stages au Japon. Ils parlent alors des milliers de membres de
l’AZI et des centaines de dojos en France, en Europe et dans le monde.
Toujours la même réponse. Ils parlent alors de la Gendronnière
avec ses 40 hectares de forêt, le dojo, les nouveaux bâtiments,
le réfectoire, des grandes sesshin, le camp d’été
et le millier de gens qui y passe chaque année, et se heurtent toujours
à la même réponse: «Oui c’est bien, mais
il faudrait que vous fassiez des stages au Japon». En désespoir
de cause Étienne et Roland sortent des photos pour leur faire comprendre
l’importance de la sangha de Deshimaru. Ils voient soudain l’œil
de leur interlocuteur briller devant une photo où 350 personnes sont
assises en en zazen dans le dojo. «Ah! vous voyez que vous ne pratiquez
pas le zen de Dogen car celui-ci a dit: il faut pratiquer devant un mur, et
vous, vous pratiquer en quinconce!» Dépité devant tant
d’incompréhension, Étienne raconte qu’avec Roland,
ils décidèrent de se reposer sur une plage d’Hawaï,
boycottant la visite de temple prévue au programme.
Étienne Zeisler, dans un article intitulé «La Racine Originelle»,
tiré d’une conférence donnée à la Gendronnière
l’été 1983, commence par citer Deshimaru: «Vous
devez suivre ma grande idée, vous devez aider et suivre ma mission»,
puis explique le rapport de Deshimaru avec le zen Japonais: «Sensei
n’était pas un professionnel du bouddhisme, de la religion, il
n’enseignait pas une religion conventionnelle […] Son enseignement
n’était pas réservé à de petits moines retirés
du monde [...] On pense que les gens doivent se retirer du monde pour accéder
à cette loi, à cet enseignement. Seul Sensei avait compris que
cette loi au-delà du monde, c’est la loi de ce monde [...] Maître
Deshimaru était complètement au-delà des religions et des
catégories que les gens ont dans la tête. Kodo Sawaki l’a
enseigné à Taisen Deshimaru, qui s’est expatrié pour
la transmettre à son tour. La plupart des moines japonais sont des chefs
de temple sans disciples et prisonniers des pesanteurs sociales. Sensei, lui,
a renversé le système, renversé l’esprit des japonais.
Il disait toujours que si la pratique du zen européen devenait forte,
alors les Japonais la copieraient. Ils copient tout, donc s’ils voient
les Européens revenir à la racine de la pratique, ils y reviendront
aussi [...] Le premier livre que Maître Deshimaru a écrit était
Vrai Zen, révolution intérieure. C’est cela le
zen de Sensei: faire tourner son esprit à 180°, oublier les choses
superflues, couper les branches, retourner à la racine. Les Japonais
ne le comprennent pas du tout. Ils disent: «Oui, Maître Deshimaru
a planté la graine, mis la base, maintenant il faut construire.»
C’est complètement idiot.» (Bulletin n°41 p8-9)
Et Stéphane Thibaut ne pense pas différemment: «En Inde,
en Chine et au Japon où le Bouddhisme fut jadis florissant, il n’existe
plus aujourd’hui qu’en tant que religion traditionnelle. Il n’y
a plus de véritable maître, on devient moine de père en
fils et on ne se concentre plus que sur les cérémonies, les textes
sacrés ou les préceptes.» (bul n°40 p.10-11)
Luc Boussard part au mois de décembre 1983 au Japon, «où il représentera notre association. Il y pratiquera et enseignera zazen tel que Maître Deshimaru l’a transmis […] Le but principal de ce voyage est de renforcer les contacts que nous avons au Japon, tant avec le zen soto qu’avec les milieux intellectuels, et de développer ainsi un courant d’amitié […] afin d’augmenter notre audience et le rayonnement de la mission de Maître Deshimaru.» (annonce faîte dans le bulletin n°41)
La venue
de Niwa Zenji
En 1984, la plus haute autorité zen du Japon, Niwa Zenji, chef de Eihei-ji,
décide de se rendre en France, à la Gendronnière pour remettre
le shiho aux personnes que la sangha aura désignées.
