Deux versants éditeur, a le plaisir d'annoncer la parution (le 12 juin 2002) du livre de Philippe Coupey Dans le ventre du dragon, préfacé par Luc Boussard. Cet ouvrage est le premier volume d'une compilation des enseignements sur le Shinjinmei, de Maître Sosan, que Philippe Coupey a donnés pendant huit ans à Paris, à la Gendronnière et dans divers dojos d'Europe. Nous publions ici de courts extraits de la préface et du texte.
Extraits de la
préface
Le Shinjinmei,
"Poème de la foi en l'esprit", véhicule un message de
portée universelle. Il parle de la non-dualité et de la
foi, de la "source originelle" vers laquelle "tous les sages le
l'humanité" se sont de tout temps dirigés, et l'essence
même de la démarche zen nous est livrée
dès le premier verset: "Pratiquer la Voie n'est pas difficile,
mais il ne faut ni amour, ni haine, ni choix, ni rejet." Les
enseignements du zen ont fait l'objet d'une glose abondante, qu'une
vie entière ne suffirait à épuiser, mais
certaines paroles des maîtres contiennent
l'intégralité de la Voie, directement offerte à
tout homme qui ressent l'urgence de sortir de ses rêves pour
accéder à la réalité et la partager avec
ses semblables. Nous touchons-là à la véritable
vocation du bouddhisme, bien au-delà de sa dimension de grand
mouvement lié à l'histoire des civilisations où
il s'est épanoui et qu'il a contribué à forger.
C'est ce que Taisen Deshimaru, qui invitait sans cesse ses disciples
à rechercher la racine plutôt que les branches, appelait
"la religion avant la religion".
Il me semble que Dans le ventre du dragon fait exactement le même pari, au-delà des religions, au-delà de l'Orient et de l'Occident, dans la mesure où Philippe Coupey, en commentant le Shinjinmei, cherche à nous faire toucher du doigt la sagesse issue de l'expérience intime de zazen, accessible à chacun et susceptible de modifier sa perception de lui-même et du monde, et par voie de conséquence son karma, plutôt que de formuler un exposé doctrinal. En précisant toutefois, que cette approche n'exclut nullement la connaissance érudite des textes et de l'histoire du zen ou celle des spécificités de l'école dont l'auteur est issu. [...]
Extraits du texte
Si vous suivez les reflets, autrement dit si vous cherchez les
feuilles et non pas les racines... C'est une image que Maître
Deshimaru utilisait très souvent: ne cherchez pas les feuilles
mais la racine.
Mais qu'est-ce que la racine, la source? Où se trouve-t-elle? Où se trouve la source de la rivière?... La source est dans le courant. Je veux dire par là que la source n'est pas seulement ici, elle est aussi maintenant... La source, la vérité... Est-ce que le satori, le nirvana, sont les racines?... Non, ce sont les feuilles. Suivez le satori et vous pouvez finir à l'hôpital psychiatrique. J'ai lu un article à ce sujet qui racontait comment des gens sont devenus fous en suivant le satori. C'était sûrement un article écrit du point de vue du zen soto. Et d'ailleurs Maître Deshimaru disait la même chose.
Revenir à la racine. On parle toujours de cela, et la racine, c'est aussi la racine de la pensée, de nos pensées - ku.
L'homme - moi, vous - prend des décisions et ne s'en souvient plus; l'homme se fait des promesses, puis les oublie; il entreprend un travail et bientôt ne sait même plus la raison qui l'y a poussé; l'homme fait un voeu - le voeu, kan - et puis, petit à petit, il oublie... Il oublie pourquoi il est ici.
On répète souvent qu'il faut oublier, oublier. Dogen lui-même le disait. Mais il ne faut pas tout oublier. Le grand voeu est très important. Maître Deshimaru disait que tous les bouddhas font ce voeu, les bodhisattvas aussi.
De même, on entend toujours mushotoku, mushotoku &emdash; sans but &emdash;, mais dans mushotoku, il y a shotoku - but -, et il existe de grands buts, pas seulement les petits buts égoïstes du type "moi je vais devenir quelqu'un de bien, je ne vais plus jamais être en colère ou jaloux", mais les buts comme "je vais sauver les autres de ma colère, de mon jugement, de ma duplicité".
Pourtant, petit à petit, on est distrait, on oublie ces grands buts. On voit deux ou trois arbres au bord de la forêt et l'on pense que cela représente toute la forêt. On se dit qu'il faut tout oublier et seulement pratiquer zazen sans but, mushotoku..
Et bien sûr, cela est vrai, mais il faut aussi revenir à ses racines, ses racines du début. Or quand nous sommes arrivés ici, nous avions tous un but. Et si l'on pratique de façon juste, ce but, peut-être mal défini au départ, deviendra, je pense, de plus en plus précis, de plus en plus défini. Sinon, comment faire? Comment continuer? Kan, le voeu, la promesse... je ne peux pas imaginer une seconde que quelqu'un puisse pratiquer longtemps zazen sans se l'être fait à lui-même, secrètement. Et ça, il ne faut pas l'oublier.
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