Une réaction à chaud aux "cérémonies commémoratives du 750e anniversaire de l'entrée de Dogen Zenji dans le nirvana"

Le week-end dernier (16-17 juin 2001), le temple de la Gendronnière a été le théâtre d'une cérémonie dédiée aux deux fondateurs que furent Dogen et Deshimaru. L'événement a rassemblé une nombreuse assemblée de pratiquants du zen, moines et nonnes, japonais et européens, dont beaucoup d'anciens disciples de Taisen Deshimaru.

Jamais la Gendronnière n'avait hébergé pareil déploiement d'apparat. L'occasion s'y prêtait... Souhaitons simplement que l'AZI se remette de cette poussée de faste religieux. Je redoute quant à moi certains travers que le clergé trimballe inévitablement dans ses manches: inclination à substituer la doctrine (bouddhique en l'occurrence) et les images pieuses à la pratique de la voie, vocation élitiste, goût du pouvoir et des honneurs, rigorisme institutionnel. Sans doute la sangha de Deshimaru a-t-elle suffisamment de sagesse et d'élan pour absorber ces poisons sans trop de dommages... Quoi qu'il en soit, cela ne devrait empêcher personne de continuer zazen et de suivre la voie qui est la sienne.

Mais c'est avant tout sur le terrain de la rencontre qu'il s'est selon moi passé quelque chose. Rencontre sans doute entre différents groupes constitutifs du zen européen, rencontre entre Japonais et Européens... je ne parlerai pas de cet aspect, car je suis resté à l'écart de cela, beaucoup plus intéressé par l'occasion qui m'était offerte de retrouver des condisciples que je n'avais pas vus depuis des années. Et sur ce plan l'événement fut à mes yeux une bénédiction. Il a servi à merveille la vocation fondamentale de la rencontre entre pratiquants de la voie, chacun servant de miroir aux autres et trouvant chez autrui le reflet de lui-même. À travers ce jeu de reflets, chacun comprend mieux où il en est dans sa propre pratique, quelles sont ses erreurs et ses avancées sur la voie, et il ressort de tout cela une "photographie" - photographie, bien entendu dans le monde invisible de l'intuition, même si elle n'exclut pas l'usage des appareils photographiques - qui jette un riche éclairage sur l'état de chacun et celui du groupe.

En ce sens, je suis revenu de la Gendronnière le coeur épanoui, et je dédie à mes camarades ce poème de mon cru :

Averses et embellies

se succèdent.

Moines et nonnes virevoltent

qui de noir

qui de jaune

vêtu.

Trêve de commémoration

ai-je bien attrapé

le présent par la queue?

 

Luc Boussard

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