C’est un fait majeur dans l’histoire du zen. Jamais encore un roshi
de l’envergure de Niwa Zeni n’avait quitté le Japon pour
aller certifier des moines étrangers, qui de plus n’avaient absolument
pas suivi le cursus japonais et avaient été désignés
par leurs condisciples sans que lui-même les connaissent où ne
se mêle de ce choix. L’œuvre de Maître Taisen Deshimaru
était certifiée à travers ses disciples. Cet événement
n’aurait pas pu avoir lieu si certaines conditions n’avaient pas
été réunies de part et d’autre. Du côté
des disciples français, le refus du processus habituel de remise du shiho
(longs stages dans les temples japonais, etc.), la détermination à
défendre et promouvoir le zen reçu de Deshimaru sans faire de
concession sur la nature de ce zen et l’unité de la sangha
autour des personnes désignées (Roland, Stéphane, Étienne
et Michel, qui se désistera), autant de facteurs qui les avaient incités
à refuser toutes les propositions japonaises antérieures à
celle de Niwa Zenji. Du côté de ce dernier, une grande intelligence,
qui comprend la dimension particulière du zen de Deshimaru, et considère,
à l’encontre de tout l’establishment zen japonais, que Maître
Deshimaru est un authentique héritier de Kodo Sawaki et des patriarches,
ainsi qu'un grand missionnaire des temps modernes. En témoignent ces
mots qu’il dit à Stéphane, lorsque celui-ci lui rendit visite
au Japon pour la cérémonie préparatoire au shiho: «Je
vous remercie en tout cas d’être venu de si loin. Le zen a été
transmis du Mont Sumeru au Mont Susan et du mont Susan au Mont Eihei (d’Inde
en Chine de Chine au Japon). Il est maintenant transmis à la France.
Quand vous recevrez le shiho, vous pourrez tout abandonner et avoir un esprit
complètement doux et humble.» (propos rapportés par
Luc, bulletin n°42-43 p20)
Le 22-29 août 1984: «Maître Rempo Niwa est venu à
la Gendronnière afin de remettre le shiho, c’est-à-dire
la certification officielle de la transmission du dharma, à
trois des plus anciens disciples […] Par cette action, et comme il l’a
lui-même annoncé dans le dojo, il venait consacrer toute l’œuvre
de Taisen Deshimaru Zenji et la mission dont nous sommes maintenant porteurs»,
écrit Pierre Crépon dans l’éditorial du bulletin
n°44. Les trois disciples, ayant reçu le shiho, signent
en commun un texte intitulé «Denpo Transmission du dharma»:
«À travers trois disciples de Maître Deshimaru, c’est
toute sa mission et le temple de la Gendronnière, fondé par lui,
qui se trouvaient ainsi consacrés [...] Sa certification a renforcé
notre détermination à affronter les difficultés de notre
mission et notre désir de faire croître la fleur du zen planté
fermement sur le sol occidental par Maître Deshimaru.» (Bul
n°44 p.4).
Le rev. Matsunaga Zendo (interprète et proche collaborateur de Niwa)
explique ainsi les circonstances de cette remise: «Lorsque certains
moines japonais firent des objections à la venue de Niwa à la
Gendronnière, celui-ci trancha tous leurs doutes par ces mots: J’ai
confiance dans le fait que le vrai zen a été transmis en Europe
par Maître Deshimaru et je veux remettre le shiho à ses
disciples pour aider cette fleur merveilleuse à se développer.»
(bul n°44 p.6).
Quant au rev. Aoyama Jiun Roshi, le maître de cérémonie
de Niwa Zenji, «comme nous lui demandions ce qu’il pensait de
nos cérémonies à la Gendronnière, il nous répondit
qu’il les trouvait simples et belles, actualisant l’essence même
de la cérémonie, de zazen.» (Bul n°44 p.6).
Et, bien sûr, Niwa dans ses kusen: «Zazen a commencé
avec le bouddha Sakyamuni en Inde. Il a continué en Chine, de Boddhidarma
à Tendo Nyojo. Il a été ensuite transmis au Japon par Dogen
Zenji et Keisan zenji. En France, de Mokudo Taisen Zenji a chacun d’entre
vous, zazen a été exactement et véritablement transmis.»
