François Roustang n'est pas un zeniste ; il est thérapeute, analyste de surcroît, mais pas comme les autres. Son livre La fin de la plainte (Editions Odile Jacob, 2000) rencontre un franc succès de librairie, bien au-delà du cercle des professionnels. Outre qu'il propose une vision très concrète et très convaincante de l'art du thérapeute, il contient des passages lumineux sur des sujets qui nous sont chers - comme la relation entre le corps et l'esprit -, des définitions d'une précision technique à laquelle nous autres zenistes avons parfois du mal à atteindre et des éclairs d'intuition sur la voie, le karma, mushotoku (le non-but), Hishyryo (l'au-delà de la pensée)... Ce livre et son succès nous semblent montrer à quel point la pensée zen (ou orientale) est désormais familière aux sociétés occidentales. Voici quelques échantillons.
On peut également consulter sur ce site une interview de François Roustang.
L'intelligence du corps : [...] tout ira bien si l'on réussit à faire adhérer l'esprit au corps, à ce que rien de l'esprit n'échappe au corps ou que l'intelligence soit celle du corps et rien d'autre. Intelligence du corps entendue dans les deux sens qui doivent s'identifier : intelligence tout entière occupée par l'attention au corps et corps qui est intelligence parce qu'il mémorise toute l'histoire de la personne, parce qu'il perçoit en même temps tous les paramètres d'une situation, parce qu'il se situe dans l'environnement qu'il organise. En ce sens, l'intelligence première et fondatrice est celle du corps propre ; toutes les autres en sont dérivées. [...] vider sa tête de tout projet autre que de laisser faire cette intelligence, abandonner nos soucis de comprendre et de gérer nos vies, descendre là où le changement se fera de lui-même, parce que nous laisserons faire [...] (p. 14-15)
La voie (c'est moi qui le dit, François Roustang parle quant à lui d'une "sorte d'art de vivre ou de manière d'être au monde qui se situe au-delà ou en deçà des dogmes et des règles", tout en précisant plus loin que "depuis plusieurs millénaires, les Chinois appellent cela le Tao) : Elle se place au-delà de la religion, parce qu'elle porte en elle tous les liens, en deçà parce qu'elle ne se prévaut d'aucune autorité. Elle est au-delà de la morale parce que, comprenant tout, elle ne laisse sa chance à aucune échappatoire et à aucun effet pervers, elle est en deçà parce qu'elle ne peut être fixée par une formulation adéquate. Non pas une nouvelle religion qui affronterait les religions ou une morale qui abolirait les morales, mais une manière de vivre qui les engloberait, qui serait là où le sens est donné avec la force. [...] (p. 16)
La liberté : La liberté ne s'appuie sur aucun référent, aucune référence, aucune certitude, aucune compétence. [...] Ne tenir pour assuré rien de ce qui auparavant a été pensé, cru ou estimé. Ne rien retenir. La mesure de la liberté est celle du peu d'espoir, d'une incroyance tous azimuts, d'une immoralité ou d'une amoralité radicale, car rien n'est bien ou mal, il suffit que ce soit. [...] Mais ce vide de la pensée discursive, et même ce vide de toute représentation, de toute image, deviennent le commencement d'une pensée qui est action. [...] (p. 58-59)
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