(Kusen-28/08/1984 à 11h)
Ce qui fait de ce shiho un acte fondateur dans la poursuite de la mission
de Maître Deshimaru, c’est qu’il vient officialiser la transmission
de ce que Deshimaru appelait le «vrai zen». C’est la détermination
de l’ensemble de ses disciples à poursuivre sa mission qui est
saluée, sans restriction, sans réserve, sans jugement. Les générations
à venir devraient s’inspirer de cette remise de shiho.
C’est dans cet esprit qu’un shiho officiel prend sa vraie
valeur, lorsqu’il est le reflet limpide d’une transmission reçu
intimement. Dans un article intitulé «Hommage à Mokudo»,
Philippe Coupey revient sur cette question. Il rappelle comment Taisen Deshimaru
était isolé au début de sa mission: «Il faut
bien le dire, Mokudo n’était pas un protégé de Eihei-ji.
Mokudo n’avait pas officiellement le shiho […] Tout cela
arriva très vite (le développement de sa mission); en dix ans
[…] plusieurs milliers de personnes […] C’était miraculeux
et même Eiheiji et la Sotoshu durent le reconnaître [...] Comment
était-ce arrivé? Mokudo n’avait pas le certificat attestant
son shiho, il n’avait aucun titre et n’était pas
kaikyosokan, il n’était pas roshi. Et voilà
que maintenant, d’un seul coup, il était tout cela à la
fois et plus encore. Finalement, est-ce le shiho qui mit Mokudo sur
le siège du lion, ou est-ce le siège du lion qui lui a conféré
le shiho? […] C’est ainsi, car le processus qui fait d’un
homme un patriarche n’est pas celui d’une ascension mécanique
qui se ferait à coup de titres et de certificats officiels.»
(Bul n°41 p.23)
Vous avez dit culture bouddhique?
Cette remise du shiho ne met pas fin à nos rapports avec le
Japon. Ils vont continuer. Elle met fin aux prétentions déplacées,
notamment à toutes ces visites de roshi japonais cherchant à
prendre un bout du «gâteau» Deshimaru. «Nous nous
trouvâmes envahis de roshi japonais, l’un offrait son kesa,
l’autre son kolomo, ils cérémonièrent dans
le dojo, beaucoup évitèrent le zazen, puis ils repartirent […]
Pendant deux ans, d’anciens amis de Sensei vinrent nous visiter régulièrement,
certains proposant le shiho très facilement. Étienne
me dit un jour lors du deuxième camp d’été: «Ils
veulent mettre dans leur ketsumyaku la mission de Sensei en Europe,
mais qu’ont-ils fait? […] c’est vrai nous ne pouvions que
rester fidèles au zen transmis par Sensei.» Barbara Yanes
(bul n°63 p.27)… Mais ce n’était pas du gâteau!
En novembre 1984 Luc Boussard assiste au congrès de la Shumucho. Durant
ce congrès, il présente la mission de Maître Deshimaru et
la manière dont ses disciples la continuent en son absence, jusqu’à
la venue de Niwa. «En fait, dès le premier jour, il y a eu
une sorte de clivage dans la salle entre ceux que mes propos réjouissaient
et ceux qu’ils faisaient pâlir. Moi je parlais de zazen, de la foi
dans le kesa, de la nécessité de répandre zazen pour aider
les gens. Les autres étaient des moines professionnels avec des préoccupations
de moines professionnels […] Mais ce que je ressens surtout, après
réflexion, c’est que nous représentons encore et toujours
une position unique: nous sommes les seuls à rechercher et pratiquer
la condition normale, au-delà des illusions. Les positions théoriques
de la Sotoshu moderne ne sont pas différentes des nôtres, mais
dès qu’on en vient à la pratique, je vois partout un fatras
de problèmes dogmatiques, formalistes, moralistes […] qui noient
la pureté originelle de l’enseignement.»(Bul n°45
p.11-12)
Le 1er janvier 1985, décès d’Hata Zenji. Pierre Crépon
écrit: «Supérieur du temple de Eihei-ji, [il est venu]
à la Gendronnière rendre hommage (à T. Deshimaru) en septembre
1982 et confirmer à ses disciples qu’il leur revenait de continuer
son enseignement.» (bul n°47). C’est lui qui nous mit en
contact avec son futur successeur, Niwa, qui remit les shiho, il déclara
notamment: «Vivre dans les temples ne suffit pas. Nous devons trouver
et enseigner la vraie voie dans le monde social. Tous les êtres ont la
vie de Bouddha.» (bul. n°46)
En 1986, une quarantaine de disciples font le voyage au Japon. Roland Rech en
rend compte. Après avoir rappelé que cela s’inscrit dans
la droite ligne de l’action de Maître Deshimaru en vue de «continuer
un véritable échange avec les représentants de la tradition
du zen soto au Japon» et souligné l’accueil chaleureux
de Niwa, il ajoute: «D’après ce que l’on a pu voir,
les moines passent beaucoup de temps à s’entraîner aux cérémonies,
qui sont réglées comme un véritable ballet. C’est
sans doute un reste des temps où la réputation des temples dépendait
de leur capacité à réaliser des cérémonies
demandées par la cour impériale où l’on s’y
entendait en matière d’étiquette et de rites. Cela représente
un héritage culturel qui ne nous paraît pas avoir sa place en Europe
[…] Nous garderons quant à nous les manières simples que
nous a enseignées Maître Deshimaru […] .Cela ne manquait
pas de beauté, mais la limite entre concentration et obsession était
parfois visiblement franchie par certains […] .Le risque est bien sûr
[...] de se réfugier dans un formalisme superficiel et de se couper à
l’excès de la vie du monde. La pratique de la voie tend à
devenir une affaire professionnelle.
À Hoshin-ji […] accueil gâché par un discours du chef
de temple Harada roshi qui crut bon de nous dire que son enseignement différait
tout à fait de celui de Kodo Sawaki et de Deshimaru.
Au cours du zazen du matin auquel nous participions, Niwa Zenji a fait un kusen
pour tous les moines de Eihei-ji: il fit l’éloge de l’enseignement
de Maître Kodo Sawaki et de Maître Deshimaru et expliqua comment
il avait lui-même contribué à cette mission de transmission
du vrai zen en Europe en donnant le shiho à trois anciens disciples de
sensei.»(bulletin n°48 p.4-5).
Pierre Crépon rappelle dans l’éditorial du bulletin n°
49 le rôle joué par Kodo Sawaki dans la vision d’un zen universel:
«À l’époque contemporaine, Maître Kodo Sawaki
fut sans doute l’un des premiers à affirmer avec force que le zen
ne pouvait être confondu avec l’institution monacale qu’il
avait engendrée et que ce n’était en aucun cas une spécialité
japonaise […] Comme Dogen, qui ne voulait pas entendre parler d’école
zen pour l’enseignement qu’il transmettait, Kodo Sawaki répétait
sans cesse que le zazen ne devait pas rester la propriété du zen
soto ou du bouddhisme, mais qu’il devait devenir le fondement d’une
religion qui serait universelle et infinie […] Il enseignait que le devoir
de l’homme était d’abord de vivre sa vie d’homme et
il se consacra entièrement à la recherche d’une voie qui
permette à l’homme de réaliser cet idéal. Il s’efforçait
sans cesse de transmettre aux autres une vérité suprême
et transcendante qui fût parfaitement pure, mais jaillie spontanément
du cœur humain.» Et Pierre de conclure: «Il en est
de même pour nous avec Kodo. Pour que ses paroles ne soient pas que des
belles phrases, il ne tient qu’à nous de les pratiquer dans notre
vie réelle.»
Au mois de juillet 1987, Niwa Zenji vient à nouveau à la Gendronnière.
Il compare dans un kusen prononcé dans le dojo, l’action de Dogen
et celle de Deshimaru: c’est la même à deux époques
différentes. Elles ont la même nature. «Ainsi, Maître
Dogen réalisa l’éveil sous la direction de maître
Nyojo. Il abandonna son corps et son esprit et revint au Japon les mains vides.
C’est notre pratique. Le fondateur Taisen Deshimaru a apporté exactement
le vrai zen, le vrai dharma de bouddha et c’est pourquoi, vous
tous, ici pratiquez ce dharma exactement transmis.» (Bulletin
n°52 p.4-5)
Voici ce qu’on peut lire dans les «Impressions japonaises»,
consécutives à la visite de Niwa, un texte tiré de la revue
du temple d’Eihei-ji Sansho, traduit par le Pr. Morimoto et commenté
par Roland Rech: «C’est la culture bouddhique du Japon qui soutient
le vrai dharma à présent.» Commentaire de
Roland: «Il (Deshimaru) n’a pas amené une plante de culture
avec des racines pleines de terre mais une graine. Cette graine qui a rapidement
commencé à pousser et à fleurir, il l’a montrée
dès le premier jour, il l’a exposé à travers son
corps et son esprit: faire zazen en portant le vrai kesa transmis.
Il n’a jamais dit que c’était la culture bouddhique du Japon
qui soutenait le vrai dharma […] Si la pratique de zazen devait
être soutenue par une culture bouddhique – que ce soit celle du
Japon ou une autre – elle n’aurait pas ce caractère universel
qui en fait toute la force, au-delà même des particularismes culturels
ou religieux, ni cette capacité de redonner vie à la plus haute
aspiration de chaque être humain.»
C’est ce qu’a bien compris Shoten Minegishi Roshi: «Les
Italiens demandent toujours aux visiteurs japonais: «si vous trouvez quelques
fautes chez nous, indiquez les nous». A la Gendronnière,
il semble que les participants ne nous questionnent jamais sur ce que nous pensons
de leur façon de pratiquer. Nous avons l’impression qu’ils
veulent continuer à marcher sur leur propre chemin, inauguré par
Maître `Deshimaru, avec confiance en soi.»
Commentaire de Roland: «Cette confiance, elle existe en effet totalement
dans l’enseignement reçu de Maître Deshimaru, dans l’essence
du vrai zen transmis. Cela ne signifie pas que nous croyons que notre pratique
ou notre comportement soient parfaits. Mais comme nous ne cherchons à
imiter qui que se soit ou quoi que ce soit, nous nous concentrons avec foi sur
zazen, sur gyoji et créons notre vie réelle à
partir de cela.»
Et un autre roshi: «Parmi nos trois visites au pape, à Fudenji
et à la Gendronnière celle qui a suscité en moi le plus
de réflexions fut la dernière […]Il faut commencer par s’établir
soi-même comme moine authentique.»
Enfin Toei Kinbara Roshi écrit: «Je ne connais pas d’autre
dojo sur lequel les appréciations sont aussi différentes que la
Gendronnière. Beaucoup d’éloges et beaucoup de dénigrements,
pourtant cela ne montrerait-il pas qu’il y a une activité de pratique
assez grande pour frapper les yeux du monde? Il est vrai que, moi-même,
j’ai quelques doutes sur un ou deux points, mais à la vue des trois
cents personnes pratiquant ensemble un zazen extrêmement vigoureux, avec
une posture tout à fait juste, j’ai eu la forte impression que
le zen Européen avait déjà formé son propre courant
en l’espace de vingt ans, en gardant farouchement l’enseignement
de Maître Deshimaru. Ce sont les regards des dirigeants pleins de confiance
en eux qui m’ont donné cette impression. Zazen plein d’énergie,
travail dans le jardin maraîcher, construction des bâtiments, fauchage,
couture du kesa…, en tout cela, il n’y a personne qui ait
l’air trop sérieux. Chacun se plaît au samu, en
toute liberté. Je n’ai pas pu m’empêcher de m’étonner
de la très grande différence avec la vie trop stoïque des
monastères japonais.» (Bulletin n°52 p.6-7)
Durant la dernière sesshin du camp d’été 1987, Kosho
Murakami, disciple de Kodo Sawaki, nous rend visite à La Gendronnière:
«Ce matin, je suis allé sur la tombe de Taisen Deshimaru, j’ai
chanté un sutra et je n’ai pu m’empêcher de pleurer
car j’ai senti que Taisen Deshimaru me parlait et que Kodo Sawaki me souriait.
J’ai compris qu’ici Kodo Sawaki et Taisen Deshimaru étaient
vivants. Je vous remercie tous.» (Bulletin n°53)
E n 1989, c'est le tour de Kozuki Shoshu, qui remplit la fonction de Kanin à
Eihei-ji: «Niwa Zenji m’a demandé de vous transmettre
ses encouragements et ses sentiments pour votre pratique du vrai zen, transmis
depuis Bouddha, à travers Dogen et à travers Maître Deshimaru.
S’il vous plait, sachez que vous êtes en train de pratiquer le vrai
dharma transmis par Deshimaru Roshi, Dogen Zenji, Bodhidarma […]
Vous venez du monde entier pour pratiquer zazen ici, c‘est la chose la
plus importante de ce monde [ ...] Sincèrement je voudrais vous exprimer
mes meilleurs vœux: prenez soin de vous-mêmes et s’il vous
plait continuez à pratiquer et à enseigner dans les autres pays.
Merci Beaucoup.»
Voici pour les faits plus importants qui marquèrent les échanges
entre la sangha de Maître Deshimaru et le zen soto japonais durant
ces années, nommés aujourd’hui par certain, «un
long silence dans les relations avec le zen japonais». Ce long silence
fut éloquent. La venue en France de Maître Deshimaru fut une chance
karmique et dharmique. Sur une terre neuve, dans une civilisation différente,
elle nous permet de pratiquer à partir de l’essence du zen et de
couper ainsi avec le karma historique de 700 années du zen au Japon.
Ne pas voir cette césure, c’est porter sur ses épaules le
poids des contradictions accumulées par le zen japonais tout au long
de son histoire. Avec Deshimaru, nous avons le privilège, et la responsabilité
qui va de pair, de repartir du moment précis de la transmission du zen
de Dogen. Ce n’est pas de l’arrogance, bien au contraire, c’est
humblement s’alléger en puisant à la source. Deshimaru nous
a offert ce cadeau merveilleux. Il a donné sa vie pour cela et ce ne
sont pas des mots. Cette fraîcheur, cette simplicité, ce retour
au point d’origine sont aussi l’aide précieuse que nous pouvons
apporter à nos frères japonais dans le dharma. Niwa l’avait
compris. Ne serai-ce que pour cette raison, il est nécessaire de protéger
le zen tel que l’a transmis Maître Deshimaru, et d'y demeurer avec
une grande foi. Les disciples de Maître Deshimaru durant ces années
ont compris cela et ont maintenu le cap au milieu des difficultés nombreuses
nées de la disparition soudaine de leur maître. C’est ce
qu’on attend de nous encore aujourd’hui, car si ce n’est pas
nous qui le fera?
S’abreuver à la source
Philippe Coupey relate dans un article «Mondo en Suède»,
la façon dont une règle se crée, la séparation homme
femme en l’occurrence dans le réfectoire à la Gendronnière,
puis comment elle peut être prise trop au sérieux par ceux qui
n’en connaissent pas le point de départ: «C’est
ainsi que toutes les religions se dégradent lentement. Si on perd la
racine, on a tendance à accorder de plus en plus d’importance aux
manières extérieures, à cultiver le rituel et le formalisme.
La vraie tradition se rattache à l’origine des choses: perdez la
et cent, deux cents ou cinq cents ans plus tard, vous vous retrouverez avec
des religions vides de toute essence, des religions où il ne reste rien
d’autre que du formalisme et des comportements insensés […]
Dans le cas du zen, les techniques s’ajoutent aux techniques et les rituels
aux rituels; les koan, dokusan, gassho-gassho et que sais-je encore
se mettent à proliférer […] C’est pourquoi Maître
Deshimaru est venu en Europe, pour planter la graine du vrai zen dans une terre
fraîche.» (Bul n°52 p.16-17)
Raphaël Triet revient sur cette même idée à propos
d’une anecdote qu’aimait raconter Étienne: «Mais
surtout Sensei lui dit que le zen qu’il voulait finalement créer
ne se limitait pas seulement au zen, mais englobait Shinran, le zen et toutes
les religions. C’est cela qu’il appelait la religion d’avant
la religion, d’avant les institutions, d’avant les dogmes, d’avant
les dégénérescences […] Sensei ne voulait pas créer
une religion de plus, une institution supplémentaire, mais plutôt
revenir à quelque chose oublié de tous, délaissé
depuis longtemps, avant notre mémoire, avant nos catégories. Sensei
disait souvent: il faut revenir au point zéro, revenir à l’origine.»
(Bulletin n° 60 p.3)
Dans le même esprit, Jean-Pierre Beaucousin a écrit dans une lettre:
«Je dirige le zazen tous les samedis, et il est fort impressionnant
de prendre l’enseignement à zéro - la posture, le kyosaku,
les cérémonies et le vocabulaire de base: hishiryo, shikantaza,
mushotoku. Cela me remet en mémoire mon maître Taisen qui enseignait
et insistait sur ces mots, il y a une dizaine d’années, et me donne
un petit pincement au cœur en pensant à sa disparition trop soudaine.»
(Bulletin n°51)
Ce retour au point zéro, la sangha de Deshimaru va l’exprimer
durant cette période dans toutes les directions: «Nouveau dojo
à Paris au Cinq Diamants, développement des dojos de province
et de l’étranger, de grandes sesshin régionales
regroupant jusqu’à 60, 80 et même 100 personnes, Les sangha
étrangères, Suède, Espagne, Suisse, Allemagne, Canada,
viennent pratiquer en force à la Gendronnière où le taux
de participation augmente chaque année. D’anciens disciples vont
enseigner le zen et ouvrir des dojos en Grande-Bretagne, en Colombie, en Argentine.
Les anciens dojos créent des groupes satellites autour d’eux (Séville,
Strasbourg) […] En 1984, l’AZI traduit et publie les commentaires
des neuf premières phrase du Shodoka par Kodo Sawaki, Parallèlement,
les éditions Zen sortent l’intégrale des commentaires et
kusen de Sensei, le premier sera l’Hokyo Zan Mai.»
(Bulletin n°63 p.28-29).
Développement interne certes, mais aussi, comme le souhaitait Deshimaru,
tourné vers les autres.
Et en faire profiter le monde entier
«Un jour, Deshimaru demande à Kodo Sawaki de l’ordonner
moine. Requête qui lui est refusée. Il l’invite à
poursuivre zazen tout en menant une vie active dans la société.
Et, bien des années plus tard, alors qu’il est en Europe, c’est
une chose qu’il enseignera à son tour. S’il a ordonné
de nombreuses personnes, il a toujours insisté sur le fait qu’il
ne voulait pas de moines professionnels, il ne voulait pas que l’on se
réfugie dans des monastères en dehors des périodes de sesshin.
Il a toujours enseigné que nous devions pratiquer au milieu du monde,
au milieu de la vie sociale, avec les autres.» R. Triet (bul. N°63)
«Il avait aussi une vision claire des erreurs de notre civilisation
et enseignait comment la pratique juste de zazen pourrait y remédier.
Son enseignement était très vaste et sa vie l’exprimait.»
R Rech (idem)
«La présence de Sensei et de ces disciples, tôt le matin,
m’apportait beaucoup d’équilibre. J’aimais beaucoup
le côté démystification. L’Europe et le monde vont
subir de profondes mutations […] Ils auront besoin de guides et, grâce
à notre maître, ses disciples pourront à leur tour enseigner
la voie de la Sagesse aux générations futures, pour que le monde
nouveau renaisse de ses erreurs, comme la fleur de lotus naît dans la
boue.» A. Liebman (idem)
Étienne Zeisler, citant Deshimaru à l’occasion des 20 ans
de sa venue en Europe: «La mélodie du zen ne peut être
limitée par les notes d’une partition. Elle a été
créée en toute liberté dans le vaste ciel bleu. Zazen et
le salut de l’humanité sont deux choses différentes. Cependant
ils sont comme les deux faces d’une même feuille de papier […]
Le zen doit aider à créer une nouvelle civilisation qui puisse
réaliser un équilibre authentique dans la conscience humaine.
Ne regarder qu’un seul aspect des choses mène tout droit à
l’impasse. Au relatif, au dualisme, le zen doit ajouter le sens de l’universel
puis unifier pour former, ensemble, le sens religieux de l’absolu et de
l’éternité.»(Bulletin n°48 1987)
À l’occasion du «40e anniversaire de l’implantation
du zen soto en Europe», le Soto Zen Buddhism et l’AZI organisent
à la Gendronnière un symposium sur «l’universalité
du bouddhisme», avec pour seule illustration de cette universalité
des intervenants revendiquant leur appartenance au zen soto japonais. On aurait
pu croire à un sketch (si ceux-ci n’avaient pas été
supprimés à la Gendronnière, alors qu’il est si bon
parfois de se moquer de soi-même). Trève de plaisanteries, l’année
de sa mort, comme je l’ai rappelé dans la première partie,
Maître Taisen Deshimaru préparait l’organisation d’un
symposium sur le thème «Soigner l’esprit, problème
majeur de notre civilisation». Voici comment il commença sa lettre
destinée aux personnalités invitées: «À
l’occasion du quinzième anniversaire de ma mission en Europe, nous
avons l’honneur de vous inviter à l’importante manifestation
organisée au château de la Gendronnière, du 25 juin au 1er
juillet 1982. Elle a pour but de contribuer aux efforts pour la Paix mondiale
et pour l’édification d’une nouvelle civilisation.»
Son décès brutal oblige à reporter le symposium au printemps
suivant. Ses disciples, malgré la grandeur de la tâche, au milieu
de difficultés multiples, réussissent à le mettre en place.
Il se tient finalement du 7 au 9 mai 1983 à Chamarande (la Gendronnière
étant sous scellés suite aux difficultés liées à
la succession Deshimaru), sous l’appellation «Guérir l’esprit».
La présence de 25 conférenciers venus de tous les horizons - des
représentants des religions (chrétien orthodoxe, catholique, protestant,
Islam, zen soto, tibétain, et même indien d’Amérique),
des scientifiques de divers disciplines (psychiatre, sociologue, neurophysiologique),
des personnalités d’organisme comme l’UNESCO, le CNRS, l’école
Nationale des Ponts et Chaussée, universités - témoigne
à l’évidence de l’intérêt que suscite
l’apport d’un zen frais et vivant à la civilisation et illustre
la possibilité que ce zen soit un élément moteur, une volonté
fédératrice des énergies, pour rassembler les hommes de
bonne volonté devant les graves défis posé par l’évolution
du monde. Vous en trouvez le compte rendu dans le Bulletin Zen n°40. Voici
la conclusion d’un kusen prononcé lors du symposium: «Pendant
quinze ans, Maître Deshimaru n’a cessé de répéter
cet enseignement. Il n’y a rien de mystérieux. C’est très
simple. Si on suit cet enseignement, si on continue la pratique de zazen, alors
l’esprit sera guéri.» (Michel Bovay)
U n nouveau symposium intitulé «La non-peur» est organisé
dès l’année suivante, sans doute trop tôt pour lui
donner tout le poids qu’il faudrait, mais à l’image de l’énergie
et de la volonté active des disciples,. À cette occasion Gérard
Pilet s’exprime ainsi lors d’une conférence: «Maître
Deshimaru, pour ceux qui l’ont connu, disposait d’une énergie
incroyable et cette énergie c’était l’énergie
même de la compassion et d’une certaine façon l’énergie
de l’instinct vital qui, n’ayant plus à s’investir
sur la structure de l’ego, puisque l’illusion de l’ego a disparu,
s’investit sur l’extérieur, plus exactement sur ce qui pour
nous, à notre niveau de conscience dualiste, est encore l’extérieur.»
Et Laurent Kaltembach: «N’était-ce pas le souhait de
Maître Taisen Deshimaru: l’interpénétration entre
le zen et notre civilisation, la fondation d’un monde nouveau, planétaire,
par la conscience au-delà de la pensée, hishiryo, par
l’esprit de non-profit, mushotoku? Si tel est le cas, il est
de notre responsabilité impérative et urgente de répandre,
sans crainte, cet esprit dont la source est zazen.» (bul. N°42-43).
Suivra en en 1986 le symposium de Toulouse«L’équilibre corps
et esprit», puis les Entretiens de la Gendronnière «Santé
et spiritualité», en 1992.
Dans la première partie de cette contribution, nous avons vu comment,
durant les quinze année de sa présence parmi nous, Maître
Deshimaru comprenait sa mission, cette seconde partie a parcouru les dix années
qui ont suivi son décès et la façon dont sa sangha
a continué cette mission. Dans la troisième partie, nous aborderons
les quinze dernières années.
«J’ai offert le vrai zen aux Européens, c’est la
plus grande joie de ma vie. J’ai réalisé le vœu de
mon maître Kodo Sawaki, et j’ai la conviction que cette œuvre
sera historique.»Taisen Deshimaru (bul n°52)
Denis Boureau, 4 juin2007 (denis.boureau@cegetel.net)